Moteurs

Après deux sorties de route qu'il ne s'explique toujours pas, Cédric Cherain est de retour au Rallye de Wallonie avec une Skoda BMA et un seul objectif : rejoindre l'arrivée à tout prix !

Après un début de saison marqué par deux grosses sorties de route, on aurait pu craindre de ne pas voir Cédric Cherain au départ du Rallye de Wallonie. Mais il est là. Et sur une toute bonne auto faisant de lui un des favoris.

« J'avais annoncé en début d'année que je faisais les deux premiers rallyes et puis que je verrais. Malheureusement, après deux abandons dans les circonstances que l'on connaît, je me suis retrouvé avec deux franchises sur le dos. Et la suite était compromise. C'est bien simple, il y a quinze jours, je ne roulais pas. Puis j'ai rencontré Bernard Munster, patron de BMA, pour autre chose. Il n'avait pas de Skoda au départ du Wallonie et m'a fait une toute bonne proposition. J'en ai parlé avec mon équipier et on a pu accepter l'offre. »

Comment expliquez-vous cette grosse sortie à Spa avec la Fiesta ?

«Je ne comprends toujours pas ce qui est arrivé. Pourquoi l'auto a décroché soudainement comme cela. Je me suis remis en question. Je me suis retrouvé à l'hôpital. Ce n'était heureusement pas trop grave mais ce n'est jamais bon pour ton corps d'encaisser un choc pareil. Je ne suis qu'un amateur et le lundi je dois aller bosser. J'aurais pu me tuer à Spa. J'ai eu beaucoup de chance. J'ai une femme, je suis père de famille, cela fait réfléchir. Moralement, je n'étais pas bien. »

D'un autre côté, vous essayiez encore de suivre les autres avec une voiture pas au niveau. On sait que la Fiesta ne peut pas rivaliser avec les Fabia R5...

« Suite à l'accident de Landen, la Skoda n'était plus dispo. Je n'avais pas le choix. Le team italien D Max m'a vendu qu'il s'agissait d'une Evo2 mais je suis convaincu que cela ne l'était pas. En roulant bien, je me suis fais coller 16 secondes sur la spéciale du circuit. Cela veut tout dire. Je ne veux pas cracher dans la soupe que j'ai bue durant trois ans, mais aujourd'hui mon team italien n'a pas d'auto capable de se battre devant. »

C'est bien différent avec BMA...

« Tout à fait. Bernard connaît ses autos par coeur, il connaît les spéciales belges bien différentes de celles rencontrées en Italie. C'est un ancien très grand pilote. Il a gagné des rallyes, il sait de quoi il parle. Je peux discuter dans ma langue. Le contexte est fort différent. Avec les Italiens, c'était toujours rif raf rouf. OK ici le budget est un peu plus cher, mais tu en as pour ton argent. Mon métier est de vendre des châssis belges posés par des Belges. Si tu les fais faire et poser par des Polonais cela te coûtera moins cher mais après quinze ans tu devras tout changer. Tandis qu'avec moi tu peux les conserver trente ans. Donc au final, j'ai décidé aujourd'hui que je préférais rouler un peu moins mais en me préparant mieux. Jeudi, j'ai pu effectuer 70 km d'entraînement. Je crois que cela ne m'était jamais arrivé la veille d'un rallye. Après 20 ou 30 bornes, j'ai retrouvé la confiance. Et d'après les chronos que j'ai eus, j'étais très rapide alors que je ne roulais pas à 100% »

C'est à dire ?

« Sur une base de 5 km, j'étais apparemment 3 dixièmes au kilomètre plus rapide que Vincent Verschueren. »

Disposez-vous de l'évolution 2018 du moteur Skoda comme Princen depuis Spa ?

« Oui, tandis que Verschueren ne l'aura apparemment qu'à partir d'Ypres. »

Quel est votre objectif sur ce rallye de Wallonie que vous avez déjà remporté en 2015 ?

« Il me faut absolument un résultat pour me recrédibiliser. Le championnat est cuit de toute manière. Je n'ai plus de pression mais je veux d'abord être avant tout à l'arrivée. Je vais démarrer calmement. Dans la Citadelle, il ne peut rien arriver si ce n'est taper une bordure dans la descente. Mais si je commets encore pareille faute alors j'arrête le rallye à tout jamais. Samedi matin dans la longue première spéciale de plus de 23 bornes, je roulerai à 85%. Cette épreuve est longue, on annonce de la pluie dimanche. La course ne se jouera pas lors de la première étape. Je ne vais donc pas tenter le diable. On verra bien. Je signerais de suite pour terminer deuxième derrière Verschueren. Mais si une opportunité de gagner se présente, je saurai aussi la saisir. »

Vincent Verschueren est votre favori ?

