Jeu de balle

Kerksken a donc, comme tout le monde s'y attendait, fêté le 10e titre de champion de son histoire ce dimanche au terme de la deuxième manche de la finale des playoffs, entrant, par la même occasion, dans la légende en égalant le grand Tollembeek des années 80 et 90. 

Ce ne sera donc pas encore cette fois que le titre retournera en Wallonie qui attend cela depuis.. 2004 et le sacre de Neuville de... Benjamin Dochier et de... Philippe Gossuin. Dix pour Kerksken et trois pour Baasrode: tel est le bilan de ces treize dernières saisons. Mais derrière Kerksken, un autre record a également été signé par deux joueurs. Samuel Brassart et David De Vits sont les seuls dans l'histoire ballante, à avoir réussi à être champions dix fois avec le même club. Personne d'autre n'a réussi pareille gageure. Chapeau à eux, d'autant qu'à 42 ans tous les deux, ils apportent encore une large contribution au succès de leurs couleurs. Bel exemple de fidélité à un club qui leur doit beaucoup. Contrairement à bon nombre d'amateurs ballants, nous ne pointerons pas Kerksken et sa domination du doigt. Nous serions plutôt enclins à prendre les «Michiels Boys» en exemple par leurs adversaires pour leur culture de la gagne. On espère que les joueurs de Thieulain auront pris l'expérience nécessaire pour davantage bousculer l'hégémonie alostoise en 2018 car tant qu'ils le pourront, les «Michiels Boys» enrichiront leur palmarès toujours avec la même envie, la même hargne et la même détermination. Citius altius, fortius...

Thieulain a davantage bousculé Kerksken mais ce fut insuffisant pour forcer la belle

Les absents à la finale retour des playoffs ont eu tort car si Kerksken avait donné une leçon à Thieulain dans son antre, les Leuzois ont eu le bon goût de ne pas signer une deuxième prestation mièvre, d'autant qu'avec la formule des deux manches gagnantes, tous les espoirs de forcer la belle leur étaient encore permis. Jusqu'à 7-7, ils y sont parvenus...

En clouant Brassart dans son tamis via des outres de Delbecq, de Becq et de Vandenabeele, Thieulain donna d'ailleurs le ton dans le jeu d'ouverture, mais Monnier (face à Metayer) et Dochier (contre Becq) répliquaient par deux nouveaux jeux blancs (2-1). Face à Vandenabeele, De Vits essuya le feu nourri de Becq et de Metayer à 30-30 pour l'égalisation à 2-2. Dumoulin alla titiller autant la devanture (Monnier) que le fond (Nantel) mais ses services lui revinrent en pleine figure, avant de décorder une dernière livrée pour redonner l'avance à Kerksken. Face à Brassart, Delbecq redressa la barre de 40-15 à 40 à 2, moment qu'il choisit pour livrer entre les perches.

Il n'en fallait pas plus pour booster les «Canaris», d'autant que Metayer prenait encore le meilleur sur Monnier avec le coup de pouce de l'arbitre De Vroe qui condamna mauvaise un rechas dans le jeu de Nantel. Le retour dans le tamis de Dochier (2 outres) relança Kerksken. Survint un premier tournant: Vandenabeele, lui, on le sait, n'aime pas le tamis de Kerksken, trop court à son goût, mais il redressa un jeu de 15-40 en livrant une balle entre les perches pour forcer le «quinze» décisif sur lequel, malheureusement pour ses couleurs, il décorda son service: 5-4. Dans la foulée, Dochier (2) et Nantel enfoncèrent Dumoulin davantage dans son tamis, et le foncier conclut ensuite le gain du premier jeu de Brassart face à Delbecq: 7-4.

