Running

Pourquoi se lancer le défi de courir 100 miles ? Existe-il une méthode d’entraînement infaillible pour aller au bout de l’effort ? Après avoir tenté l'aventure au 100 Miles Spa, tentative de réponse


Courir 100 miles (160 km), affronter un dénivelé de plus de 5000 mètres, voilà le défi un peu dingue que sont lancés 40 coureurs au départ de Spa ce samedi. Une distance mythique proche de celle des grands ultra trails mythiques comme la Diagonale des Fous, l’UTMB ou la HardRock 100 avec un dénivelé 2 fois moins important même s’il convenait de ne pas prendre à la légère les exigeantes montées proposées par les Fagnes. La preuve : la moitié des concurrents ne ralliera pas l’arrivée de ce 100 Miles Spa. L’ultra trail reste à part dans le sport, une aventure dont il est impossible d’écrire le scénario à l’avance.

L’épreuve spadoise, nouvelle venue dans un calendrier du trail belge de plus en plus étoffé, n’a pas déplacé les foules, souffrant de la concurrence des renommés marathon du Mont-Blanc et de l’ultra trail du Lavaredo. Mais cela permettait aussi à son organisateur Vincent Siringo, lui-même traileur de très bon niveau, d’être aux petits soins avec tous les participants, tout en analysant déjà les points positifs et ceux à améliorer.

Un défi ultime

Quelles étaient les motivations de ces braves ? Relever un défi ultime par rapport à tout ce qu’ils avaient déjà pu accomplir était la réponse la plus récurrente. Repousser ses limites, se lancer dans un voyage presque initiatique ou parce qu’ils avaient été inscrits (quasi) à leur insu étaient d’autres raisons évoquées.

En revanche, la préparation de ces athlètes diffère fortement. L’ultra-trail attire une multitude de profils : des habitués de la discipline rompus à des distances plus courtes, des triathlètes, des coureurs venus de la route ou des cyclistes et VTTistes.

Après plus de 18 heures d’efforts, Bart Janssens franchit le premier la ligne d’arrivée, le visage quasi frais comme s’il pouvait repartir pour cinquante autres bornes. Leader de bout en bout, le Flandrien a exploité ses qualités d’endurance acquises dans le triathlon et l’Ironman. Mais aussi son expérience récente dans le trail avec notamment une participation aux 100 km du Trail des Fantômes à la Roche. Janssens, 39 ans, connaît son corps presque à la perfection. Beaucoup des coureurs présents ont déjà soufflé leurs quarante bougies. En ultra, la gestion et l’expérience sont des facteurs qui comptent.

Seulement 35 KM en trail…

Si bon nombre des participants avaient déjà franchi le cap 100 par le passé, Arne Verstraeten a prouvé qu’on pouvait se découvrir certaines aptitudes inattendues. Troisième de la course, il n’avait pourtant jamais couru de trails plus longs que 35 km. Originaire de Lokeren, peu connu pour ses reliefs, il a enchaîné des dizaines d’ascensions consécutives de bosse de 8 mètres de dénivelé à côté de chez lui en guise de préparation aux montées. Victime de problèmes aux poumons au début de l’année, il n’a commencé sa préparation que… 8 semaines avant le départ en enchaînant de longues sorties à vitesse réduite. Parti prudemment, Arne a ensuite remonté tous ses concurrents avec la régularité d’un métronome pour obtenir ce classement inattendu.

Les parcours de Janssens et Verstraeten prouvent que la formule magique de l’ultra n’existe pas. Vincent Siringo, qui a tracé le parcours des 100 miles, donne quelques clés à ceux qui voudraient se lancer dans une telle aventure. "Un entraînement croisé est idéal. Le vélo permet de travailler l’endurance et la puissance au niveau des cuisses. Pour affronter les côtes surtout quand on habite dans une région plate (il habite Alost) , il n’y a que les répétitions d’ascensions courtes qui peuvent aider ou le travail sur tapis de course. Mais surtout, il faut un gros mental et bien se connaître."

Belgium Running a testé les 100 miles de Spa
© D.R.

Après douze marathons et des trails d’une cinquantaine de kilomètres, nous voulions franchir un cap qui nous sortirait du train-train dans lequel s’embourbait notre vie de sportif du dimanche. Aidés par la présence de deux autres amis au départ, nous avons donc tenté l’aventure des 100 miles de Spa (160km) ce week-end.

La barrière-horaire de 35 heures nous confortait dans la possibilité d’une issue favorable. Un peu moins de 5km/h. Si on marche, ça ira ? Sauf qu’en ultra-trail, les scénarios cousus de fil blanc n’existent pas. Les abandons de traileurs bien plus expérimentés et doués que nous au Mont-Blanc ou au Lavaredo le montrent. Si même François D’Haene a dû renoncer à son ultra, qui sommes-nous pour oser réaliser un film sans la moindre prise de vue ?

Parti avec un de nos deux camarades, nous trouvons rapidement le bon rythme. Les premiers écueils sont franchis avant d’aborder deux côtes aux pourcentages diaboliques suivis de descentes techniques avec de gros cailloux peu après le premier ravito (km 29). Nous marquons le pas physiquement dans la première, devant laisser filer notre compagnon de route.

Avec le passage à gué à Coo, nous sentons les ampoules illuminer l’avant des pieds. Les kilomètres défilent plus lentement, des concurrents nous dépassent, nous arrivons seulement au 55e kilomètre et ce constat : nos chaussures sont trop petites. Une erreur stupide mais lourde de conséquences. Nous optons pour des chaussettes plus fines et repartons en se disant que nous ferons le point à la mi-course.

Étrangement, nous retrouvons du poil de la bête. La douleur s’estompe et les jambes semblent plus fortes que jamais alors que la nuit tombe. C’est la première fois que nous courons dans ces conditions mais nous nous y sentons bien. Mais la dernière montée avant le kilomètre 80 nous rappelle que nos pieds ne sont pas du même avis.

C’est l’heure de la grande décision : ampoules multiples, plaie ouverte sous la voûte et orteils écrabouillés. La pluie annoncée dans la nuit et les passages dans des endroits boueux risquent de ne pas améliorer la situation. Faut-il finir à tout prix au risque de rester ensuite longtemps sur la touche ou de toute façon de devoir renoncer ?

L’abandon n’est jamais simple à décider. Il peut sembler lâche. Il laisse un goût de trop peu. Celui de ne pas savoir jusqu’où nos jambes auraient pu me porter. Pourtant, ce choix m’a semblé une évidence en repensant à cette phrase de Sébastien Chaigneau qui disait que "l’ultra ne devait pas être un objectif de vie" .

Nous n’étions sans doute pas prêt pour aller au bout et nous ferons quelques gammes tel le pianiste avant de retenter le coup. Nos deux amis, Fabian et Dorian, ont su aller au bout de leur exploit, respectivement en 25h et 31h. Les attendre en côtoyant des organisateurs dévoués qui ont vraiment tout donné pour que cet événement se passe au mieux fut sans doute une expérience aussi riche en enseignements. Et qui nous permettra de rebondir.