Football L'idylle marocaine de Walter Meeuws

CASABLANCA A l'approche de la cinquantaine, Walter Meeuws s'est découvert l'âme d'un globe- trotter. Il s'était plu à Genclerbirligi, où il avait incité quelques joueurs lierrois à l'accompagner. Les convulsions fréquentes, inhérentes aux clubs turcs, l'en ont expulsé le 10 novembre 2001. Un an et une semaine plus tard, l'entraîneur anversois a hissé son nouveau club, le Raja Casablanca, en finale d'une Ligue des Champions africaine qu'il a déjà remportée en 1997 et en 1999. Le 5 janvier dernier, il avait paraphé un contrat le liant au club marocain pour deux ans et demi. `J'ai étudié le club et son infrastructure pendant dix jours, avant de me décider. Mon examen m'a enchanté: le Raja est réellement un grand club, même si son budget n'excède pas trois millions d'euros. Il est extrêmement populaire également: septante à quatre-vingts pour cent de la population comptent parmi ses supporters acharnés.´

Walter Meeuws s'exalte: `Je m'amuse ici, jubile le nouveau roi de Casa, les bons restaurants abondent, mon appartement est situé à trois minutes de la plage et... je ne suis pas encore las de vivre sous le soleil la majeure partie de mes journées! Je voyage beaucoup, aussi. En onze mois de présence ici, je me suis déjà déplacé en Gambie, en Libye, au Sénégal, dans les deux Congos et en Egypte. J'adore m'imprégner de mentalités très différentes de celles dans lesquelles j'ai baigné jusqu'à présent.´

`Des matches de haut niveau´

Volubile, enthousiaste, de commerce agréable et très apprécié pour ses compétences footballistiques, Walter Meeuws s'est rapidement fondu dans son nouvel environnement. Chez lui, il pratique régulièrement table ouverte. Lundi, par exemple, de nombreux amis marocains sont venus savourer avec lui la réédition de la demi-finale retour victorieuse contre l'Asec Abidjan: `Je ne crois pas que vous ayez, en Belgique, une perception exacte de la qualité du football africain. Tous les matches de la Coupe d'Afrique que j'ai suivis me sont apparus de haut niveau. Le Raja, mon équipe, mais aussi notre rival du WAC, pour ne citer que lui, se défendraient très valablement dans la compétition belge. Ne vous laissez pas abuser par les retransmissions de la Can par exemple: si le rythme apparaît souvent extrêmement lent, c'est parce que les rencontres se disputent en pleine journée, sous la canicule et sur des pelouses en mauvais état. A Abidjan, lors de notre demi-finale aller, nous avons évolué sous 40°C après avoir effectué le voyage à bord d'un avion militaire pour garantir notre sécurité. La circulation du ballon est bien plus vive quand on joue en nocturne. J'assimilerais assez bien la Ligue des Champions africaine à la Coupe de l'Uefa.´

A l'image de son club, Walter Meeuws baigne dans l'euphorie mais il pressent que sa félicité actuelle est éphémère: `J'aime même la... versatilité des Africains. Je sais pertinemment que deux défaites d'affilée qui s'arriment à une série de quinze victoires de rang peuvent suffire à précipiter votre limogeage. J'en cours volontiers le risque. Pour l'heure, mes dirigeants se révèlent extrêmement chaleureux. Ils adorent parler de football! Parfois trop: il faut gérer. Ils m'appellent Mousse Walter ou Moss. Car ils ne peuvent prononcer Meeuws

`On va être pillé´

Le Raja Casablanca et Zamalek sont d'ores et déjà qualifiés pour la Coupe du Monde des clubs qui devrait être organisée en 2003: `Il y a trois ans, le Raja n'avait cédé devant le Real (2-3) qu'à la 87e minute.´

Walter Meeuws n'ignore pas qu'il va acquitter très bientôt la rançon de son succès: `Des recruteurs rodent. Ils sont anglais ou français. Il est très probable que je vais perdre trois ou quatre de mes très jeunes joueurs car la finale sera diffusée dans toute l'Afrique, l'Asie, les Emirats et l'Arabie saoudite. Le club réalisera donc une belle opération financière.´

Walter Meeuws, lui, s'en accommodera...

© Les Sports 2002