Athlétisme L’équipe de relais 4x400m, remarquable d’homogénéité, a décroché la première place dans les… 50 derniers mètres de course

Les Belgian Tornados sont décidément incroyables ! Six ans après leur premier titre européen outdoor, à Helsinki, qui a été suivi d’un deuxième sacre en 2016 à Amsterdam, notre équipe de relais 4x400 m a remis le couvert, ce samedi soir, à Berlin, où elle a remporté la 10e médaille internationale de son histoire en 21 finales disputées. Une sacrée moisson qui, ce samedi, a tout dû à la conjugaison de l’énorme talent de Jonathan Sacoor à ceux des frères Borlée.

Mis en confiance par leur énorme finale du 400 m, vendredi soir, mais aussi par la remarquable prestation de la jeune équipe alignée en séries de l’épreuve, Jonathan et Kevin étaient bien sûr venus faire une dernière pige au cours de ces championnats d’Europe. Dans une épreuve qu’ils connaissent par cœur et pour laquelle ils sont toujours prêts à jeter leurs dernières forces dans la bagarre, les jumeaux étaient chargés respectivement d’un rabattement toujours délicat, pour l’un, et de conclure le travail, pour l’autre.

Mais d’abord, c’est le cadet, Dylan, qui a dû lancer l’équipe sur les bons rails. Une tâche, certes pas sa préférée, qu’il a très bien remplie, transmettant donc le témoin à son frère Jonathan, à la lutte avec les concurrents espagnols, polonais et français. Avec toute son expérience, et une connaissance parfaite de son corps, le détenteur du record de Belgique du 400 m a patienté dans leur sillage, choisissant sa position afin d’assurer un passage dans les meilleures conditions possible à Jonathan Sacoor.

Et comme le Bruxellois a terminé fort, le champion du monde juniors, 18 ans et un culot monstre, pouvait s’élancer pour tenter, dans un premier temps, de grignoter son retard sur l’Espagne. Mais le Hallois a vite senti revenir le Britannique Matthew Hudson-Smith à sa hauteur, le tout frais champion d’Europe du 400m trouvant toutefois à qui parler.

N’ayant qu’une mission, celle de laisser ce grand gaillard derrière lui, Jonathan Sacoor repoussa tous les assauts de MHS au point de le dégoûter. Ayant présumé de ses forces et ayant sous-estimé notre jeune compatriote, le sprinter britannique devait laisser filer le Belge dans la ligne droite finale.

Un scénario idéal pour Kevin Borlée, le finisseur de notre équipe, qui n’avait plus que l’Espagnol Bruno Hortelano devant lui, certes à bonne distance. Le champion d’Europe 2016 du 200 m commit toutefois l’erreur de partir beaucoup trop vite, ce qui n’a pas échappé à Kevin Borlée, celui-ci comprenant à 100 m de la ligne d’arrivée qu’il serait en mesure de cueillir la victoire. De f ait, celle-ci n’échappa plus à la Belgique, Hortelano se décomposant mètre après mètre tandis que le médaillé d’argent du 400 m le passait en trombe.

Le chrono : 2:59.47 pour les Belgian Tornados qui s’imposaient devant la Grande-Bretagne (3:00.36) et l’Espagne (3:00.78). Avec une deuxième médaille en deux jous à clé pour Kevin et Jonathan Borlée…

Dylan Borlée 1er relayeur

"Bien joué"

"C’est une des plus belles médailles notamment parce qu’il y avait une fameuse concurrence face à nous. La Grande-Bretagne et l’Espagne, c’était du costaud. Tactiquement, on a très bien joué le coup. Hudson-Smith a dû partir très vite et a fini par se brûler. Hortelano a démarré aussi comme un dingue. Kevin est resté calme et, connaissant son finish, dès le virage j’étais déjà prêt à célébrer…"

Jonathan Borlée 2e relayeur

"Fier !"

"C’est un sentiment particulier : il y a un mois, j’étais dans le trou et on a réussi à tout mettre en place pour répondre présent ici. Je suis très fier de l’équipe. Beaucoup avaient mis leur meilleur athlète en 1 et c’était serré après le premier tour. Se rabattre n’a pas été simple. Les autres sont partis comme des fous, j’étais à fond. J’ai tenté de garder mon relâchement jusqu’au bout..."

Jonathan Sacoor 3e relayeur

"Fou"

"La consigne la plus importante que j’avais reçue, c’était de laisser Hudson-Smith derrière moi. Je n’ai aucune idée de comment j’ai fait ! (rires) Je ne voulais pas me laisser impressionner. La présence du Britannique derrière moi m’a donné un tel boost que je me suis dit : ‘accélère pour pouvoir servir idéalement Kevin’ . J’avais une confiance totale en lui. Je vis une saison complètement folle !"

Kevin Borlée 4e relayeur

"Calme"

"Je suis resté concentré. Je vois Hortelano partir très vite, mais je me dit : ‘fais ta course, reste calme’ . Et aux 300 m, je le vois qui court de plus en plus assis et là, j’ai compris. Il manque sans doute un peu d’expérience en relais, c’est un coureur de 200 m à la base. Ce qui est incroyable, c’est la qualité du groupe, le réservoir, puisque Jonathan et moi on a pu se préserver pour la première fois."


"Le succès de l’expérience"

Jacques Borlée estime que le calme de son fils Jonathan a joué un grand rôle.

Dans un mélange d’émotion et de fierté, Jacques Borlée a livré son analyse de la course remarquable des Belgian Tornados dont il est le sélectionneur.

"Ce qui est fou, c’est qu’on avait presque raconté la course avant qu’elle ne se déroule, on avait tout anticipé", dit-il. "Dylan devait bien sûr faire un bon parcours, puis Jonathan avait une position très difficile au couloir 3 au moment du rabattement, et il l’a joué avec beaucoup d’intelligence. Il a patienté pour se mettre à l’extérieur et se rabattre idéalement. Il a réussi à terminer en force. Avant la course, j’avais aussi dit à Jonathan Sacoor que Hudson-Smith allait revenir à sa hauteur et qu’il devait l’emmerder un maximum, l’empêcher coûte que coûte de passer. Il l’a fait, c’était beau à voir. Mais l’Espagne en a profité pour accroître son avance. Mais Kevin est resté d’un flegme incroyable et a profité du départ trop rapide de son concurrent espagnol, qui était sur sa lancée du 200 m et a très mal calibré sa course. Kevin l’a cueilli facilement. Le chrono n’est pas incroyable mais il faut valoir en dessous de 2:58 pour faire ce qu’ils ont fait dans ces circonstances."

Est-ce le plus beau des trois titres européens en extérieur ? "Absolument ! C’est la manière, c’est la gestion, c’est l’expérience. Je pense qu’on fait la différence avec Jo qui est resté calme et gagne deux places sur la fin."

Ce titre est, en tout cas, une émotion supplémentaire dans une semaine folle. "Vendredi, c’était une délivrance après des moments d’une difficulté énorme. Jonathan a obtenu la médaille qu’il attendait et cela va le libérer pour les deux ans à venir. Et que dire de la gestion de Kevin…"