Running Après la "bof" génération des années 70 et 80, voici la "pff" génération, celle des enfants en petite forme physique

Depuis quelques années, les études scientifiques fleurissent pour dénoncer le déclin de la forme physique des plus jeunes. En France, en Belgique, en Australie ou encore aux États-Unis : le constat est partout identique. Les enfants du XXIe siècle sont moins en forme que leurs parents et grands-parents. Récemment, le journal Le Monde s’est penché sur la question. Sur la base de 177 études menées dans différents pays, les auteurs concluaient que la forme physique des jeunes entre 9 et 16 ans avait baissé de 25 à 40 % en un demi-siècle.

Pour illustrer cette chute brutale, ils donnaient l’exemple précis de deux chronos à 45 ans d’intervalle. En 1971, les enfants de 9 à 16 ans mettaient en moyenne 3 minutes pour courir un 800 mètres. Aujourd’hui, ils mettent une minute de plus ! Cela fait une dégradation d’un tiers. Très inquiétant ! L’information a été relayée par de nombreux médias et, chaque fois, des spécialistes ont été appelés à la barre pour dénoncer la place ténue accordée à l’éducation physique dans notre système éducatif et, de façon plus générale, déplorer le manque de culture sportive qui caractérise nos sociétés.

Petit hic. Personne n’a remarqué qu’une énorme bourde s’était glissée dans le papier du Monde ! En 1971, les enfants couraient le 800 mètres en 3 minutes, disait-on. Comme il s’agit d’une moyenne, cela signifie que certains couraient cette distance plus lentement et d’autres plus vite. Or c’est impossible ! Faire deux tours de piste en trois minutes constitue déjà une performance sportive appréciable. Descendre plus bas ne paraît pas crédible. Rappelons qu’en août dernier, Nafissatou Thiam a couru le 800 mètres qui lui permettait de décrocher son premier titre de championne du monde d’heptathlon en 2 minutes et 21 secondes. On conçoit difficilement qu’un grand nombre d’enfants aient pu se rapprocher si facilement de ce genre de performance. Fussent-ils des années 1970. Pour comprendre l’erreur, il fallait remonter à la source de l’étude en question pour s’apercevoir que la distance-test n’était pas de 800 mais de 600 mètres ! Or personne n’en avait eu la curiosité. Décidément, c’est vrai, notre société manque de la plus élémentaire culture sportive !

La minute de vérité

Ceci dit, qu’il s’agisse d’un 800 ou du 600 mètres, cela ne change rien à la dépréciation des résultats. Le constat demeure ! Les enfants ne bougent pas assez. Et cela risque de ne pas rester longtemps sans conséquences sur leur santé avec l’augmentation des pathologies telles que le diabète que l’on pressent déjà comme le fléau des décennies à venir. Ce n’est pas tout.

Les conséquences se mesurent aussi au plan intellectuel ! Il y a quelques années, une étude portugaise a comparé les bulletins scolaires de 1.531 enfants âgés de 12 à 14 ans. Les chercheurs avaient relevé les notes dans les cours les plus importants (portugais, anglais, sciences) et les avaient corrélées avec le niveau de forme physique évalué par un test d’effort (le test des navettes). Ils s’aperçurent alors que deux groupes étaient nettement surreprésentés. Celui qui associait les paramètres d’excellence -bon en classe, bon en sport- et ceux qui échouaient dans les deux cas -mauvais en classe, mauvais en sport-. Certes, on trouvait aussi des enfants dans les deux autres groupes hétérogènes. Mais beaucoup moins.

Moralité : un enfant bien dans son corps est généralement bien dans sa tête. Et vice versa ! Pour cela, pas de miracle. Il lui faut au moins une heure d’activité physique par jour. Or nous sommes loin du compte. D’après les résultats d’une autre étude de grande ampleur menée en Angleterre cette fois-ci, sur 5.000 enfants, le temps moyen d’exercice physique est de 29 minutes par jour pour les garçons et de 18 minutes pour les filles. Loin, très loin des minima requis.