Rugby Guillaume Ajac, T1 de l’équipe nationale, fait le point sur le rugby belge avant la campagne dans l’antichambre du Six Nations.

Samedi, la Belgique effectuera son retour dans l’antichambre du Six Nations avec l’Everest géorgien comme premier adversaire. Le moment de faire le point avec Guillaume Ajac, mentor des Diables Noirs depuis 2014.

Retrouver l’élite européenne, c’était l’objectif du staff quand vous avez repris l’équipe nationale en main ?

"Cela fait trois ans que l’on travaille dur avec ce groupe pour ce rendez-vous avec l’antichambre du Six Nations . C’est un réel aboutissement. Nous sommes heureux d’avoir atteint notre objectif et je crois que nous allons savourer, vivre le moment présent et prendre du plaisir. C’est le discours que je tiendrai durant toute la compétition."

Champion de la D1B lors de la défunte saison avec un groupe qui a mûri au fil des ans, le niveau du groupe s’est-il bonifié ?

"Le niveau a passablement augmenté au sein de l’équipe nationale. C’est le fruit du travail réalisé depuis des années au sein des clubs belges. Le réservoir de bons joueurs augmente, c’est une certitude. Il y avait une tradition au niveau des avants en Belgique. Maintenant, le travail des Ligues et des clubs commencent lentement mais sûrement à payer puisque nous constatons l’émergence de nouveaux types de joueurs, à commencer par les lignes arrières. C’est ce qui fait que nous sommes là aujourd’hui. Au-delà de ça, cela récompense le travail du staff. C’est cohérent avec le projet que nous voulions développer en s’appuyant sur un autre profil de joueur. Mais ne nous voilons pas la face, nous restons en dessous des autres nations, structurellement parlant."

Depuis trois ans, vous avez constaté une évolution dans la qualité du jeu des joueurs évoluant en clubs en Belgique ?

"Individuellement, le niveau des joueurs s’est élevé d’un cran. Je constate la différence avec les joueurs du Kituro et de Dendermonde qui ont disputé des matches de Coupe d’Europe. Le pôle performance dans le rugby à VII a fait grandir certains joueurs comme, du reste, l’installation du centre de formation."

Il y a une progression tactique, technique et physique ?

"Oui, mais le souci, c’est que l’on progresse doucement et tout le monde ne progresse pas au même niveau. Le réservoir de joueurs qui tendent vers le haut s’amenuise au fil des ans. Quand les Allemands sortent un groupe de 50 éléments à haut potentiel, on stagne à une petite quarantaine. C’est cet écart qui est dangereux. Quand nos internationaux, évoluant en France, rejoignent le groupe, on sent la différence. C’est un apport indéniable sur le terrain. Mais c’est compliqué de les avoir tous ensemble. Ils doivent composer avec le professionnalisme de leurs clubs respectifs. Ceci dit, c’est une réelle plus-value et cela rassure le groupe de pouvoir compter sur eux. Cela permet aux autres de se transcender. Nous l’avons constaté au Portugal quand Jens Torfs nous a sorti un match monstrueux…"

Sur papier, les clubs étrangers sont obligés de libérer nos internationaux…

"C’est la théorie. Après, c’est une autre histoire avec parfois des pressions malsaines des clubs vis-à-vis des joueurs. C’est intolérable mais c’est un fait avec lequel nous devons composer… C’est une bataille de tous les instants avec des éléments qui doivent se mettre en porte-à-faux dans leurs clubs. La Géorgie n’a pas ce problème. Mais, c’est la Géorgie. Ils ont une aura que nous ne possédons pas sur la scène internationale..."

Retrouver le groupe deux jours seulement avant le match, ce n’est pas frustrant ?

"Si évidemment, c’est dommage. Hormis les Russes, je connais le programme de préparation des autres nations. Les Allemands sont en stage depuis 15 jours. Les Géorgiens, cela fait un mois, les Espagnols, dix jours. Il n’y a pas de secret. Les Roumains sortent de deux matches amicaux contre le Portugal. Tu te prépares à une échéance de haut niveau, à jouer des professionnels avec un fonctionnement amateur. C’est ce qui fait aujourd’hui la différence entre nos rugby."

Si on constate des améliorations au niveau des infrastructures, l’argent ne coule pas à flot au niveau fédéral à tel point que le XV féminin et les U18 devraient disparaître…

"Ce sont des décisions politiques fédérales. Je ne sais pas ce qu’il faut en penser. Il y a sans doute des choix qui ont été effectués par rapport à des enjeux sportifs. Cela fait 10 ans que je gravite dans le monde du rugby belge, j’ai toujours considéré que l’équipe nationale devait être la vitrine du rugby belge parce que c’est ce qui te permet d’être visible aux yeux du grand public, mais il est évident qu’il ne faut pas délaisser les autres catégories."

Il est difficile d’exister en Belgique par rapport aux autres sports. La solution, c’est l’apport de nouveaux sponsors, de mécènes ?

"Oui, sans doute, mais pour cela il faudrait des résultats fédérateurs qui pourraient passer, par exemple, par le maintien dans le Six Nations bis . Mais ce maintien passe aussi par des moyens accrus en terme de préparation. C’est compliqué et c’est à ce niveau qu’existe parfois une certaine incohérence…"

Le vrai objectif, c’est 2023 ?

" World Rugby a changé les règles de qualification pour le Japon avec une nation supplémentaire de la zone Pacifique au détriment de la zone Europe. Soyons clairs: une qualification est donc utopique. Par contre, le Mondial 2023 aura probablement lieu sur le Vieux Continent avec une ou deux nations européennes supplémentaires. Dans six ans, nous aurons un groupe à maturité. Si on veut être cohérent, il faut donc poursuivre le projet jusqu’en 2023 et être au rendez-vous… Pour 2019, on ne boxe pas encore dans la même catégorie que les poids lourds de notre groupe…"