Moteurs Le pilote belge voulait renouer avec la victoire au pays de Galles. Après 2 spéciales, ses chances de succès étaient déjà hypothéquées.

Son retard n’ayant pas influé son ordre de passage dans la superspéciale, le coup du sort a échappé à tous les suiveurs jeudi soir. Dès le départ, Thierry Neuville se retrouvait sérieusement handicapé puisqu’il écopait de 10 secondes de pénalité pour pointage tardif au premier CH… "Dans le parc de départ, la voiture a refusé de démarrer… Ce n’est pas la meilleure façon d’entamer un rallye", commentait Thierry hier matin. "C’est une situation très pénible", ajoutait Nicolas Gilsoul. "On doit trouver une solution. Mais que faire ? Le temps a paru une éternité. Nous avions 10 minutes pour nous rendre au premier CH et nous avons pointé une minute en retard. Ceci dit, ça fait partie de notre boulot de résoudre ce genre de problème." Le plus ennuyant est que l’équipe n’a pas pu identifier la cause de la défaillance… "La crainte, maintenant, est que le problème ressurgisse. On croise les doigts chaque fois qu’il faut relancer le moteur. Nous avons mis du scotch sur un bouton pour ne plus y toucher. De la sorte, le contact reste allumé en permanence. Mais ça influence notre façon de faire."

Comme si cela ne suffisait pas, Thierry s’est laissé surprendre dans la 1re vraie spéciale, hier matin, que tous les pilotes qualifiaient d’extrêmement glissante. "Je souffrais d’énormément de sous-virage", explique Thierry. "On est allé se poser après 2-3 km. Le moteur a calé. J’ai perdu quelques secondes. Et par la suite, j’étais sans doute trop prudent." À peine la course commencée, le pilote Hyundai se retrouvait à 22 secondes du leader, Elfyn Evans, et à 19 de Sébastien Ogier.

Qu’a-t-il donc fait pour mériter autant de malchance ? Comme si l’ampleur des conséquences de ses deux petites erreurs du début de saison n’avait pas suffi, il faut que le chat noir revienne s’accrocher à ses basques depuis quelques épreuves. Après le comportement délicat en Finlande, il y a eu la corde fatale sur Panzerplatte en Allemagne et la pierre meurtrière en Catalogne. Après ses cinq victoires mondiales, on pensait la malédiction des Belges en WRC définitivement dépassée. Mais elle s’acharne.

Heureusement , la suite de la 1re journée de course allait être plus positive. "J’ai un peu modifié le réglage du différentiel central avant l’ES 2 et ça allait un peu mieux ensuite", se console Thierry. "Nous avons surtout été bien à chaque passage dans Hafren (ES 3 et 6, NdlR). La voiture était confortable. Le comportement n’était pas encore idéal mais le grip était meilleur. Nous savons que la voiture n’est pas à l’aise quand les routes sont très glissantes. Mais on a géré et on est toujours là. Je vais essayer de continuer comme ça mais à cause du problème d’hier, nous sommes loin. C’est regrettable car nous avons déjà eu ce problème lors du dernier rallye et il n’a pas été solutionné. Nous croisons les doigts pour pouvoir passer le reste du week-end sans trop d’encombres." Auteur quand même du meilleur temps dans l’ES 7, Neuville est revenu en 4e position, devant Latvala, Meeke et Mikkelsen. Sans sa pénalité du départ, il serait à 2" 5 de Tänak et à 3/10 d’Ogier. Tout reste donc possible, d’autant que la journée de samedi s’annonce longue avec pour commencer 6 spéciales et 110 km chrono sans assistance.

La première d’Elfyn Evans ?

Désirant s’assurer un 5e titre mondial dès l’arrivée de ce Wales Rally GB, Sébastien Ogier comptait démarrer fort dans l’épreuve. Mais il a dû déchanter : "Ce n’était finalement pas un avantage d’ouvrir la route ce matin. Il était très difficile de lire le grip. La 1re spéciale était terriblement glissante. J’y ai sans doute été trop prudent. La 2e a été mieux mais dans la 3e, les 10 premiers kilomètres paraissaient aussi très glissants et je n’avais pas confiance dans le grip. J’y ai perdu une seconde/km. Je m’attendais à ce qu’Elfyn (Evans) soit performant ici mais c’est un rallye difficile, avec des conditions piégeuses; ce ne sera pas facile pour lui non plus. Quoi qu’il en soit, la Fiesta est conforme à mes attentes. Mais ce n’est pas facile de trouver le juste milieu entre attaque et assurance. Pour Elfyn, il n’y a pas un titre mondial en jeu à la fin du week-end…"

Local de l’étape , Elfyn Evans a évidemment été l’homme fort de la journée avec 3 meilleurs temps à son actif et deux fois le 2e temps dans les autres chronos. Il a pris la tête dès la 1re spéciale du jour, grâce à un impressionnant chrono, 3" 7 plus vite que tout le monde. Il a aussi frappé fort dans Hafren (4" 0) et au second passage à Myherin (4" 3). "J’utilise les mêmes pneus que l’an dernier ici; j’aurais donc été déçu de ne pas faire mieux," commentait-il à mi-journée. En réalité, le manufacturier britannique DMack a utilisé un joker pour pouvoir utiliser au pays de Galles un nouveau type de pneus spécialement développé pour cette épreuve. On savait déjà ces pneus performants dans ce genre de conditions. Cette fois, ils font sans doute la différence. "En fait, j’essaie de rouler très proprement, sans trop glisser et en attaquant là où je sais que je peux y aller,"ajoutait le leader un peu plus tard. "Jusque-là, ma tactique fonctionne bien. Mais la journée de samedi sera certainement déterminante."

Après l’avoir ratée de peu face à Neuville en Argentine, Evans décrochera-t-il enfin sa première victoire mondiale dimanche ? À suivre. 2e à 24 secondes, Ott Tänak n’apprécie manifestement pas d’être autant distancé : "Le comportement de la Fiesta n’était pas comme je l’espérais. Elle sous-virait beaucoup, si bien que je devais souvent utiliser le frein à main pour la faire tourner. Je suis premier des pilotes en Michelin. Pour Elfyn, c’est une promenade avec les DMack. Je me souviens que j’ai signé une série de scratches avec ces pneus l’an dernier…"