Judo Battu par l’Israélien Muki, Sami Chouchi est vice-champion d’Europe en -81 kg.

Sami Chouchi a signé un formidable parcours lors de ces championnats d’Europe où seul Sagi Muki et, avec lui, tout le peuple israélien sont venus à bout du Bruxellois, médaillé d’argent en -81 kg. Sami s’est donc incliné au terme d’une finale très indécise, dont le verdict est tombé après 6’19.

Notre compatriote avait pourtant pris l’ascendant en début de combat, malmenant son adversaire, champion d’Europe il y a trois ans, à Bakou, qui l’avait déjà battu à deux reprises jusqu’ici, en 2015 et 2017. Lentement, Muki équilibra le combat et les deux judokas ne parvinrent pas à se départager avant la fameuse prolongation.

Mais ce fut finalement l’Israélien qui eut le dernier mot. Sur une attaque de Sami Chouchi, il parvint à le contrer, à le renverser, puis à le plaquer au sol pour décrocher le titre européen devant un public en liesse.

Auparavant, Sami avait balayé tous ses adversaires, prenant au passage sa revanche sur l’Italien Esposito qu’il a poussé à la faute puisqu’il fut pénalisé par l’arbitre à trois reprises.

Exempté du premier tour, Sami avait, plus tôt dans la journée, écarté le modeste Islandais Haraldsson et, surtout, le redoutable Néerlandais De Wit, n°3 mondial, avant de s’imposer au Français Djalo en quarts de finale. Ironie du sort, en demis, Chouchi retrouvait donc Esposito, c’est-à-dire celui qui l’avait blessé en 2016, au Tournoi de Paris, en retombant lourdement sur son épaule. Une blessure dont Sami ne s’était relevé qu’un an plus tard !

Mais la roue de la fortune a bel et bien tourné pour notre compatriote qui, à 25 ans, s’est offert sa première finale sur la scène internationale avec, à la clé, sa première médaille.

Dans le clan belge, Sami Chouchi fut le seul survivant d’une journée qui a vu Dirk Van Tichelt s’incliner, en huitièmes de finale des -73 kg, face au Suédois Macias, n°6 mondial.

Pas de chance non plus pour Matthias Casse, éliminé au même stade en -81 kg par un certain… Israélien Muki !

Côté féminin, Roxane Taeymans et Gabriella Willems ont également été trop tôt éliminées en -70 kg. Mais la médaille de Sami a mis du baume au coeur de la délégation belge qui a encore trois atouts dans sa manche ce samedi.

La médaille de la persévérance

La carrière du Bruxellois âgé de 25 ans est tout sauf un long fleuve tranquille

La carrière de Sami Chouchi est tout sauf un long fleuve tranquille. Et même cette saison a mal débuté pour lui, battu dès le deuxième tour, mi-janvier, à Tunis. Un rendez-vous qui lui tenait particulièrement à cœur puisque, né le 22 mars 1993, à Bruxelles, Sami est d’origine tunisienne par son père et marocaine par sa mère.

"J’étais trop bien, trop confiant. Je ne sais quels mots mettre sur mon état d’esprit avant cette compétition. En revanche, je sais que j’ai été mal toute la semaine suivante. Heureusement, j’ai pu compter sur ma famille, mes potes et le staff fédéral pour me remonter le moral."

Venu au judo, dès l’âge de cinq ans, parce qu’il était un enfant hyperactif, avec des problèmes de concentration et de comportement, Sami est le plus jeune d’une famille de quatre enfants, trois garçons et une fille. Ses deux frères ont pratiqué le basket-ball et le… judo. Mais la vedette est Sami !

Pourtant, il dut patienter jusqu’en 2013 pour récolter les premiers fruits de sa passion sous la forme d’une médaille de bronze aux Championnats d’Europe juniors. Mais la suite fut une alternance de hauts et de bas. Victime d’une déchirure à l’épaule, Sami fut opéré en juin 2014. "J’ai opté pour la petite intervention et je le regrette parce que j’ai perdu beaucoup de temps. Revenu de blessure après six mois, j’ai connu une année 2015 normale avec deux médailles, le bronze à Tunis et l’argent à Sofia. Mais, début 2016, je me suis à nouveau blessé à Paris quand mon adversaire, l’Italien Esposito, retomba sur mon épaule."

Un mouvement dont Sami ne se releva qu’en février 2017, à Rome, après une nouvelle opération ("la grande…"), le 4 mars, quatre semaines d’immobilisation et huit mois de revalidation. Sami n’en avait pourtant pas fini avec la poisse puisque, avant le Mondial, à Budapest, il fut victime d’un problème au genou ! Et il dut déclarer forfait… "Les blessures m’ont rendu plus fort. J’ai gardé le cap pendant ces années. Et j’en suis fier !"

Cette médaille d’argent est le fruit de la persévérance.

© Ferrerira

"Ce n'est qu'une étape"

Il a disputé quatre combats, dont trois de très haut niveau, pour se retrouver sur le podium

Les quelques larmes aux yeux à sa sortie du tatami, Sami Chouchi les a très rapidement séchées pour savourer cette première médaille sur la scène européenne.

