Running Zatopek nous emmène à la découverte de l’indice cormique, qui en dit beaucoup sur notre profil de coureur

En course à pied, on trouve des coureurs de toutes les tailles : l’Éthiopien Kenenisa Bekele mesure 1,63 mètre tandis que son compatriote Tesfaye Abera culmine à 1,92 mètre. Entre ces deux extrêmes s’échelonnent tous les gabarits. Les anciens se souviennent sûrement de Miruts Yfter (1,62 mètre / Mort le 22 décembre 216, il y a tout juste un an) et de la facilité avec laquelle il larguait ses adversaires qui avaient souvent une ou deux têtes de plus que lui !

Dès lors, on aurait tendance à croire que ce paramètre ne revêt aucune importance sur les performances. La réalité est plus subtile ainsi que le démontre un superbe article paru dans le dernier numéro du magazine Zatopek, actuellement en kiosque. D’après son auteur, on aurait tort de se focaliser sur la taille absolue alors qu’il faudrait plutôt prendre les proportions en considération, c’est-à-dire les longueurs respectives des jambes et du torse. Cette répartition constitue un indice extrêmement fiable de talent.

Connaissez-vous votre indice cormique ?

Lorsqu’on établit la fiche d’un athlète, on note généralement son âge, son poids, sa taille, éventuellement des paramètres physiologiques comme sa VO2 max ou sa fréquence cardiaque de repos. Il est plus rare qu’on mentionne son indice cormique. Or celui-ci est déterminant dans l’orientation sportive. Cet indice tire son nom du grec "kormos" qui signifie "morceau". C’est bien logique puisqu’il s’agit en somme de mesurer le corps par morceaux et d’établir le rapport entre la taille du buste et celle du corps tout entier. Pour le calculer, c’est assez simple. D’abord, on prend la taille debout. Pieds joints, talons au sol et dos calé contre le mur. Ensuite, on s’assied sur un tabouret, toujours bien droit. Et on mesure la taille assise. Il faudra alors soustraire de cette taille assise la hauteur du tabouret pour obtenir la longueur de son buste. Il ne reste plus qu’à diviser cette taille de buste par la taille totale et de multiplier le quotient par 100. Le résultat représente l’indice cormique.

Un exemple ? Prenons l’athlète sud-africain Wayde van Niekerk, recordman mondial du 400 mètres. Debout, il mesure 1,83 mètre. Assis sur un tabouret de 45 centimètres de haut, il descend à 135 centimètres. On retire les 45 centimètres du tabouret. Cela lui fait un buste de 90 centimètres. Pour connaître l’IC de Van Niekerk, on divise 90 (taille du buste) par 183 (taille debout) et on multiplie par 100. Soit 49,2.

Livrée brute, cette information ne nous apprend pas grand-chose. Mais les biomécaniciens ont l’habitude de classer la population en trois groupes d’égale importance. En dessous de 51, on trouve les "brachycormes" (buste court et jambes longues). Entre 51 et 53, on devient "métriocorme" (buste et jambes bien proportionnés). Au-dessus de 53, restent les "macrocormes" (jambes courtes, buste long). Wayde van Niekerk est clairement brachycorme. Comme l’immense majorité des coureurs à pied !

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Trail ou course à pied ?

Est-ce que cela signifie qu’un coureur métrio ou macrocorme ne réalisera jamais de bons résultats en compétition ? En fait, tout dépend du terrain. Sur la piste ou sur la route, l’avantage va clairement aux brachycormes. En trail, c’est différent. Le fait de courir sur des terrains accidentés et parfois glissants nécessite de bons ancrages sur le sol et donne de ce fait un avantage aux macrocormes, en raison d’un centre de gravité plus bas.

On comprend alors que si le choix d’une discipline s’effectue par goût, ce goût est lui-même est conditionné par des aspects morphologiques. Ainsi les métriocormes et surtout les brachycormes convertis à la course à pied opteront de préférence pour le demi-fond et les épreuves sur route. L’avantage prodigué par leurs longues jambes leur permettra de prendre plus facilement le large. Ils se sentiront donc doués pour cela. En regard, les macrocormes se verront probablement attirés par le trail où la puissance de leurs cuissots et leur sens de l’équilibre feront merveille.

La course à pied, c’est comme les tables de riz : il y en a pour tous les goûts !