Les dix enseignes… Mans

Olivier de Wilde Publié le - Mis à jour le

Moteurs

Sans concurrence, Audi a vaincu sans péril. Le premier proto à essence à cinq tours…

FRANCORCHAMPS En l’absence même du célèbre Docteur Ullrich, le directeur d’Audi Sport préférant les essais du DTM à la 2 e manche du Championnat du Monde d’Endurance (un signe qui ne trompe pas), la marque aux quatre anneaux a ultra dominé les 6H WEC de Spa disputées samedi sans pluie. Voyons ensemble quels principaux enseignements tirer de cette ennuyante répétition du Mans.

1. Audi Festival on Tour : Sans Peugeot ni Toyota, Audi se sent bien seule. De la première séance d’essais libres à l’arrivée, les quatre anneaux n’ont jamais quitté les quatre premières places. Une domination outrancière tuant tout intérêt sportif et tout suspense. Et cela risque fortement de se répéter au Mans. À qui la faute ? Certainement pas à Audi.

2. Équilibre e-tron-Ultra : Après la pole signée par Allan McNish, on s’attendait à ce que les deux protos hybrides quattro s’envolent. Si cela a été le cas sur sol détrempé, les diesels Ultra sont ensuite revenues dans la course que se livraient entre eux les pilotes des quatre R18. Selon le règlement, les hybrides disposent d’un réservoir plus petit (58 litres au lieu de 60) les obligeant à ravitailler un tour plus tôt. De quoi équilibrer dans la Sarthe le match entre les Audi même si le meilleur tour absolu est revenu à la N°1 de Marcel Fassler, six dixièmes devant la N°3 victorieuse des ex-pilotes Peugeot Loïc Duval (auteur d’un super double relais) et Marc Gené. L’intérimaire espagnol (il remplace Timo Bernhard) a forgé le succès de son équipage en étant le premier et le seul des pilotes Audi à monter les slicks dès son premier arrêt. Bien aidé par un ravitaillement sous “safety car”, Romain Dumas n’avait plus qu’à parachever le travail pour s’imposer avec 46 secondes d’avance.

3. Avantage Quattro : Avec un départ sur piste détrempée, on a pu mieux mesurer l’avantage des quatre roues motrices, le moteur électrique hybride entraînant les roues avant au-dessus de 120 km/h. Les e-tron se sont envolées, André Lotterer doublant l’octuple vainqueur des 24H du Mans Tom Kristensen dès le 3e tour. Seul un changement de capot suite à un souci de phare et une pénalité pour une irrégularité lors d’un arrêt ont privé la N°2 de Kristensen du podium. Pour le reste, les nouvelles Audi, Ultra et e-tron ont démontré une fiabilité exemplaire.

4. Audi cache-t-il son jeu ? : Alors qu’en essais privés à Sebring, les Audi avaient battu de trois secondes la pole réalisée deux jours avant avec la voiture 2011, à Spa Allan McNish a tourné en qualifications dans le même dixième que la pole Audi en 2011. Fidèle à ses habitudes, Audi a-il préparé le Mans en cachant son jeu? “Non, mais vu l’absence de concurrence, on a déjà roulé ici avec la configuration aérodynamique du Mans, pas idéale pour Spa où l’on manquait d’appui dans la descente”, expliquait André Lotterer.

5. Une seule Toyota ? : Les absents ont toujours tort. Alors qu’Audi triomphait à Spa, Toyota, forfait en Ardenne, prépare le Mans en solo au Castellet. La seule petite incertitude quant au podium 100 % Audi dans la Sarthe est entre leurs mains. L’usine japonaise disposant d’un proto essence hybride sera certainement devant toutes les voitures privées. Mais de là à briser l’hégémonie Audi… Toyota s’est engagé dix ans en F1 et dix au Mans sans succès. On les imagine donc très mal débarquer en vainqueurs. D’autant qu’il se murmure qu’il ne pourrait finalement y avoir qu’une seule voiture alignée cette année au Mans…

6. Privés à 5 tours : Deux secondes et demie en qualifications, quatre en course, onze secondes de retard sur piste mouillée après seulement deux tours, cinq tours de retard à l’arrivée, les protos privés à essence, malgré d’excellents pilotes, n’ont toujours aucun rôle à jouer. Il s’agit vraiment d’une sous-catégorie où la lutte est intense et intéressante entre les Lola-Toyota Rebellion (la victoire en essence est revenue à celle de Nick Heidfeld, Nicolas Prost et Neel Jani), les HPD-Honda, la Dome Pescarolo et la OAK-Judd fermant la marche.

7. Couac chez Oak : Huitième et fermant la marche des LMP1, Bertrand Baguette, auteur d’un magnifique quadruple relais de trois heures, a bu le calice jusqu’à la lie en voyant son équipier Guillaume Moreau, victime d’un bris de suspension, abandonner à l’entrée de la chicane, à 300m de la ligne d’arrivée. Un deuxième abandon sur souci de fiabilité en autant de courses. Pas très encourageant à la veille du Mans. D’autant que la Oak LMP1 manque aussi de compétitivité : “On est les plus lents, mal en moteur. En ligne droite on avance d’autant moins qu’on était fort chargé en aéro pour essayer de revenir dans la nouvelle portion. Il y a de sérieux enseignements à tirer pour le Mans”, confiait le Verviétois.

8. Serré en LMP2 et GT : Dans les catégories officielles, la bataille a fait rage. En LMP2, les positions du podium ont changé constamment, tandis qu’en GT les Ferrari ont constamment mis la pression sur l’unique Porsche. C’est surtout là que se situera l’intérêt sportif du Mans où débarquera Corvette.

9. Leinders près du podium : Auteur d’un début de course sensationnel le voyant remonter sur piste mouillée de la 8e à la 2e place, Bas Leinders a eu l’occasion de redémontrer l’étendue de son talent sur un proto correspondant mieux à son style de pilotage : “J’arrête le GT”, plaisantait-il après s’être régalé. Seules une petite touchette de son bon équipier David Heinemeier Hansson et l’absence ce week-end de Maxime Martin (il teste l’auto aujourd’hui à Spa) ont privé la “panthère rose” du podium. “Mais ce sera clairement un objectif réalisable au Mans.”

10. Passion de l’endurance: Malgré le froid, la pluie (les heures avant le départ), un manque de promotion et l’absence de réelle affiche, plus de 10.000 personnes ceinturaient le circuit de Francorchamps samedi après-midi. Moins qu’en 2011 certes, mais la preuve que l’endurance continue à passionner les foules. Même sans Peugeot…



© La Dernière Heure 2012
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