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Détenteur du record du monde de plongeon de haut vol, Lionel Franc, s'élance des calanques de Cassis pour fendre la mer 30 mètres plus bas. Sous une apparente décontraction, le quadragénaire s'impose un entraînement rigoureux pour assouvir une passion érigée en art de vivre.

Après quelques exercices de respiration, le plongeur au crâne rasé fixe son regard au loin, puis élance son corps musclé et sec dans un "saut de l'ange", planant quelques secondes dans le vide avant de s'enfoncer dans l'eau, poings en avant, à 115 km/h.

"C'est sûr, c'est une sport extrême un peu plus risqué que le ping-pong, mais avec un entraînement rigoureux, il y a peu de danger", assure, tout sourire, Lionel Franc, un tatouage de la scène d'un plongeon sur l'épaule droite.

Poussé par un ami avec qui il partageait cette activité dans l'enfance, le sportif de 48 ans s'est remis "sérieusement" au plongeon il y a dix ans. Deux fois par semaine, été comme hiver, dans une eau à 28 ou 12°C, ce réalisateur de films chirurgicaux grimpe à ses heures perdues sur la falaise et effectue deux à trois à plongeons par séance, "pas plus" car son corps "ne le supporterait pas".

"Il me faut au moins 48H00 de récupération. C'est assez sournois. Même si je ne sens aucune douleur, les organes sont relativement traumatisés", admet Lionel Franc qui plonge jusqu'à 6 mètres de profondeur et dont le corps avec l'accélération passe de 70 kg à 1,2 tonne.

"Ecolo à mort"

Vingt minutes d'exercices musculaires quotidiens viennent compléter la préparation de cet "écolo à mort" qui a banni "l'alcool, le tabac et la charcuterie".

"Loulou" vit sans réfrigérateur dans une maison construite de ses mains où il cultive pieds nus son jardin en permaculture, entouré de poules. Il y décortique aussi ses sauts analysant la vitesse, la réaction de son corps dans les airs et son impact dans l'eau, toujours à la recherche de la perfection... "Je suis mon propre cobaye", souligne l'adepte d'une discipline encore marginale où les réceptions par les pieds sont plus courantes.

Distillant des conseils de prudence aux plus jeunes qui l'interpellent admiratifs, l'affable sportif qui a servi de doublure dans des films de Luc Besson, savoure sa notoriété. Fan de Jean-Paul Belmondo, le cascadeur se rêvait acteur pour fuir une enfance tumultueuse.

Débarqué de la région parisienne à 5 ans avec sa mère et son frère dans le Sud pour se rapprocher d'un père "bandit" emprisonné à Nice puis aux Baumettes, le jeune garçon ne veut "surtout pas connaître la même vie". Ce paternel, ami du malfaiteur Albert Spaggiari, est son "héros", mais il découvre aussi l'envers du décor.

Livré à lui-même à 15 ans, il quitte l'école pour gagner sa vie dans un restaurant avant de rentrer dans l'armée un an plus tard, poussé par son grand-père chez qui il a trouvé refuge à Paris.

A 17 ans, nouveau tournant, il entreprend des études dans la communication audiovisuelle et fonde peu après une famille avec sa femme "Lisette", son pilier, présente aux entraînements pour assurer sa sécurité.

Père de trois enfants, tout juste grand-père, il a appris à écouter sa peur et à renoncer parfois, après avoir réchappé d'un grave accident en 2013. Le sportif, tombé de 20 mètres de haut à plat dans l'eau lors d'un tournage, avait été évacué en hélicoptère dans le coma. Il s'en sort avec deux côtes cassées. "Je suis un chanceux", reconnaît Lionel Franc qui refuse toutefois d'être considéré comme une tête brûlée. Mi-septembre il s'élancera de 33 mètres pour tenter de battre son record du monde.