Running "Manger pour gagner" fut ecrit en 2015 par le meilleur ultra-traileur de sa generation, l’Americain Scott Jurek, qui defend dans ce livre une alimentation qui connait de plus en plus de succes

Pour beaucoup de gens, le 1er novembre est l’occasion de célébrer les saints et d’honorer les morts. Depuis 1994, c’est aussi la journée mondiale du véganisme. Cette date n’a pas été choisie par hasard. La mort, les vegans refusent de la donner et, à l’instar des végétariens, ont décidé de renoncer à toute alimentation carnée. Mais ils vont plus loin en refusant toute exploitation animale : plus de lait, plus d’œufs, plus de cuir, plus de laine, plus de miel… Bref, ils excluent tout ce qui implique la domination des autres espèces.

Le mouvement prend de plus en plus d’ampleur. Y compris dans le sport où les arguments de Scott Jurek font souvent mouche. "Les protéines végétales font tout aussi bien que les protéines animales", explique-t-il à tous ses collègues qui doutent encore qu’une prise de masse maigre ou qu’une récupération complète puisse se faire sans apport de viande.

Plus de viande pour plus de performance

Pendant des années, il en a fait la démonstration. Rappelons que l’homme a tout simplement été le meilleur ultra-traileur au début des années 2000. Septuple vainqueur de la Western States, l’épreuve de 100 miles la plus renommée des Etats-Unis, il a également remporté deux Badwater, une course de 217 kilomètres dans la vallée de la Mort en Californie et trois fois le Spartathlon, une épreuve de 243 kilomètres en Grèce. Ces résultats, il les a forgés en étant d’abord végétarien puis vegan.

"Mon palmarès est mon meilleur argument quand je dois affronter les sceptiques sur le véganisme", explique-t-il.

A 43 ans, il a passé la main mais il reste l’un des coureurs les plus écoutés du circuit. Son livre Eat and run ("Manger pour gagner" en français) a d’ailleurs connu un succès planétaire (1). Il y raconte notamment comment, loin de constituer un handicap, son mode alimentaire a boosté sa carrière. "Mon régime ne m’a pas aidé à courir plus vite", avance-t-il. "En revanche, j’ai pu augmenter mes charges d’entraînement car je récupérais plus vite. Sans compter que je me blesse rarement. Le remplacement, par exemple, des graisses animales par un mélange de graines de chanvre et de lin améliore l’équilibre entre les omégas 3 et 6, ce qui protège davantage mes articulations."

Selon lui, son cas n’a rien d’exceptionnel. "Regardez les grands coureurs d’Afrique de l’Est. Certes, aujourd’hui, ils peuvent manger plus facilement de la viande. Mais pendant des années, ils se contentaient de haricots, de graines et de légumes. Cela ne les empêchait pas de survoler l’ athlé mondial. Regardez aussi les Indiens Tarahumaras, ces coureurs mexicains à l’endurance incroyable. Leur régime à base de maïs, de légumineuses, de potirons, de plantes sauvages et de quelques poissons d’eau douce ne les empêche pas de courir 300 bornes sans le moindre signe de fatigue. La viande est réservée aux cérémonies. Mais ont-ils pour autant quelque chose à nous envier sur le plan de la santé et de la forme ?" Non, monsieur Jurek !

(1) "Manger pour gagner", par Scott Jurek, Ed. Guérin, 2015.

Papi fait de la résistance

En 2006, Marco Olmo défiait les lois du sport et même de la nature en remportant l’UTMB, l’épreuve-reine de l’ultra-trail. Le tout à 58 ans ! Neuf ans plus tard, il s’imposait encore à l’Ultra Bolivia Race, une course de 170 kilomètres disputée au-dessus de 3.500 mètres d’altitude avec trois heures d’avance sur son dauphin (16 heures et 44 minutes). Le secret de son éternelle jeunesse ? "Je suis végétarien", confiait le coureur italien dans un ancien numéro du magazine "Zatopek" (1) "J’avais 37 ans. Je me sentais toujours fatigué. Un cauchemar ! Et puis deux spécialistes m’ont encouragé à abandonner la viande. Même si ce fut un peu contraignant au début, je me suis senti revigoré." S’il consomme encore de temps à un autre un œuf ou un morceau de fromage, il se nourrit essentiellement des produits de son jardin. "Mon plat préféré, ce sont des gnocchis de pommes de terre avec des champignons porcini farcis, le tout arrosé d’huile d’olive." Bio évidemment !

(1) Voir "Zatopek" n°05, octobre-novembre-décembre 2008