Running Sorties longues, fractionnés, séances au seuil, autant de mots qui rythment les séances des coureurs. Mais varier les plaisirs avec d’autres sports peut-il permettre de progresser ? Analyse

Événement sportif incontournable de juillet, le Tour de France rassemble un public éclectique, de tous âges, aussi bien composé de fans inconditionnels de la petite-reine que de juilletistes fans d’apéros et de transats en passant par les sportifs amateurs, parfois coureurs à pied. Ces derniers se reconnaissent un peu dans les cadors du peloton par la discipline quasi monacale qu’ils peuvent s’infliger pour atteindre eux aussi leur pic de forme à l’occasion d’un marathon ou d’un ultra trail.

Sur leurs plans d’entraînement, quelques mots communs : sorties longues, intervalles, séances au seuil, récupération. Mais sur les réseaux sociaux où fleurissent les groupes dédiés à la CAP, les nombreuses photos et publications destinées à se gargariser de ses petits exploits personnels ou à inspirer ses congénères avec des idées pour progresser, les baskets semblent être le principal outil de la progression.

Les Top 10 de course ne manquent pourtant pas de noms issus du triathlon. Une discipline où l’on a pu constater la diversité des profils au moment de la transition entre vélo et course à pied. Impériaux sur leurs machines où leurs cuisses très développées leur permettent d’accumuler les bornes à vive allure, ils peinent quelque peu baskets aux pieds, dépassés par quelques gabarits plus fins, moins puissants, mais à la foulée légère et dynamique.

Obligés de s’entraîner différemment de par les spécificités de leur discipline, les triathlètes jouant les premiers rôles sur les épreuves de CAP affolent pourtant parfois les chronos. Alors est-ce que le fait de croiser, comme on dit dans le jargon, est un avantage ou est-ce que la spécialisation reste la meilleure voie pour progresser en vue d’un marathon ou d’un ultra ?

Le tri sélectif

La pratique quotidienne du running s’accompagne de contraintes musculo-tendineuses qui peuvent parfois contraindre à lever le pied, avec à la clé de la frustration chez les pratiquants dont l’addiction est forte. "15 jours sans CAP, que vais-je faire ? Triste". Le genre de statut dont peuvent se fendre certains coureurs sur les réseaux sociaux. Comme si leur vie s’arrêtait du jour au lendemain…

Et l’intérêt de varier les plaisirs se trouve justement là. Il ne s’agit pas que d’éviter les blessures, mais aussi d’empêcher que la monotonie s’installe pendant les longues périodes d’entraînement ou de faire face aux contraintes des saisons, notamment l’hiver. Car contrairement aux sportifs de haut niveau, les amateurs doivent jongler avec une vie professionnelle qui leur ampute une grosse partie de leur journée.

Pour Damien Naslain, coach sportif, l’entraînement croisé "permet d’augmenter le volume d’entraînement hebdomadaire en améliorant la condition physique générale tout en limitant les contraintes musculaires et tendineuses de la course à pied. La pratique d’activités complémentaires à dominance aérobie permet de développer l’endurance, utile pour les coureurs sujets aux blessures récurrentes. En période hivernale, les journées raccourcissent et les températures diminuent. Les sports comme la natation ou le vélo en salle pourront vous permettre de vous dépenser au chaud . Découvrir une nouvelle discipline, fréquenter une nouvelle salle de sport peut diminuer la monotonie de l’entraînement après une longue saison de course."

La natation va permettre de développer la musculature de haut du corps mais également le système cardiovasculaire avec un travail en hypoxie (où on limite le nombre de respirations). L’emploi d’un pull-boy entre les jambes économise ces dernières en améliorant le gainage. Sortez ensuite du bassin pour enfourcher votre vélo. Grâce à lui vous allongerez plus facilement la durée des entraînements. Votre endurance et votre adaptation cardiaque à l’effort s’en ressentiront renforcées. Le cyclisme, qui occasionne aussi une dépense énergétique moindre, aide aussi à appréhender mentalement la durée d’un marathon ou d’un ultra trail.

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Enfin, le renforcement musculaire ou la préparation physique générale (PPG) peuvent considérablement aider le coureur dans son développement. Le côté moins amusant de celles-ci font qu’elles sont souvent négligées par les pratiquants. Pourtant, vous pouvez renforcer votre organisme face aux gestes répétitifs et traumatisants de la course à pied. Le crossfit peut d’ailleurs servir de motivation grâce à son émulation collective pour ceux qui savent qu’ils traîneront des pieds en voyant des séances de renforcement à leur programme.

L’infidélité pour entretenir la flamme

Mais si les triathlètes peuvent s’accaparer les premières places des courses du week-end, est-ce que les sportifs dont la course à pied reste le principal amour progressent réellement en croisant leurs entraînements ? Ne risquent-ils pas de perdre en efficacité en développant leurs aptitudes de nageur et de coureur ?

Jeune papa depuis peu, le Bruxellois Sergio Strollo a opté pour cette approche depuis quelque temps. Et avec succès puisque ce boulimique de compétitions a accumulé les victoires et les podiums dans les épreuves régionales et une récente belle 19e place aux 20 Km de Bruxelles (son meilleur résultat).

"Le vélo est une excellente alternative pour travailler l’appareil cardio-vasculaire, la puissance et la vélocité. Comme j’effectue peu de sorties longues, surtout quand j’enchaîne les compétitions, le vélo me permet de combler ce manque. Je mouline pour me rendre sur mon lieu de travail, ce qui me permet de travailler mon endurance sans m’astreindre des heures supplémentaires d’entraînement", explique Sergio, qui a évité quelques pépins physiques en apportant un peu de danseuse dans son quotidien. Surtout les lendemains de compétitions où la nage contribue, tout comme le cyclisme, à récupérer activement en préservant les tendons. Le stretching et la musculation lui permettent de renforcer son corps. L’entraînement croisé l’a amené à se tester sur triathlon, avec notamment un semi effectué à l’ombre du Mont Ventoux. Mais le plaisir reste le leitmotiv de l’athlète bruxellois qui ne laissera pas cette belle triathlète le distraire de son premier amour.

Course à pied et amour ne sont pas vraiment comparables. Si quelques infidélités peuvent clairement contribuer à entretenir la flamme pour la première, c’est sans doute moins vrai pour la seconde.

Fabien Chaliaud