Que sont-ils devenus?: Guy Vandersmissen

Michel Dubois Publié le - Mis à jour le

Football «Quand on est sûr d'avoir raison, on doit le clamer...». Guy Vandersmissen a osé défier Ernst Happel

VECHMAAL «J'ai évolué vingt ans au plus haut niveau dont douze au Standard. Sur la durée, je suis satisfait de ma carrière. Beaucoup n'ont pas la chance de jouer aussi longtemps...»

Limbourgeois de la mouvance tongroise, comme son copain Jos Daerden, Guy Vandersmissen n'est pas un nomade. Ce casanier, fidèle et assidu, ne s'est jamais découvert une âme d'explorateur. Il est tellement attaché à la glèbe qu'il a fait bâtir sa maison à Vechmaal, dans son village natal, à deux cents mètres de la ferme parentale.

S'il avait, un jour, quitté ce Standard qui s'érigeait alors en pôle d'attraction irrésistible de tous les Limbourgeois doués, ce médian international inlassable aurait à peine franchi le Moerdijk - pour rallier Feyenoord qui avait un temps souhaité l'attirer - ou le Rhin pour débarquer à Düsseldorf, au Fortuna.

«Dans les années quatre-vingt, le footballeur n'était pas libre de ses mouvements au terme de son contrat. Et puis, sur le plan sportif, où pouvait-on se sentir mieux qu'au Standard? J'y ai disputé mon premier match en équipe fanion en 1978-79. Robert Waseige avait couru le risque de me lancer dans le grand bain. J'avais vingt ans. J'ignorais, à ce moment-là, qu'une affaire Standard-Waterschei allait bientôt éclater...»

Guy Vandersmissen est un produit du Standard: «Ses recruteurs m'ont repéré... par hasard, dans la rue de mon village où je m'abattais car le club de Vechmaal n'alignait pas d'équipe d'âge. J'avais quatorze ans. J'ai débuté en scolaires provinciaux. À un poste d'attaquant. J'en marquais, des buts!»

Modèle d'abnégation et de régularité - «sur le terrain, je me livrais toujours à fond. Et, bon an mal an, je disputais entre trente et trente-quatre matches par championnat» -, Guy Vandersmissen allait vite être intronisé capitaine d'équipe. Il ne se distinguait pourtant ni par ses coups de gueule ni par l'expression d'une forte personnalité. Il s'est toutefois cabré à deux reprises: «La première fois, c'était quand j'aurais dû passer de scolaires en juniors Uefa. Premier entraîneur professionnel de jeunes en Belgique, Joseph Vliers, Tongrois ancien arrière droit du Standard, omit de me faire franchir le pas. Il ne me connaissait pas. J'en ai pris ombrage car j'estimais que je méritais cette promotion. J'ai boudé, chez moi. D'au- tres gens, heureusement, croyaient en moi. Ils ont fait pression sur Joseph Vliers pour qu'il m'intègre dans son équipe. Contraint et forcé, il m'a aligné à... l'arrière droit, dans un match à Charleroi, sur un terrain en stabilisé. Pas de chance pour lui: à la mi- temps, j'avais inscrit un but. À la reprise, j'ai évolué sur le flanc droit de l'entrejeu. Je n'ai plus guère quitté cette place...»

Peu après, Guy Vandersmissen a osé plaider sa cause auprès du terrible Ernst Happel, qui venait d'arriver de Bruges: «Il ne m'avait pas intégré dans son noyau. Je suis allé le trouver dans son bureau pour lui demander de me libérer puisque je n'avais plus ma place au Standard. Il a dû apprécier mon aplomb. Le dimanche suivant, il m'a titularisé, dans un match au Cercle Bruges. Si j'avais accepté mon sort, j'aurais peut-être disparu à jamais. C'est une leçon que j'ai méditée: quand on estime qu'on a raison, on ne doit pas s' écraser. Mais quand on s'est exprimé, on n'a plus le droit à l'erreur.»

