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Thomas Coville et Jean-Luc Nélias sur Sodebo Ultim' ont remporté la Transat Jacques Vabre.

À deux, c’est mieux a-t-on coutume de dire. C’est plus facile pour supporter, sur les océans, les cliquets de winches, les humeurs d’Eole ou le stress des nuits d’encre. Au gré des ahanements musculeux et du routage méticuleux, Thomas Coville et Jean-Luc Nélias sur le Sodebo Ultim’ de 2014 ont remporté lundi matin la Transat Jacques Vabre en 7 jours 22 heures 7 minutes, battant de près de 48 heures le précédent record de la course transatlantique et devançant le duo Josse - Rouxel de 25 milles.

Face au trimaran à foils de dernière génération, le Maxi Edmond de Rothschild, cette Route du Café ne s’annonçait pas simple pour Sodebo. Thomas Coville n’avait pas hésité à dire avant le départ que: “Ce serait la bataille de deux générations de trimarans.” Thomas Coville est le skipper de Sodebo depuis 1999. Il connaît donc bien la maison. De la classe mini aux plus grands trimarans de records, participant à l’America’s Cup et la Volvo Ocean Race, il a tout connu en multicoque qui reste son adrénaline, son univers, réussissant, après quatre tentatives, de battre le record du tour du monde le 25 décembre dernier en 49 jours. Un temps exceptionnel pour un solitaire qui lui permet de pulvériser le record détenu par Francis Joyon depuis 2008 de plus de 8 jours.

Un trimaran d’exception, cela s’apprend et se maîtrise au fil des ans. C’est peut-être cela qui manqué à Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur Edmond de Rothschild. Il faut un long processus axé sur l’asservissement des foils et la connaissance du comportement de la machine dans les différentes forces et états de la mer. Le duo a géré à la perfection la semaine de course passant de la position de chasseurs dans la Manche, le golfe de Gascogne jusqu’au Canaries, à celui de chassés et de leaders à l’approche du travers de l’archipel du Cap Vert. L’écart descendit à moins de 2 milles d’écart samedi dans le Pot-au-Noir. Coville et Nélias ont su ensuite parfaitement gérer les paramètres météo et jouer les meilleures trajectoires pour parfaire la victoire d’un bateau éprouvé et d’un équipage soudé qui clôture une année exceptionnelle pour le team Sodebo

“J’ai couru derrière des records, à me battre contre moi-même, contre une barre ou un temps, plutôt une barre. Aujourd’hui l’exercice change complètement, il faut battre des adversaires, il faut gagner des courses”, expliquait le marin aux 21 records, dont 17 en solitaire. Comme si son record sur la circumnavigation l’avait libéré. “J’ai lâché trop d’énergie dans certains tours du monde, à ne pas savoir me préserver. J’ai été dans ce surentraînement, boulimique, stakhanoviste. Je m’angoissais de ne pas avoir navigué assez, de ne pas en avoir assez fait. Ca s’est évanoui quand on a bossé sur la culpabilité avec ma préparatrice mentale. Ca m’a déboîté la tête”, a-t-il confié.

Au passage, il a pu compter sur Jean-Luc Nélias, son coéquipier sur la Jacques-Vabre et homme de l’ombre sur le record du tour du monde qui déclarait à l’arrivée. “Notre travail est bon mais ce qui nous permet de gagner, c’est plutôt le problème de Josse et Rouxel). On est vachement contents d’avoir gagné parce que gagner, ça n’arrive pas si souvent que ça. Notre vie tourne autour du bateau, une victoire c’est un jalon dans notre chemin de vie.” La 13e édition de la Transat Jacques-Vabre est loin d’être finie; il reste 33 bateaux en course, répartis sur 4 catégories.