Moteurs

Le vétéran hollandais s’est confié à la DH sur le WEC, sa carrière mais aussi Verstappen…

Avant les Verstappen père et fils, les Hollandais ont vibré devant les Grands Prix de Formule 1 en regardant les prestations de Jan Lammers. Toujours bien vert alors qu’il fêtera ses 62 ans en juin prochain, l’homme de Zandvoort roule à nouveau sur la Dallara LMP2 n°29 du très batave Racing Team Nederland. Etant de loin le pilote d’outre-Moerdijk le plus expérimenté avec notamment une victoire aux 24 Heures du Mans 1988, le souriant Jan ne compte pourtant pas raccrocher de sitôt.

Votre Dallara fut la 1ère non-Oreca en LMP2 lors des qualifs. Qu’espérez-vous pour ce samedi ?

« Nous avons beaucoup de choses à découvrir. C’est notre 1ère course de 6 Heures et avec 3 pilotes. Nous sommes en phase d’apprentissage. Il faudra surtout ne pas faire d’erreurs. Nous allons essayer de gagner un maximum de temps lors des changements de pilotes. Je suis le plus petit dans l’équipe, a contrario de mon équipier Giedo Van der Garde qui est un géant. Nous essayons de trouver différentes solutions pour gagner un maximum de temps. »

Vous céderez votre place à Nyck De Vries après les 24 Heures du Mans. Allez-vous remettre votre casque ?

« Non, je continuerai à rouler dans d’autres championnats mais plus en WEC. Au vu des investissements réalisés par l’équipe, elle a besoin du meilleur line-up pour réaliser le meilleur résultat. J’ai 62 ans et il était temps que je laisse ma place à un jeune loup qui est 40 ans plus jeune que moi. Place aux jeunes loups ! »

Après avoir roulé en WSC il y a 30 ans, pouvez-vous faire une comparaison avec le WEC ?

« A l’époque, c’était plus convivial et beaucoup plus ouvert. Le WEC a une organisation fantastique mais je trouve que la direction de course exerce une véritable dictature sur les pilotes. En WSC, quand nous avions une question à poser au directeur de course, la porte était toujours ouverte. Une situation inimaginable aujourd’hui. Par ailleurs, lors des briefings, nous sommes considérés comme des petits enfants face à un professeur dans une école. De même, Fernando Alonso est également mis sur un piédestal alors que nous avons rien demandé et lui non plus. »

Quand Jean-Eric Vergne dit qu’il préfère gagner en LMP2 plutôt que de finir 3e en LMP1, qu’en pensez-vous ?

« Le LMP2 est pour moi une des meilleures catégories de sport automobile sur la planète. C’est un excellent format car les voitures sont très grisantes à conduire, avec beaucoup de grip généré. Et comme nous avons le même moteur, les chances de gagner sont un peu plus équitables... »

Il y a 30 ans, vous gagniez Le Mans avec Jaguar. Quel souvenir gardez-vous de cette victoire ?

« Ce fut magique car Jaguar n’avait plus gagné au Mans depuis 31 ans (1957, ndlr). Tom Walkinshaw Racing avait mis le paquet pour remporter enfin la course. C’était un projet qui a fédéré plus de 200 personnes. TWR et Jag’ ont dû s’y reprendre à plusieurs fois avant de gagner, alors ce fut une sensation incroyable de s’imposer face aux Porsche qui étaient la référence aux 24 heures depuis plusieurs années. »

Pensez-vous que le WEC coûte beaucoup trop cher ?

« Je dirais plutôt que le championnat offre un superbe produit par rapport aux coûts demandés. Bien sûr, cela coûte de l’argent mais nous sommes en championnat du monde, nous avons un beau calendrier avec de belles manches tout en évitant les déplacements trop lointains. Par exemple, en LMP2, les coûts sont contrôlés afin d’éviter les dérives. Ce n’est donc pas encore hors de prix pour ce que le WEC offre. »

Est-il plus grisant de piloter une LMP2 ou une Groupe C ?

« Ce sont deux voitures très différentes. Les Groupe C étaient des monstres physiques à piloter avec le minimum syndical en matière de technologie. Il n’y avait pas de direction assistée, de boîte de vitesses avec palettes au volant ou encore d’air conditionné. Toutes des choses qu’on retrouve aujourd’hui sur notre Dallara. Mais notre LMP2 est très amusante avec notamment des vitesses de passage en courbe élevées. »

La Verstappen-Mania a frappé les Pays-Bas. Comment expliquez-vous ce phénomène alors que notre Stoffel Vandoorne national a du mal à séduire les foules ?

« C’est un peu normal que nous soyons fous de Max car il a fait des choses incroyables pour son jeune âge. Il a déjà gagné des Grands Prix, réalisé des exploits en course comme au Brésil 2016 où il a remonté presque tout le peloton en quelques tours, sans oublier son caractère haut-en-couleurs. Stoffel a de son côté tout à prouver. Mais je suis certain que la Belgique commencera à se l’arracher à partir du moment où il commencera à faire des résultats probants. Il en est tout-à-fait capable si la McLaren suit. »

On voit souvent des vidéos de pilotes hollandais connus comme Tom Coronel ou Robert Doornbos s’enthousiasmer devant leur TV en regardant Max. Il y a comme une espèce de « Team Holland » chez les pilotes locaux…

« Mais pour ma part, je ne suis pas si fan de Max que cela. Je ne veux pas faire partie de ceux qui jugent à tout-va et pardonnent tout. Il ne faut pas oublier qu’il a fait pas mal de bêtises à côté de ses belles performances. J’ai beaucoup de respect pour lui mais je suis certain que le crash fratricide de Bakou avec son équipier Ricciardo se reproduira cette saison. C’est bien que Red Bull laisse ses deux pilotes s’expliquer mais ils sont tellement proches que cela ne peut que mal se finir quand ils sont en bagarre. »