Guy Vandersmissen a remporté deux titres nationaux avec le Standard. Il a disputé une finale de Coupe d'Europe, à Barcelone. Il est devenu international. «J'avais raté de justesse l' Europeo italien de 1980. J'étais 23e ou 24 e joueur. Mais j'ai étrenné mes galons lors du mémorable match d'ouverture du Mondial 1982, au Camp Nou de Barcelone, contre l'Argentine, championne du monde, de Maradona. Nous l'avions battue par un but à zéro, but de Vandenbergh. Ce match constitue le top de ma carrière.»

Guy Vandersmissen n'aurait pas dû quitter le Standard si tôt. Il n'avait que trente-deux ans...


"J'en veux à Goethals"

Entraîneur... pendant un an seulement

VECHMAAL Guy Vandermissen ne passait pas dans un noyau pour un boute-en-train: «Je n'ai jamais été un chef de bande. J'étais plutôt un bon suiveur...»

En ce temps-là, le football était encore ludique: «Nous nous amusions d'abord parce que, au Standard, nous jouions bien au football. Parce que, ensuite, Plessers, Poel, Daerden, Meeuws, Tahamata, Gerets, Meeuws et moi constituions la bande des Limbourgeois ou... assimilés. Sans composer un clan, nous nous plaisions bien ensemble. Le lundi matin était consacré au décrassage. Aussitôt après, nous faisions un crochet par Tongres et le café que gérait notre pote Leon Dolmans. Nous y tapions la carte jusqu'à seize ou dix-sept heures. Aujourd'hui si un joueur prolonge un peu l'entraînement par une séance individuelle de coups francs par exemple, il est fort possible que certains de ses équipiers aient déjà quitté le vestiaire quand il revient prendre sa douche. Pourtant, à notre époque, nous ne restions pas ensemble entre deux entraînements. Les indigènes rentraient chez eux. Nous, nous allions manger nos tartines, un croque-monsieur ou des spaghettis à la Cup en buvant un verre.»

Si vous voulez fâcher Guy Vandermissen évoquez avec lui l' affaire Standard - Waterschei qui éclata en 1984 et dont le club de Sclessin porte toujours les stigmates aujourd'hui: «Tout le monde a payé cher cette faute. Tout le monde sauf Haan. Et Raymond Goethals: deux mois plus tard, il entraînait Guimaraes. Je lui en veux à Goethals d'avoir paniqué. Il était persuadé qu'Anderlecht allait payer Waterschei pour qu'il se surpasse contre nous. Et alors? Nous jouions à Sclessin et un point nous suffisait pour être champion. Sans cette histoire, le noyau serait resté ensemble, nous aurions conquis d'autres titres et nous serions allés plus loin en Coupe d'Europe.»

Guy Vandersmissen s'est fourvoyé à Ekeren avant de rebondir à Molenbeek: «J'ai effectué mes premières et... dernières armes comme entraîneur-joueur au RWDM: six mois en D 1 et six en D 2. J'ai été remercié parce que j'ai refusé de céder à la pression du président De Prins qui exigeait la présence de jeunes en équipe fanion dans l'espoir de les vendre pour sauver le club. On m'a reproché aussi ma manière de jouer. Quand j'ai été remercié, nous étions en position de disputer au moins le tour final. Sous la direction d'Ariel Jacobs, mon successeur, l'équipe a glané un point sur vingt et un.»

C'était en 1998. Guy Vandersmissen avait 41 ans. Aujourd'hui, le gentil Guy travaille comme manager, de jeunes joueurs essentiellement sauf Joos Valgaeren, sous la coupe de Guido Mallants. Il voyage pour les visionner. Il gère aussi la régie publicitaire du luxueux magazine de Saint-Trond. Il se produit parfois aussi avec le Belgian Star Team. Il n'a pas pris un gramme...


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