"Je me sentais bien et j’ai pu tirer le maximum de moi-même. Enfin, presque, parce que j’ai un petit regret sur l’issue de ma finale. J’ai pris un risque que je n’aurais peut-être pas dû prendre à ce moment du combat. Mais c’est facile à dire après. Dans le feu de l’action, j’avais envie de jeter mon adversaire et d’en finir ! Sans doute aurais-je dû me montrer plus patient, mais ce n’est pas dans mon caractère."

Il n’empêche, Sami a prouvé qu’il était capable de battre tous ses rivaux, même les meilleurs d’entre eux.

"Ma victoire face au Néerlandais De Wit qui est quand même n°3 mondial a décuplé ma confiance. Quant à celle contre l’Italien Esposito qui aurait pu être un duel un peu spécial, elle était plus tactique. Il se tenait loin de moi. J’avais du mal à le prendre en main. Mais je suis content d’être passé et donc d’avoir disputé cette finale face à l’Israélien Muki pour qui j’ai beaucoup de respect. Franchement, c’est un bon gars ! Mais, la prochaine fois, je le battrai. Et l’or sera pour moi. Cette médaille d’argent n’est qu’une étape."

La pression est maintenant sur Toma ? "Non ! La motivation… Je pense qu’il est bien et qu’il aura à cœur de monter lui aussi sur le podium."

Martinuzzi: "Sami voulait gagner avec panache"

Aux côtés de Sami Chouchi pendant toute cette journée, Damiano Martinuzzi est passé par toutes les émotions. Pour l’entraîneur, la clé de cette médaille d’argent est la lucidité affichée par le Bruxellois. "Sami n’a commis presque aucune erreur. La seule est peut-être d’avoir encore voulu attaquer l’Israélien à ce moment de la prolongation alors que je sentais que l’arbitre n’était plus loin de le pénaliser. Pour moi, Sami a pris un risque. Mais je le comprends, comme Toma, il aime gagner avec panache…"

Mais, cette fois, l’Israélien Muki en a profité pour le contrer. "Oui ! C’est le judo. Muki est un gars expérimenté et il a sauté sur l’opportunité. Cela dit, cette petite erreur n’enlève rien au superbe parcours de Sami. Il a prouvé qu’en étant épargné par les blessures et en se consacrant à 100 % au judo, il était capable de battre les meilleurs. Comme ce fut le cas avec le Néerlandais De Wit et, plus tôt dans la saison, avec l’Allemand Ressel. Et puis, il y avait aussi ses retrouvailles avec l’Italien Esposito. Un combat quand même un peu spécial pour lui, mais qu’il a bien géré, poussant son adversaire à la faute. Franchement, cette médaille, c’est de très bon augure pour l’avenir !"


Les réactions des autres Belges

Benjamin Harmegnies, en plus de 100 kg : "L'Euro ne m'a pas encore souri"

Avec deux médailles, l’argent à Sofia et le bronze à Prague, en trois apparitions, Benjamin Harmegnies connaît, à 27 ans, le meilleur début de saison de sa carrière. Seul un poignet douloureux contrarie le Hennuyer qui dispute ses cinquièmes Championnats d’Europe. Éliminé au deuxième tour en 2013, à Budapest, Benja était forfait, sur blessure, en 2014 avant de connaître les affres d’une élimination d’emblée lors de ces trois dernières éditions… "L’ Euro ne m’a pas encore souri et j’espère mettre fin à cette triste série de sorties au premier tour ! Pour y parvenir, je dois me montrer plus régulier. Je me suis bien préparé, aux Pays-Bas et en Hongrie, puis à Jodoigne. Avec mon boulot, ce n’est pas évident, surtout sur le plan de la récupération. Mais je ne me plains pas… De même, les pépins physiques sont partie intégrante de la vie d’un judoka. Ils ne m’empêchent pas de m’entraîner. À Düsseldorf, face à l’Allemand Frey, j’étais un ton en dessous, ce que je dois éviter à l’avenir si je veux encore progresser."


Sophie Berger, en moins de 78 kg : "Je ne mets pas de pression"

Pour quelques mois, Sophie Berger n’est pas la benjamine de la délégation belge à cet Euro 2018. Ayant fêté ses 21 ans le 17 janvier, la Liégeoise laisse ce rôle à Verstraeten, côté masculin, et Willems, côté féminin, tous deux 20 ans. Mais contrairement à Jorre et à Gaby, Sophie prend part aux Championnats d’Europe pour la première fois après d’excellentes prestations depuis le début de la saison avec trois médailles de bronze, à Rome, à Varsovie et à Uster, coïncidant à sa montée en -78 kg. "Je ne m’attendais pas à une telle réussite. Je pensais que ce serait plus compliqué… Mais je me sens mieux que jamais depuis que je combats en -78 kg. Je ne dois plus me priver sur le plan alimentaire et je suis à l’aise." Venue au judo à l’âge de 6 ans en suivant son frère et sa sœur, Sophie défiera la Néerlandaise Stevenson, n°6 mondiale. "J’espère être capable de reproduire en compétition ce que je travaille à l’entraînement et concrétiser mes excellentes sensations. Mais je ne me mets pas de pression. J’ai tout l’avenir devant moi !"