Running Joëlle Thils, 48 ans, revient du Marathon des Sables au Pérou, dix ans après avoir dû lutter contre le cancer

Voici dix ans, la course à pied et les efforts d’endurance extrême étaient bien loin de rythmer la vie de Joëlle Thils, résidente de Dworp, dans le Brabant flamand. Aujourd’hui, quelques mois à peine après avoir bouclé le Marathon des Sables(MDS) au Maroc , cette shopper marketing chez Coca-Cola, 48 ans, vient de revenir du premier MDS au Pérou, dont elle n’a malheureusement pas pu voir la ligne d’arrivée, et rêve, à plus ou moins court terme, de s’offrir la Diagonale des Fous sur l’île de la Réunion.

Cette histoire pourrait cependant presque être banale. Nombreux sont les coureurs qui, ces dernières années, sont tombés amoureux d’une discipline jusqu’alors étrangère pour désormais sillonner la planète à la recherche d’expériences et de défis tous plus fous les uns que les autres. Sauf que Joëlle Thils, quelques jours seulement après avoir obtenu fièrement son diplôme de Start To Run lors de ses débuts, apprenait qu’elle avait un cancer du sein. Elle n’avait même pas quarante ans ! Une épreuve lourde et difficile qu’elle est parvenue à surmonter. En partie grâce à la course à pied. Si ce cancer appartient désormais au passé, elle ne l’a pas oublié. Et la course à pied ne l’a jamais quittée. Même durant les moments les plus compliqués. "Cela m’a aidé à me décharger des angoisses ou de la rage que l’on peut avoir quand on est dans cette situation…" Entretien.


Joëlle Thils, jamais vous n’avez souhaité ou pensé à abandonner la course à pied, discipline que vous veniez pourtant à peine de débuter avant d’apprendre que vous aviez un cancer ?

"Non, jamais. J’ai toujours poursuivi. Je ne courais évidemment pas autant que maintenant, mais j’ai continué. Mon mari disait parfois que j’en faisais trop, mais mon médecin allait dans le même sens que moi, me disant que, quand je me sentais la force de sortir, cela ne pouvait me faire que du bien. Deux ou trois kilomètres à mon aise, mais je continuais à courir."

Le virus du running était, pour de bon, en vous.

"Oui. Quand tout cela s’est terminé, avec des copines, on s’est entraîné pour un 10 kilomètres, puis on a fait les 20 kilomètres. Et comme je m’étais toujours dit que je ferais un jour un marathon, j’ai fait celui de Venise, en 2009. En passant la ligne d’arrivée, je me suis promis de vivre l’expérience du Marathon des Sables, course que j’ai découverte suite à un reportage. Ce que j’ai fait cette année, dix ans donc après avoir vaincu le cancer. Cela me tenait à cœur de marquer le coup de cette manière. En même temps, c’était une belle façon pour moi de tourner la page, sans pour autant oublier tout ce qui s’était passé pour moi. Et je dois dire que j’ai vraiment trouvé ce que je recherchais au Maroc. Notamment la découverte d’une énergie insoupçonnée en soi pour faire face à la difficulté et aux étapes."

Vous y avez manifestement pris goût, puisque vous vous êtes retrouvée quelques mois plus tard sur la ligne de départ du MDS Pérou, dont vous revenez à peine…

"Mais mon approche n’est pas du tout celle de quelqu’un qui veut toujours faire plus ou rencontrer plus de difficultés. J’ai une famille à laquelle je tiens et je ne suis pas dans une démarche visant à toujours repousser mes limites. Le MDS fut tout simplement une révélation, une superbe expérience humaine, et j’avais envie de revivre cela. Me retrouver à chanter du John Lennon a capella avec un groupe de Japonais et leur petite mandoline, il n’y a que le MDS qui peut vous offrir cela. (rires) Ce fut, par exemple, l’une de mes expériences au Pérou. Une situation improbable, mais que la course, au-delà du dépassement de soi, vous permet de vivre."

© D. R.


Est-ce que, si vous n’aviez pas été contrainte de lutter contre le cancer, vous auriez connu ce même parcours sportif et vous seriez-vous retrouvée à relever ces défis à l’autre bout du monde ?

