Running

Les Waterlootois Sandrine Rozenberg et Didier Rossi se sont offert un cadeau sportif et pour le moins original sur l'île de la Réunion

Quoi de mieux que de courir 165 kilomètres agrémentés de près de 10.000 mètres de dénivelé positif pour célébrer vingt ans de vie commune ? Pour le commun des mortels, cette idée pourrait sembler pour la moins farfelue. Demandez d’ailleurs à votre conjoint ce qu’il en pense. La 25e édition de la Diagonale des Fous, l’un des ultras les plus prisés à travers la planète trail qui a lieu chaque année à la Réunion, était pourtant le menu choisi fin de semaine dernière par le couple composé de Sandrine Rozenberg et de Didier Rossi pour célébrer ce cap.

À 46 ans, les deux Waterlootois n’imaginent plus vivre sans ces défis extraordinaires comme peuvent en offrir les ultras. Issus du milieu du triathlon, ils partagent depuis toujours la même passion pour le sport. Ce n’est pas leurs deux enfants, aujourd’hui âgés de 12 et 16 ans, qui diront le contraire. Ayant dû délaisser le triple effort pour se tourner vers le marathon, discipline moins chronophage, Sandrine Rozenberg et Didier Rossi sont ensuite, comme beaucoup d’autres, petit à petit tombés amoureux du trail et des émotions que cette discipline peut procurer.

"Je commençais à saturer de la compétition", évoque Sandrine Rozenberg. "Depuis petite, avec l’athlétisme puis le triathlon et après le marathon, je courais après le chrono. Lors de vacances en Suisse, j’ai découvert cette discipline qu’est le trail en m’alignant sur Sierre-Zinal. Ce fut le déclic !" Son conjoint confirme : "J’étais avec les enfants à l’arrivée. Je me souviens encore la voir franchir la ligne avec un sourire jusqu’aux oreilles…"

Un défi sportif à l’étranger chaque année

C’était le début de l’aventure, qui s’est depuis déclinée dans différents pays. D’un 40e anniversaire fêté par un trail à étapes au Costa Rica à la Diagonale des Fous en 2017 pour leurs vingt ans de vie commune en passant, notamment, par la CCC, l’UTAT (Ultra Trail Atlas Toubkal), le Lavaredo Ultra Trail, les 80 km du Mont Blanc ou des aventures plus récentes à Madère et Andorre, ils tentent désormais chaque année de placer dans leur agenda pourtant bien chargé un ultra du renom. Des aventures qu’ils vivent presque main dans la main, accumulant les bornes au même rythme pour tenter de franchir la ligne ensemble.

"Voici six ans, notre premier objectif fut de boucler la Bouillonnante. À l’époque, ça nous semblait une montagne", sourit Sandrine Rozenberg, qui vient de boucler sa Diagonale en 45 heures, soit exactement le temps qu’elle avait prévu de faire, et à la 22e place de sa catégorie (589e au général). Didier Rossi, quant à lui, dut cependant renoncer la mort dans l’âme après une centaine de bornes suite à une douleur au genou qui s’était manifestée soixante kilomètres plus tôt. "Quand on prend le départ d’une telle épreuve, il faut accepter le risque de perdre…" souffle celui qui travaille en tant qu’indépendant comme dessinateur industriel. "C’était un choix difficile, mais à faire pour ne pas hypothéquer d’autres trails à l’avenir, voire ma santé."

© D. R.

Mais peu importe finalement. Une fois la déception digérée, seuls les bons souvenirs resteront. "Nous avons 100 kilomètres durant partagé les mêmes émotions. Comme ces sept premiers kilomètres lors desquels on se sent véritablement portés par les milliers de personnes qui vous applaudissent", expliquent-ils d’une même voix. "Puis cette solitude dans la montagne, ces vallées embrumées, ce ciel bleu et surtout ce mélange d’odeurs caractéristiques de l’île, tout cela nous l’avons vécu ensemble et nous ne sommes pas prêts de l’oublier."


"On court toujours ensemble mais on parle très peu"

Les couples qui s’alignent ensemble sur une même épreuve et, surtout, qui la parcourent à la même allure sont plutôt rares. Dans le cas de Sandrine Rozenberg et de Didier Rossi, cela s’est pourtant fait tout naturellement. "Quand nous sommes sur des grands voyages sportifs à l’étranger, nous restons ensemble, à la même allure. Nous ne sommes pas là uniquement pour la performance mais pour partager des émotions, une aventure. Si l’un va trop vite ou a tendance à se brûler, l’autre est là pour le lui dire. Je dois avouer que je ne me souviens pas d’une dispute sur une épreuve", rigole Didier Rossi. "Cela ne nous empêche pas d’être, une fois en course, dans un état proche de la méditation. On est dans sa bulle et on vit sa propre course." Reste qu’au final, les souvenirs sont collectifs. "Même si on parle très peu finalement lorsqu’on court. Il n’y a pas une demande en ce sens", reprend Sandrine, créative dans le domaine de la publicité au niveau professionnel. "Après des années de vie commune et de partage d’émotions sportives, on se connaît parfaitement et on sait comment avancer, réagir et se comporter en course par rapport à l’autre. Sans avoir nécessairement besoin de beaucoup communiquer."

© Geoffroy Meuli


"Un cocktail d'émotions à l'arrivée"

Lorsque son compagnon a dû la laisser filer seule vers le stade de La Redoute, à Saint-Denis, il restait encore quelque 65 kilomètres à parcourir pour Sandrine Rozenberg. "Après son abandon, j’ai continué à mon rythme et j’en ai profité, tout simplement. Finalement, j’ai mis exactement le temps que j’avais prévu et j’en suis très heureuse car jamais je n’avais encore couru plus de 120 kilomètres. À l’arrivée, ce fut un grand cocktail d’émotions, que j’aurais évidement aimé vivre avec Didier. Mais on a déjà eu le bonheur de partager ça durant 100 kilomètres. Et on en vivra d’autres dans les années à venir…"

© Geoffroy Meuli