Moteurs

Si les derniers espoirs de Thierry Neuville de devenir Champion du Monde cette année se sont envolés au Pays de Galles, un autre Belge y a bien décroché un titre mondial.

Avec le Saoudien Al Rajhi au départ, Jourdan Serderidis n'espérait pas vraiment décrocher le titre mondial dans le WRC Trophy dès le Rallye de Grande-Bretagne, le week-end dernier. Mais la Ford Fiesta WRC préparée à Huy par MY Racing pour l'Arabe a terminé sa course en soleil, à la réception d'un jump, vendredi après-midi. Dès lors, il suffisait à Serderidis de terminer l'épreuve pour s'assurer de la couronne en "Division 2".

Quoi qu'on en dise, le WRC Trophy a le mérite d'exister et constitue bien un Championnat du Monde pour pilotes amateurs. "Il a été créé cette année par la FIA pour encourager les amateurs à participer au Championnat du Monde sur des WRC d'ancienne génération," rappelle Jourdan, Grec par son père, Belge par sa mère, né et vivant en Belgique où il a fait ses études et créé à la base sa société de services informatiques Ahrs qui emploie aujourd'hui quelque 1200 personnes de par le monde.

Les concurrents pouvaient sélectionner un maximum de 7 manches du Championnat du Monde pour marquer des points pour ce WRC Trophy. Seul l'Ukrainien Gorban (Mini) s'est donné le maximum de moyens. Serderidis en a sélectionné 6 et le Français Raoux 5.

"Aujourd'hui, on semble me reprocher que la régularité paie, qu'il n’y avait pas assez de concurrence..." regrette Serderidis. "Mais ce titre, on en a rêvé, on l’a espéré secrètement, un peu naïvement et modestement. Et on l'a fait! Je suis Champion du Monde des rallyes 2017 en catégorie WRC Trophy. Et j'espère que Fred Miclotte, qui ne m'a pas secondé en Pologne parce que son épouse devait accoucher, le sera chez les Copilotes après le Rallye d'Australie."

Jourdan est fier de sa performance. Mais qui ne le serait pas à sa place?

"C’est quand même une belle histoire... Un gars qui commence à rouler en rallye à 48 ans, sans avoir fait d'autre compétition "auto" auparavant, qui n’a pas montré un talent exceptionnel à ses débuts, qui n'a suivi aucune filière de formation spécifique... C’était juste un simple défi... Un jour de février 2012, avec un collègue au bord d’un lac gelé en Suède, après avoir rencontré fortuitement Mr Sébastien Loeb, une idole, dans un sauna… Après 5 ans et 68 rallyes, le gars devient champion du monde au nez et à la barbe de Valeryi Gorban, Lorenzo Bertelli, Martin Prokop, Yazeed Al Rajhi ou encore Jean-Michel Raoux… Il devient le premier champion du monde grec en sport automobile. Et le 3ème belge en rallye après Pascal Gaban et Grégoire de Mevius en catégorie Production."

© DR

En hommes d'affaires efficace, Jourdan a bien calculé son coup. En rallye, on ne gagne pas seul. Et il sait souligner le mérite de ses partenaires: "Ce titre, il a été construit avec nos qualités. Il fallait
- définir un programme adéquat
- choisir la bonne voiture, performante et fiable
- s’entourer d’une équipe professionnelle, J-Motorsport, supportée énergiquement par PH Sport

- avoir un, sinon le meilleur copilote du monde, Fred, un gars qui est bourré de talent et qui a un œil sur les notes et un autre sur la route…
- combiner cette équipe avec d’autres talents et personnes motivées comme Lara Vanneste, Cédric Pirotte, Fred Béco, Geoffrey Brion
- rouler fort quand on se sent bien (Monte Carlo, Allemagne)
- rouler avec la tête quand on est moins bien (Pologne, Wales dans le brouillard)
- éviter les erreurs et laisser les autres en faire (Gorban en Finlande).

A l'arrivée du Rallye d'Angleterre, Sébastien Ogier, Champion du Monde pour la 5ème fois, soulignait les mérites d'Elfyn Evans, vainqueur de l'épreuve: "Tout le monde attribue sa victoire à ses pneus DMack. Mais même si ceux-ci procuraient un avantage, encore fallait-il faire ce qu'il a fait. Je l'en félicite." De même, Jourdan Serderidis a eu le mérite de surmonter les multiples embûches de ce 'Rally GB' extrêmement piégeux avec des conditions d'adhérence très variables.

"Moi qui ne suis pas un spécialiste du pilotage sur terre, j'ai été servi. Je suis content d'être parvenu à améliorer ma technique au fil de la course. Au final, je me suis régalé sur ces chemins rapides mais sinueux et vallonnés."

La spéciale d'Aberhirnant, disputée dans le brouillard samedi soir, restera marquée à jamais dans sa mémoire: "C'était horrible. Je ne voyais pas plus loin que le bout du capot de ma DS3. On ne savait pas où on était. Quand je pense que Thierry Neuville (qui était loin d'être le plus rapide, NdlR) a parcouru ces 14 km à la moyenne de 98 km/h. Moi à 60 km/h seulement. A la fin de la spéciale, j'étais honteux de m'être traîné de la sorte. Mais nous avons survécu."

Dans ces moments de bonheur après le stress, les pensées se tournent souvent vers le ciel: "Ce titre restera gravé à tout jamais. Je le dédie à mon père, évidemment, qui aurait été fier et aurait pleuré avec moi sur le podium, comme j’ai pleuré à la fin de la power stage au Pays de Galles dimanche..."

Classement du WRC Trophy avant l'Australie (17-19/11)
1. Jourdan Serderidis (GR) 101; 2. Valeriy Gorban (UKR) 100; 3. Jean-Michel Raoux (F) 79; 4. Martin Prokop (CZ) 40; 5. Yazeed Al Rajhi (SAU) 25; 6. Lorenzo Bertelli (I) 0