« Clairement. En l'absence d'un Duval ou d'un Princen, il doit absolument gagner pour se relancer dans la course au titre. Vincent n'a pas le talent des deux pilotes que je viens de citer, mais il connaît bien sa voiture, son team, sa copilote et les spéciales belges. Il sait donc aller très vite. »

Et quid d'Adrian Fernémont ?

« Il a fait un beau rallye à Spa en évitant les erreurs. Il aura plus la pression car il roule devant ses supporters. Il peut aller vite sur certaines spéciales mais pas sur la distance d'un rallye. Il manque encore de régularité, d'expérience, de maturité ce qui est normal. Il a une bonne auto mais je me souviens par exemple qu'à l'East Belgian il avait du mal sous la pluie. Il se battait avec Boxoen. »

Donc devant cela devrait se jouer entre vous et Verschueren ?

« Ajoutez peut-être encore Xavier Bouche, toujours très rapide sur ses terres et qui possède aussi pas mal d'expérience. Puis derrière je mettrais Adrian et Canal Roblès avec la Skoda WRC »

Et Guillaume de Mevius sur la Peugeot ?

«Quand je vois son chrono d'hier lors du shake down, je me dis qu'il n'aura pas voix au chapitre. Il prenait 6 secondes sur cinq kilomètres le pauvre. Après ce qui lui est arrivé il doit être correctement bridé. »

Que pensez-vous du choix de Skoda Belgique avec Sébastien Bédoret ?

« C'est une bonne recrue. Je le vois un peu derrière de Mevius quand même mais devant Olivier Collard qui n'a jamais roulé en R5 »

Les pneus D Mack ne vont-ils pas constituer un léger handicap pour vous ?

« Non, je ne crois pas. J'ai certes été une seconde plus vite avec les Michelin lors du test de jeudi, mais il s'agissait de gommes fraîches comparées à des vieilles chaussettes qui avaient 140 bornes et dataient de l'an dernier. Honnêtement, niveau comportement, je n'ai pas senti de différence. »

Quelle sera la suite de votre programme ?

« Tout va dépendre en partie de mon résultat ici. Je crois que si je mets une nouvelle fois mon équipier dans les arbres, il va décider de rouler avec quelqu'un d'autre à Ypres qui est très important pour lui car la majorité de ses partenaires viennent de là. J'espère si tout va bien me retrouver au départ à Ypres, de préférence avec une Skoda BMA. Ensuite l'East Belgian et le Condroz sont quasi assurés grâce à mes partenaires régionaux. »

Pourquoi n'avez vous jamais eu le soutien d'un importateur ?

« Ah cela Dieu seul le sait. Peut-être parce que ma crédibilité financière n'est pas stable. Vous savez, je n'ai pas un papa riche et je gagne 2000 balles par mois en travaillant. Je ne peux donc pas garantir en début d'année un budget de 200 ou 250.000 euros. Et je fais quoi si un de mes partenaires décède ou ne tient pas ses promesses ? Je roule donc souvent au coup par coup. Je n'ai jamais eu 200.000 euros sur mon compte. »

On a dit durant l'hiver que vous étiez en discussion avec Citroën pour piloter la nouvelle C3 R5 ?

« C'était faux. Il n'y a jamais eu de réel contact. J'ai essayé quinze fois d'avoir un rendez-vous chez Citroën Belgique, en vain. Je pouvais leur proposer un bon deal d'échange publicitaire. »

Mais vous ne pouviez pas leur garantir que vous alliez leur acheter une flotte de 60 voitures...

« Exact. Cela dit, je suis très heureux que Kevin Demaerschalk soit aidé par Jourdan Serderidis. Il le mérite. J'ai beaucoup de respect pour ce que fait Jourdan pour aider les jeunes. Il m'a aidé aussi à une certaine époque. On a eu un différend financier mais on s'est finalement arrangé à l'amiable et c'est réglé. »

Pourrait-on vous voir au volant d'une VW Polo R5 au Condroz ?

« Si on me faisait une proposition, c'est sûr que je serais motivé pour trouver les budgets car je suis sûr qu'elle va marcher directement. Comme la C3 d'ailleurs. Mais je préfère ne pas tirer de plans sur la comète. Pour l'instant, on va d'abord essayer de faire un bon truc ce week-end du côté de Namur. J'en ai vraiment besoin. »