Cet avantage de Kerksken à la pause, Thieulain se fit un devoir de prouver qu'il était flatteur dès la reprise. Les serveurs alostois eurent du mal à quitter leur tamis, alors que la frappe leuzoise avait retrouvé des couleurs. Il ne fallut pas longtemps pour que les «Jaunes» égalisent pour relancer l'intérêt de la partie. Monnier fauta à trois reprises pour concéder 7-5. Delbecq, Metayer, égal à lui-même, tant dimanche que samedi, et Becq surprirent le maître incontesté du tamis, Dochier, pour inscrire 7-6 au marquoir. Mieux même Delbecq et Metayer, intenable, aidèrent Vandenabeele à prendre sa mise face à De Vits, même si des outres de... De Vits et Brassart retardèrent le gain du 14e jeu en faveur du cordier leuzois. Hélas pour eux, les «Canaris» virent leur élan coupé en plein vol, dans les deux jeux suivants, quand Dumoulin et Delbecq gaspillèrent un avantage octroyé à 15-30 et 0-30, avant l'incident qui glaça un peu l'atmosphère quand à 15-30, au moment où Monnier livra sa balle, un spectateur traversa le jeu, surprenant Becq qui demanda à remettre la balle mais l'arbitre estimant que la personne incriminée n'avait pas empêché le joueur d'intervenir ne remit pas la balle. Après bien des palabres, le jeu reprit et monta à 40 à 2, moment où Metayer livra en dehors des limites: 10-7.

Derrière, Dochier ne se fit plus surprendre face à Becq qui l'aida grandement avec ses deux services décordés. Nantel, lui, était inflexible au fond du jeu, alors que De Vits s'arrangeait pour s'accaparer un 2e jeu de service face à Vandenabeele. Nantel, qui pouvait être considéré comme l'homme de la lutte, prit le soin de boucler la lutte afin de permettre à Kerksken de faire sauter les bouchons de champagne pour la 10e fois de son histoire...


Brillant bulletin pour Nantel et Metayer

Quelle a été la prestation de chacun des acteurs lors de cette deuxième manche? En toute discrétion, le foncier de Kerksken, Nicolas Nantel, et le grand-milieu de Thieulain, Tanguy Metayer, sont à sortir du lot.


Kerksken

David De Vits: placé quatrième livreur face à Vandenabeele, David s'en est, comme à son habitude, tiré honorablement dans l'exercice qu'il n'apprécie pas particulièrement en prenant deux de ses quatre duels. Il a davantage brillé à l'arrêt, où il fut un poison grâce à des déplacements qu'il ne compte jamais et à la frappe où il ne fallait pas trop le chatouiller.

Christophe Monnier: très régulier dans le tamis la veille, il le fut un peu moins ce dimanche, signant sept erreurs dans le carré de service. Néanmoins, son bilan à la frappe (6 outres) compense largement.

Samuel Brassart: quand cela tourne un peu moins rond, on peut compter sur Samuel pour redynamiser ses troupes. Et il a fallu davantage le faire ce dimanche que la veille. Intouchable à la frappe, la livrée devient, au fil des années, un exercice moins facile même s'il s'en sort encore avec tous les honneurs. Il n'en reste pas moins que le gain du titre devrait l'aider à obtenir un 3e «Gant d'Or», récompense qu'il aurait dû recevoir bien plus tout au long d'une carrière bien riche et enviée par beaucoup.

Benjamin Dochier: le septuple «Gant d'Or» est le premier à reconnaître que, sur le plan individuel, la saison 2017 n'est pas la plus aboutie. On ne peut cependant pas enlever au Namurois cette capacité à se transcender pour les grands rendez-vous, que ce soit ce week-end ou lors des épreuves en sept jeux qu'il a marquées de son empreinte. Il est le premier à voter Samuel Brassart pour la récompense suprême 2017.

Nicolas Nantel: s'il fut moins spectaculaire que l'an dernier quand il obtint son premier «Gant d'Or», le foncier alostois est incontestablement l'homme de la lutte ce dimanche de par une régularité déconcertante à la frappe où il a dégoûté tous ses adversaires, comme à la livrée où sa capacité à oser ses livrées lui a permis de remporter ses quatre duels face à Dumoulin.


