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À trois jours du départ, rencontre avec le directeur du Dakar

BUENOS AIRES À quelques jours du départ, le directeur du Dakar 2009, Étienne Lavigne, explique comment la course a été sauvée.

Pourquoi avoir choisi l'Argentine et le Chili ?

"D'abord, pour sauver la course. Le 4 janvier 2008, le Dakar en Afrique fut annulé. Il fallait aller vite. J'ai réuni mon staff le soir même. On a évoqué l'Argentine et le Chili. Il y a deux ans, grâce à notre expertise, nous avions été mandatés pour mener une étude pour des organisateurs de rallye en Amérique du Sud. Ça nous avait permis de découvrir ces pays et, surtout, de tisser des liens là-bas. Dans le courant de janvier, les ministres des pays concernés nous ont donné leur accord. Début février, nous annoncions le Dakar en Amérique du Sud."

Pourquoi ne pas avoir changé le nom de l'épreuve qui évoque irrémédiablement l'Afrique ?

"Le nom de la course a toujours évolué. Avant, il s'appelait le Paris-Dakar, aujourd'hui le Dakar. Le Dakar signifie l'aventure, l'inconnu, la découverte de nouveaux espaces. Finalement, dans le monde du sport, le seul vrai concurrent du Dakar est le Vendée Globe où même le dernier a gagné, car il est arrivé. En Amérique du Sud, on retrouve ce qui a fait le sel de notre rallye : l'attrait de la nouveauté, un parcours de folie, avec des dunes, des pistes en altitude dans la Cordillère des Andes, la chaleur qui risque d'être suffocante, des spéciales dans le sable... Ce Dakar mérite de garder le nom, car il n'a pas changé la nature de l'épreuve."

Avez-vous des regrets à avoir abandonné l'Afrique, le berceau du Dakar, et pensez-vous y revenir un jour ?

"Le Dakar a besoin d'espaces pour s'exprimer. Au fur et à mesure des années, nous n'avons plus pu aller dans toute une partie du Sahara à cause des mouvements de rébellion. Aujourd'hui, il reste une bande à l'ouest le long de la côte, mais la Mauritanie est de moins en moins sûre. En 2010, le Dakar ne pouvait plus se permettre une nouvelle annulation."

Pourtant, vous venez de gagner un procès contre Hubert Auriol qui désirait organiser un rallye en Afrique (l'Africa Race). N'est-ce pas un signe de votre volonté de revenir en Afrique ?

"L'Afrique n'appartient pas à ASO et il y a plein de courses sur ce continent. Hubert Auriol n'a juste pas respecté le droit des affaires et a dit des choses qu'il n'avait pas à dire. Pour le moment, rien n'est fixé pour l'avenir. Tout le monde est juste très concentré sur le rallye qui arrive. J'attends de voir le ressenti des concurrents en Amérique du Sud pour décider de l'avenir. C'est le plus important."

Tous les sports mécaniques sont touchés par la crise. Êtes-vous angoissé par l'avenir du Dakar ?

"Oui. Nous avons pris sur nos bénéfices pour faire un Dakar au même prix en Amérique du Sud qu'en Afrique, alors qu'il nous coûte plus cher. Cette année, les inscriptions ont eu lieu en juin et la crise est arrivée en septembre. Si c'eût été l'inverse, nous aurions eu beaucoup moins d'inscrits."



© La Dernière Heure 2008