Running D’Haene - Jornet. Le duel tant attendu par le monde de l’ultra-trail a tenu toutes ses promesses. Et a tourné à l’avantage du Français

Chamonix, 13 h 50, ce samedi. François D’Haene et Kylian Jornet posent ensemble main dans la main, les bras tendus vers le ciel. De son index gauche, l’Espagnol, le visage émoussé, désigne son adversaire français dont la mine ne trahit pas le fait qu’il vient de passer 19 heures sur les sentiers autour du mont Blanc. Et ce n’est pas que le quart d’heure de récupération à attendre son rival catalan qui a permis au vigneron des cimes de paraître aussi frais à l’issue de quelque 170 km de l’UTMB.

Lors de son arrivée dans les rues de Chamonix, pleines à craquer, D’Haene est fidèle à lui-même. Sourire timide, il tape dans les mains de celles et ceux qui souhaitent toucher cet immense champion. Car malgré la portée de son exploit, l’albatros lillois reste humble. Comme toujours. "Il s’agissait de la course la plus relevée de ma carrière. Sur un parcours de cette taille-là, on ne peut pas envisager de gagner, surtout avec les coureurs qui étaient là" , explique-t-il. "Je ne me serai jamais permis de penser ça et c’est ça qui est fabuleux. Même dans la dernière descente je n’y croyais pas encore. J’ai failli descendre à fond en me disant qu’il pouvait se passer n’importe quoi."

La météo ne les a pas épargnés

La première partie de la course avait rapidement vu se dégager le carré d’as composé de D’Haene, Jornet, Walmsley et Thévenard. Ce dernier, vainqueur sortant, devait lâcher du lest à la tombée de la nuit, moment choisi par l’impétueux Walmsley pour faire le show. Les premières foulées de l’Américain à l’ombre du mont Blanc auront été frappées du sceau de l’audace. Mais trop présomptueux comme on le pressentait, il allait finir par craquer après 100 km pour ne finalement finir que cinquième à plus d’une heure du vainqueur.

D’Haene - Jornet, le duel tant espéré, pouvait enfin avoir lieu au milieu des rafales de vent et des températures glaciales. Mais le Français creusera de manière régulière pour porter son avance au quart d’heure à 25 bornes de l’arrivée. Un retard irrémédiable pour Jornet dont le visage marqué comme jamais par la fatigue ne laissait plus de place au doute : François D’Haene allait le rejoindre au palmarès avec une troisième victoire à Chamonix, mais surtout s’imposer définitivement comme le patron de la discipline. "François a toujours montré de la classe sur les longues distances. Il mérite énormément cette victoire" , reconnaîtra sans problème Kilian Jornet.

Le podium était complété par l’Américain Tim Tollefson dont on soulignera la course tout en gestion pour s’immiscer là où l’on attendait plutôt Thévenard (4e), Walmsley (5e) voir Zach Miller (8e).

29 Belges finishers

Derrière le duel des champions, l’UTMB, c’est aussi et surtout la lutte des anonymes qui ont repoussé leurs limites pour rallier Chamonix. Plus de 850 coureurs n’auront pas eu ce privilège. Sur les 1.686 finishers, on compte 29 Belges. Le meilleur d’entre eux, Yves Moreau, a terminé l’épreuve à la 393e place… 16 h 45 derrière François D’Haene. Christian Planus, le dernier des nôtres, a fini quant à lui à la 1.679e position, tout juste en dessous des 46 heures. On imagine que ses moments de galère ne seront finalement que peu de choses en comparaison du bonheur qu’il aura eu à atteindre son graal. Et peut-être qu’il se débouchera une bouteille de vin comme François D’Haene. Finalement, un homme presque comme les autres…

Nuria Picas enfin récompensée

Si le duel franco-espagnol a tourné en faveur de l’Hexagone chez les hommes, ce sont les couleurs rouge et jaune qui ont été hissées au sommet dans l’épreuve féminine. Après avoir longtemps tourné autour avec deux places de première dauphine en 2013 et 2014 derrière l’Américaine Rory Bosio, Nuria Picas a profité de l’abandon de la grande favorite Caroline Chaverot pour enfin s’adjuger le grand ultra qui manquait à un palmarès déjà riche d’un Grand Raid de la Réunion et d’un Ultra du mont Fuji.

Mais réduire le sacre de la Catalane au seul abandon de sa rivale française serait injuste et faux. Nuria a dominé quasi de bout en bout son sujet malgré un gros coup de mou dans la montée vers La Flégère où elle était quasiment à l’arrêt. Malgré cela, son avance sur la Suissesse Huser était suffisamment importante pour arriver à Chamonix en 41e position au scratch dans un chrono moins bon que celui de ses deuxièmes places, mais avec l’ivresse de la consécration finale au bout.