Thieulain

Kevin Vandenabeele: «Keche» a déjà été meilleur, que ce soit dans le tamis où il a péniblement arraché deux duels à De Vits sur quatre, ou à l'arrêt. Il est loin le temps où il était infranchissable.

Donatien Delbecq: comme pour son coéquipier cordier, Donatien donne l'impression de pouvoir faire mieux que ce qu'il a montré ces deux jours. Il pourra aussi profiter de l'hiver pour évaluer ce qui n'a pas fonctionné.

Guillaume Dumoulin: on a déjà connu Guillaume plus percutant. Se battant avec un début de pubalgie depuis plusieurs mois, le petit-milieu leuzois n'est pas au mieux de sa forme et cela se ressent, logiquement, dans ses prestations. A besoin de se sentir en confiance pour donner le meilleur de lui-même.

Tanguy Metayer: c'est de loin la plus belle satisfaction de cette finale. Le gamin est prêt pour signer une grande carrière. Ses progrès depuis son arrivée à Thieulain sont phénoménaux. En espérant qu'il puisse entraîner ses coéquipiers dans son sillage. À lui d'acquérir les qualités de meneur d'homme de Samuel Brassart.

Nicolas Becq: comme le disait certains dirigeants ce dimanche, la saison 2017 est la moins aboutie pour «Nico» depuis son arrivée à Thieulain en 2014. Tels ses passages dans le tamis, le foncier leuzois paraît fatigué, sans ressort. A mieux frappé du fond du jeu que samedi, mais c'est moins percutant que son homologue alostois. Pour lui aussi, l'hiver fera du bien pour recharger les batteries.



Samuel Brassart: «Je ne banaliserai jamais mes titres»

Comme à son habitude, Samuel Brassart était très entouré à la fin de la lutte scellant le 10e titre de Kerksken et le 12e pour le pivot des «Michiels Boys, tout comme pour son cordier et capitaine, David De Vits. «Quand je suis arrivé ici il y a 13 ans, ce n'était évidemment pas un objectif car personne ne peut imaginer un tel bilan. Non, je ne banaliserai pas ce nouveau succès car c'est toujours la récompense d'efforts et de remises en question. Nous allons David et moi le savourer comme il se doit car on se dit toujours que c'est le dernier, surtout à notre âge. Ce dimanche, ce fut un peu plus accroché de la part de Thieulain qui a mieux joué que la veille. Pour moi, il y a un premier tournant quand Kevin (Vandenabeele) livre mauvaise à 4-4, ce qui nous a permis d'aller à 7-4. La reprise ne nous a pas souri car ils ont mieux frappé et l'on a éprouvé aussi des difficultés à quitter le tamis, mais on a eu la chance de rester devant et on a pu rééquilibrer les échanges.»

Le revers de ce dimanche était perçu avec moins de regrets que la veille pour Thieulain. «Ce qui est réconfortant», explique Philippe Gossuin, «c'est de constater que les joueurs avaient réussi à mettre la nuit à profit pour tout oublier et se présenter aujourd'hui avec l'esprit complètement apaisé pour aborder cette deuxième manche en se disant que nous avions tout à gagner. Nous avons accroché Kerksken, surtout à la reprise en recollant de 7-4 à 7-7. Ensuite, nous avons encore manqué les occasions de faire davantage douter cette belle équipe à gagner. Notamment, à 7-7, en perdant les deux jeux que nous avons menés. Ensuite, il y a cet incident (NdlR: un spectateur qui a traversé le terrain) à 9-7 et 15-30, mais l'on ne doit pas se focaliser là-dessus. Tâchons de revenir plus forts la saison prochaine en tirant les enseignements de cette double confrontation pour nous rapprocher de Kerksken. Notre saison est quand même plus que réussie, avec nos victoires aux tournois de Mont-Gauthier et, bien sûr, de Sirault, sans oublier le Grand Prix Maistriau et le Huit de Septembre. Thieulain gagne à présent des trophées. Essayons de gravir encore un échelon supplémentaire en 2018.»

Rendez-vous est pris...