Rugby Les Diables Noirs menaient 18-15 avant d’être rejoints sur pénalité et dépassés dans les arrêts de jeu. (Belgique 18 - 25 Russie)

Il n’a vraiment pas manqué grand-chose pour que les Diables Noirs de Guillaume Ajac décrochant leurs premiers points du Rugby Europe Championship, l’antichambre du Six Nations. Pour une poignée de secondes, la Belgique s’est inclinée 18-25 des œuvres des Russes. Le marquoir s’était figé sur le temps imparti à 18-18 mais l’action était en cours et les nôtres, sur un mauvais dégagement en touche d’Alan Williams qui avait réalisé le match parfait jusque-là, étaient acculés sur leur ligne d’en-but.

Au prix d’un dixième regroupement, la Russie inscrivait l’essai de la victoire dans le temps complémentaire au grand désappointement du nombreux public présent dans les travées du Heysel. Dans le clan belge, la déception était palpable sur tous les visages à commencer par un Guillaume Ajac qui peinait pour trouver ses mots, mortifié par cet essai assassin. "C’est dommage. On revient dans le match après vingt premières minutes compliquées, on passe devant. Et puis on est débordé sur un dernier mouvement des Russes. Je crois que l’on paye cash dans les dix dernières minutes notre débauche d’énergie après une entame calamiteuse. Ces vingt minutes conditionnent le match car nous devons ensuite batailler pour revenir dans le match. Il faut continuer à y croire, il reste trois matches à disputer même si, aujourd’hui, c’est une immense déception."

Sans doute trop respectueuse des Russes en début de match, la Belgique était spectatrice d’un jeu de mouvement précis et rapide et de passes judicieuses après contacts. Au point de prendre deux essais des Russes dans un match qui ne s’annonçait plus sous les meilleurs auspices même si Alan Williams avait atténué les chiffres sur pénalité (3-12).

La Belgique, sous l’impulsion de Jens Torfs, prenait enfin plus d’assurance à l’approche de la demi-heure même si l’action ne trouvait pas d’aboutissement par la faute d’un en-avant. Les Diables se créaient du jeu. Jens Torfs, encore, récupéra l’ovale, perça la défense, tapa à suivre. Ervin Muric profita du rebond favorable pour aplatir en terres promises (8-12). Williams tenta encore une pénalité des 50 mètres avant la pause mais en vain.

La Belgique reprit la seconde période à bras-le-corps comme elle avait clôturé la première armure. Elle exploita ses temps forts sur un essai en force du pack après plusieurs temps de jeu. Alan Williams passa la transformation (15-12). Face aux poteaux, les Russes rétablirent la parité. Démonstration était faite des Diables qui réussissaient plusieurs turn-over et héritaient d’une pénalité pour reprendre l’avantage via Alan Williams (18-15). Un mince viatique anéanti par une pénalité russe à douze minutes du terme et le dénouement malheureux que l’on connaît…

Jens Torfs,  trois-quart aile: "Un manque d’expérience"

"Nous sommes vraiment passés tout près. La victoire nous tendait les bras. Je crois qu’il nous a manqué un brin d’expérience pour réussir une grosse performance. Le groupe a montré de belles choses. C’est vraiment très prometteur pour le futur. On a prouvé que notre place était dans l’antichambre du Six Nations . Reste maintenant à prendre des points"

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Le gâteau plutôt que la cerise

L’arbitre français Salem Attalah, professionnel en Top 14, dispute la dernière année d’une longue carrière.

En marge du match entre les Diables et la Russiie, nous avons rencontré Salem Attalah, l’arbitre français des débats. Une pointure du Top 14. Un arbitre professionnel qui vit la dernière saison d’une carrière bien remplie. Diriger un match de la Belgique, petit Poucet sur la scène mondiale, cela vous inspire quoi : "Déjà, je tiens à dire que l’accueil est pour le moins chaleureux et je remercie Serge Goffinet, fidèle parmi les fidèles de l’arbitrage belge. Je découvre le rugby de votre pays même si j’ai consciencieusement préparé la rencontre en examinant votre précédent défi face à la Géorgie. Cela me permet de préciser certains points même si la vidéo ne donne une image qui n’est pas complètement objective. Avec mon équipe, nous n’avons pas pris ce match à la légère. Cela eut été trop aisé pour un arbitre expérimenté de mon âge - rires - (NdlR : 45 ans) de tomber dans le piège du match facile. Me dire : je suis arbitre du Top 14, ce sera cool… C’est hors de question. Jusqu’à mon dernier match, je m’interdis d’avoir ce genre de réflexion. Je respecte les joueurs. J’ai préparé le match comme un défi du Top 14 avec le même sérieux. Et vos joueurs, ils m’ont fait courir…"

Avec votre expérience et vos acquis du championnat français, comment jugez-vous le niveau du rugby belge. "Ce n’est pas un rugby professionnel, c’est clair. Même si l’un ou l’autre Diable Noir évolue en Top 14, ils ne peuvent pas tirer l’équipe vers le haut. C’est le plus souvent l’inverse qui se passe… Mais je suis agréablement surpris par les deux équipes au niveau physique et technique. En menant 18-15, je trouvais que la Belgique manquait un peu de maturité dans les moments cruciaux. Les acteurs des deux équipes m’ont aidé à avoir un arbitrage presque invisible. Je les ai accompagnés en essayant d’être le plus cohérent possible. Les deux nations ont produit un rugby chatoyant et l’arbitre n’a fait que les suivre."

C’est votre dernière année en tant qu’arbitre au sommet du rugby hexagonal. La finale du championnat en perspective. "Dire non, ce serait mentir. Je ne partirai pas aigri. Certains diront que la finale, c’est la cerise sur le gâteau. Moi, je regarde le gâteau, pas la cerise… Je donnais une formation samedi aux jeunes arbitres belges. Combien aurait voulu diriger quelques minutes cette rencontre entre vos Diables et les Russes… Quand vous aurez compris cela, vous aurez compris toute ma philosophie du rugby…"