Henin: “Ce n’est pas cruel d’être aux JO de mes 30 ans comme journaliste”

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Arrivée à Londres il y a 10 jours, Justine Henin prête sa voix, son image et son expertise du sport de haut niveau à Belgacom pendant la période des Jeux Olympiques

LONDRES Logée à deux pas de la Belgium House, elle arpente les rues londoniennes à la recherche d’interviews et autres billets d’ambiance. Elle s’est posée quelques instants dans le magnifique hall de son hôtel. Nous avons discuté, durant une heure, les yeux dans les yeux de tous les thèmes. Sans tabou. Avec naturel et simplicité.

X? Justine Henin, après avoir été joueuse professionnelle de tennis, actrice de théâtre, directrice d’une académie de tennis, ambassadrice pour l’Unicef, consultante à Roland Garros, vous avez jeté votre dévolu sur le journalisme ?

“Pour moi, je ne fais pas de journalisme. Je voyais du sens dans ce projet car je rencontrais des athlètes de haut niveau dans des disciplines moins connues. Je ne m’occupe pas trop des statistiques et autres analyses. Je laisse cela aux vrais journalistes. L’aspect humain des rencontres me parlait bien.”

X? Quel est votre rôle précis?

“Avec l’équipe, on a fait neuf capsules de 6 à 8 minutes. Moi, je rencontrais les athlètes car mon vécu m’offre une certaine légitimité pour les comprendre.”

X? Comment cela se passe-t-il concrètement ?

“Quinze jours avant les JO, j’ai été à la rencontre de certains sportifs pour tourner un reportage. J’ai ainsi rendu visite à Jean-Michel Saive à Jambes sur le thème de la longévité dans le sport. J’ai vu les hockeyeurs au Braxgata pour comprendre les mécanismes des sports d’équipe. J’ai rejoint Sven Nys lors d’une de ses courses pour expliquer les principes de son alimentation. J’ai aussi été sur l’eau avec Evi Van Acker pour parler de la solitude en voile. Il y eut aussi la judoka Charline Van Snick qui était en stage. Enfin, j’ai interviewé la gymnaste Julie Croket sur le thème du rêve brisé. Elle venait de se blesser grièvement. Toutes ces images ont été tournées en Belgique.”

X? Que faites-vous à Londres alors?

“On se rend sur des lieux symboliques dans la ville pour tourner les introductions et conclusions des sujets. C’est un sacré boulot. J’ai aussi rencontré Jacques Rogge hier (lisez: avant-hier). Il m’a parlé du sport en Belgique et de la manière dont il vivait les JO. J’ai aussi croisé le chemin de Bolshakova dès son arrivée. Je dispose quand même de temps libre.”

X? Est-ce un métier plus stressant que celui de joueuse de tennis?

“J’adore découvrir les spécificités d’autres sports. Je vois avec plaisir leur préparation physique et mentale. Je ne suis pas stressée car j’ai peu préparé cette aventure. Un peu quand même. J’ai tout misé sur l’instinct et la spontanéité. J’adore la magie des Jeux. Comme j’ai une bonne mémoire, j’étais vite à l’aise dans mes sujets.”

X? À quelles manifestations sportives avez-vous eu le temps d’assister?

“Je me suis rendue au hockey dans cette énorme Riverbank Arena. J’ai aussi vu les deux premiers combats de Charline (Van Snick). Quel sport difficile où on ne peut pas se permettre un centième de seconde d’inattention. Elle prépare les Jeux pendant 4 ans et risque une élimination en quelques secondes. J’étais aussi présente à la cérémonie d’ouverture. C’était la première fois que j’en voyais une en live. En 2004, je devais être porte-drapeau, mais je jouais le lendemain. En plus, je n’étais pas en bonne forme.”

X? Quel est l’exploit sportif qui vous a le plus touché depuis le début des Jeux ?

“Je ne parlerais pas d’un exploit en particulier. J’ai vu le relais en natation du Français Agnel. Fabuleux ! J’étais aussi contente pour les Anglais quand ils ont décroché leur première médaille d’or en aviron. Je m’en voudrais de ne pas évoquer le magnifique parcours de Charline (Van Snick).”

X? Si vous pouviez passer une soirée avec un des 10.500 athlètes des Jeux, vous choisiriez...

“Question difficile. Je choisirais de passer une soirée avec toute l’équipe masculine de hockey. Quand je m’étais rendue en stage du COIB à Lanzarote, on m’avait dit que j’arrivais trop tard car le hockey venait de repartir.”

X? C’est cruel d’être à Londres maintenant. Vous aviez toujours rêvé de boucler votre carrière ici avec, pourquoi pas, une médaille d’or...

“Tout le monde me dit ça. Pourtant, je ne suis pas malheureuse. J’ai réalisé une carrière plus grande que tout ce que j’aurais pu rêver. Avant Pékin, j’étais épuisée et j’en avais ras-le-bol. C’est vrai que j’avais pensé qu’à 30 ans, j’aurais un bel âge pour boucler ma carrière aux Jeux. Mais, mon gabarit m’a obligée à puiser loin dans mes ressources. Je me suis usée plus vite que les autres. J’aurais aimé avoir une carrière plus longue. J’avais la technique. Pas le corps. Je ne ressens aucune nostalgie. J’ai la chance de découvrir les Jeux d’une autre manière. À Athènes, j’ai pris l’avion le lendemain de ma médaille. Je n’ai rien vu des Jeux à part le village et le terrain de tennis. À Londres, je parcours tous les sites avec une grande joie. Je suis fascinée par les infrastructures. Je n’avais jamais réalisé que l’envers du décor était si merveilleux. Que dire du stade olympique? Énorme ! Par contre, je suis déçue par le manque d’ambiance dans la ville de Londres qui ne vit pas à 100% à l’heure des Jeux.”

X? Est-ce que vous donneriez tout pour revivre 24 heures de votre ancienne vie?

“Non. Je me suis construit une autre vie. J’ai vécu ma carrière de sportive à 100%. Aujourd’hui, je ne ressens plus ce manque du sport de haut niveau.”

X? En regardant dans le rétro, quels sont les moments de votre carrière dont vous êtes le plus fière?

“Je pointe d’abord mon premier Roland Garros car j’accomplissais un rêve de petite fille. En plus, j’ai confirmé ce parcours en triomphant à l’US Open. Je dirais aussi ma médaille à Athènes car je revenais de nulle part. Il s’est passé un petit miracle là-bas. Mon année 2007 aurait aussi sa place dans les grands souvenirs. Je sortais de mon divorce. Après Wimbledon, j’ai tout gagné. D’ailleurs, au Masters de Madrid, j’ai commencé à sentir une usure. Six mois plus tard, j’arrêtais.”

X? Avez-vous regretté d’être revenue sur le circuit le 22 septembre 2009 ?

“Mon premier arrêt fut trop brutal. J’en avais ras-le-bol. J’étais triste d’avoir arrêté dans ces conditions. J’avais envie de revenir car j’avais peur de ne plus jouer au tennis.”

X? Tous les personnages publics qui ont crevé l’écran doivent-ils passer par une période de blues lorsqu’ils rentrent dans le rang?

“Je l’ai ressenti après ma première carrière. L’étape était obligatoire. D’ailleurs, je partais dans tous les sens. J’ai perdu mon grand-père très vite après l’annonce de ma deuxième retraite. J’ai appris à relativiser. Quinze jours plus tard, je rencontrais mon compagnon. J’étais en paix avec moi-même.”

Interview > Thibaut Vinel



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