Running Frédéric Gersdorff tient son Graal. Il a bouclé les 339 km du Tor des Géants et avalé les 30.900 mètres de dénivelé positif

Même les plus excessifs des qualificatifs ne suffisent pas pour saluer l’exploit que vient de réaliser Frédéric Geldorff, dont le visage est connu des habitués de la RTBF. Un simple mot résume ce qu’il est devenu vendredi soir dans le Val d’Aoste : géant. Comme le Tor des Géants, cette redoutable épreuve longue de 339 km qu’il vient de boucler.

Parti de Courmayeur lundi à l’aube, celui qui ne compte plus les histoires qu’il narre sur les ondes de la chaîne publique a passé plus de cinq nuits et cinq journées dans les montagnes italiennes, a écrit le plus beau de ses récits de traileur en y revenant plus de 130 heures plus tard, 131h59 exactement.

L’ultra rtbéen a aussi avalé plus de 30.000 m de dénivelé positif, et non pas 24.000 m comme annoncé. "Tout qui participe au Tor sait que les organisateurs n’ont de cesse d’ajouter des chemins et des cols, pour atteindre cette année les 30.900 m", précise-t-il.

Il en fallait toutefois plus encore pour briser le rêve de celui qui est allé chercher son statut de finisher au prix d’une incroyable condition, mais aussi d’une remarquable gestion de ses efforts et de la fatigue, sans oublier un mental d’acier.


"Le Tor des géants est leur tour de France"

"Tout s’est très bien passé", clamait le jeune quarantenaire à l’issue de ce périple fou. "Après 10.000 m de dénivelé lors des 100 premiers kilomètres, j’ai alterné phases de récupération et d’attaque. J’ai eu une inflammation au genou, mais vite résolue. J’ai ensuite chuté vers la moitié. Mon genou a percuté un rocher. J’ai cru que j’allais devoir abandonner, la douleur était énorme. Mais elle est passée, même si j’ai été gêné jusqu’à la fin."

Son excellente gestion de la fatigue a aussi contribué à son exploit. "J’appréhendais beaucoup celle-ci", confie le résident de Schaerbeek. "J’avais fait des grosses réserves de sommeil, et j’avais prévu de dormir chaque nuit une demi-heure au début et une heure à la fin, ce que j’ai fait. Même si cela n’a pas toujours été facile. Concernant la distance, 339 km, cela paraît tellement impossible que j’avais réparti ma course en sept étapes de 50 km. J’ai aussi mangé cinq repas complets par jour. Sur une telle course, on progresse beaucoup plus lentement, et la dépense énergétique est moindre. Je n’ai pas pris un gel ou une boisson énergétique."


"Plus technique que l’UTMB"

Et le plus fou est qu’il ne semble même pas avoir eu le temps long. "La course est extrêmement difficile, parce qu’aussi très technique, plus encore que l’UTMB auquel j’ai déjà pris part", déclare Frédéric Gersdorff. "Mais j’ai savouré chaque moment, tant les décors ou les levers et couchers de soleil étaient extraordinaires. Et puis les gens sont adorables. Ils ont envie de faire découvrir leur région et de vous aider à terminer la course, en vous attendant par exemple avec un barbecue à 2.800 m d’altitude. Le Tor pour eux, c’est un peu comme le Tour de France en cyclisme pour les Français"

Et s’il était, outre le soutien des locaux, seul au monde tout au long de cette expérience, le journaliste a aussi pu compter sur un autre soutien inconditionnel. "Que cela soit de ma famille, d’amis proches ou de gens que je connaissais à peine, j’ai reçu énormément de messages. Cela m’a beaucoup aidé." Son épouse, Florence, et un ami, Mathieu, étaient d’ailleurs présents à l’arrivée pour l’accueillir en héros.

© D. R.


Du marathon à l'Ultra

Frédéric Gersdorff en a déjà visité des coins du globe. Pour ses reportages sur la RTBF, jadis dans le JT, et désormais dans Questions à La Une mais aussi grâce à sa passion pour tout ce qui touche au milieu du running.

"De 2006 à 2010, j’ai bouclé une dizaine de marathons, dont ceux de Berlin, New York, Paris, Londres et Rome." En 2011, il décide toutefois de se tourner vers les trails. "J’aimais la course, mais aussi la montagne", glisse-t-il. "Je ne savais pas qu’il était possible de combiner les deux. J’ai participé au Marathon du Mont Blanc en 2009 et depuis 2011, je ne pratique plus que le trail. Chaque année, je me fixe un objectif. J’ai fait la CCC, l’UTMB, le 100 miles du Grand Raid des Pyrénées ou encore l’Ultra Trail Fuji au Japon. Je fais deux ou trois ultras préparatoires chaque fois."

Avant de s’élancer sur le Tor, il a ainsi terminé les 73 km du Grand Raid des Pyrénées et les 101 km de l’Eiger Trail.




Le Tor, le mythe des traileurs

Pour bien de traileurs, le Tor des Géants est un aboutissement en soi. Un peu comme l’Ironman d’Hawaï pour un triathlète. Mais la comparaison s’arrête là. Car on parle ici de 67 heures d’efforts pour le vainqueur, Javi Dominguez, et de bien plus pour les autres, le dernier ayant franchi la ligne après plus de… 152 heures !

Les participants étaient un peu moins de 700 et 461 sont rentrés dans les temps. Chacun d’entre eux a pu choisir sa vitesse, à condition de ne pas dépasser les barrières horaires mises en place pour l’organisation. Les chiffres de ce Tor des Géants sont vertigineux puisque le parcours est long de 330 km pour quelque 24.000 mètres de D +. Pendant la course, les coureurs sont passés par 25 cols à plus de 2.000 mètres, ont côtoyé 30 lacs et grimpé jusqu’à 3.300 mètres.

La première édition a eu lieu en 2010 et un traileur belge a réalisé l’exploit de boucler les 8 épreuves. Il s’agit de Claude Lambin. Cette année, le résident de Bellefontaine, dans la région de Virton, a pris une remarquable 67e place en 108 h 56.36, signant le 2e temps parmi la douzaine de Belges classés