"Avant la maladie, mon intention était déjà de courir, car je m’étais lancée dans le Start To Run . Mais je ne suis pas certaine que j’aurais choisi de continuer et d’aller si loin dans l’aventure. Le cancer a changé ma façon de voir la vie. Pour éviter les rechutes, il faut prendre soin de soi, bouger, faire du sport. Cela a aussi dû être un élément déclencheur, qui m’a fait prendre conscience que je devais prendre soin de moi. Et courir m’a aussi permis de mettre les problèmes de côté et de relativiser. Cela m’a beaucoup aidée et cela m’aide encore aujourd’hui."

Vous acceptez de parler de tout cela. Vous vous sentez porteuse d’un message, d’une mission ?

"Je ne cours pas avec cette volonté précise, mais si mon vécu peut inspirer d’autres personnes qui doivent traverser pareille situation, c’est magnifique. Le message est en tout cas qu’il ne faut pas lâcher face aux difficultés, qu’il faut aller jusqu’au bout. Cela est valable pour la course à pied, mais aussi pour n’importe quelle autre passion que l’on peut avoir. In fine , cela permet aussi de combattre la maladie. Car s’il y a bien sûr la médication, il ne faut pas oublier ce qu’il y a à côté et qui peut avoir une grande influence positive sur la guérison. Il faut tenter de se trouver une passion, une activité qui permette, surtout durant le traitement, de sortir de cette routine, des difficultés. Chacun a sa manière de le faire. Pour moi, ce fut la course à pied, cela aurait pu être la peinture. Mais le cancer, cela se bat aussi avec la tête."


© D. R.


Une leçon de vie

Joëlle Thils ne vit plus aujourd’hui comme il y a dix ans. Car la course à pied s’est fait une place de choix dans son quotidien, mais aussi car la maman de Léo, 16 ans, avec qui elle aime partager un entraînement, a un autre regard sur son existence après avoir gagné sa bataille contre le cancer. "Il faut pouvoir profiter de chaque moment de bonheur, si petit soit-il. Je ne veux plus retomber, comme ce fut le cas par le passé, dans une routine de métro-boulot-dodo. Je continue à m’investir dans mon travail, mais j’ai appris à faire la part des choses." Notamment en s’octroyant le plaisir de la course à pied et de l’ultra. "Oui, il y a une part d’égoïsme dans cette discipline, mais je m’organise pour que cela n’ait pas d’impact sur ma famille. Et comme cela me fait plaisir et me rend heureuse, au final, c’est tout le monde qui en profite !"


© D. R.


Abandonner, c’est aussi apprendre

Le Marathon des Sables au Pérou, course à étapes sur 250 km et en autosuffisance alimentaire, connaissait début décembre sa première édition, remportée par le Marocain Rachid El Morabity. Dans le peloton, un peu moins de 300 concurrents issus de 41 pays. Parmi ceux-là, trois Belges, dont deux néerlandophones et, donc, Joëlle Thils. Déclinaison sud-américaine du mythique MDS Maroc dont le succès et la qualité ne sont plus à démontrer, le MDS Pérou a séduit par ses paysages, mais a également connu quelques maladies de jeunesse au niveau de son organisation. Et pour plusieurs concurrents, face à un climat chaud et humide ainsi qu’une eau bien plus salée que ce qui est habituellement de mise, l’expérience a rapidement tourné court. Joëlle Thils a ainsi dû renoncer dans le courant de la 2e étape.

"Je suis bien placée pour savoir que l’on n’a qu’une seule santé. J’aurais pu continuer en me mettant dans le rouge, mais je me suis dit que ça n’en valait pas la peine."

L’abandon, qui fait partie de la vie d’un coureur d’ultra, est également un apprentissage. "Ce fut une leçon. Même si je n’étais pas bien, j’ai découvert que l’abandon était difficile à digérer. On se pose plein de questions sur les raisons et l’on se demande ce que l’on aurait pu faire pour que cela se passe d’une autre manière. Mais même si l’on a l’esprit de compétition, on comprend aussi rapidement qu’il y a des choses bien plus importantes que de se mettre en danger pour obtenir une médaille…"

Ce qui ne l’empêchera pas, en 2018, de tenter sa chance sur l’OCC et d’avoir toujours dans un coin de sa tête la volonté de se tester, un jour, sur la Diagonale des Fous.