Tennis Li Na aimerait que le tennis chinois vive un jour bien sans elle.

Li Na, ex-n°2 mondiale, titrée à Roland-Garros en 2011 et à l’Open d’Australie en 2014, reste une icône dans son pays natal. Née à Wuhan, elle est la principale raison de la création de ce tournoi gigantesque même si elle vit aujourd’hui à Pékin. Ambassadrice du tournoi, elle était là jeudi et sa venue a été traitée comme celle d’un chef d’État. Mais Li Na aimerait surtout que le tennis chinois vive un jour bien sans elle. Toujours aussi drôle, cette jeune maman de deux enfants s’est confiée dans le salon VIP du central.

Comment se sont passées ces trois années sans tennis ?

"Je me suis concentrée sur ma famille mais là je vais me remettre à penser un peu business. Je veux aussi faire avancer le projet d’académie que j’ai à Pékin. Mais ces trois dernières années ont été un vrai défi, une période très intéressante, car quand on est joueuse on sait ce qu’on a à faire alors qu’avec un enfant, tu n’en as pas la moindre idée. Tu te laisses porter. Quand tu joues, il y a tellement de monde autour qui travaille avec toi. Mais mère, c’est juste entre toi et l’enfant. Surtout quand tu parles et qu’ils ne t’écoutent jamais (rire) . Cela a été le plus grand défi pour moi !"

Vous imaginez Serena Williams qui va reprendre la compétition avec un enfant en bas âge ?

"C’est Serena, elle peut tout faire. Mais, moi, je n’aurais pas pu laisser le bébé pour faire autre chose. Là, j’ai un peu suivi l’US Open mais c’est tout car la plupart du temps je m’occupe de mes enfants donc si je ne me force pas à penser au tennis... En trois ans, j’ai dû taper la balle dix fois seulement."

Si votre fille voulait devenir joueuse de tennis…

"Très bonne question (sourire) . Je serais d’un côté heureuse car le sport peut vous rendre plus fort mais d’un autre côté c’est beaucoup trop de voyages et c’est aussi trop dur."

Seriez-vous tentée par le coaching ?

"Oui, mais auprès des enfants, pas avec des professionnels car je ne veux plus voyager tout le temps et ne plus avoir de temps pour mes enfants. Mon mari, je m’en moque (rire) ."

Quel est le plus grand défi pour qu’un Chinois revienne dans les sommets du jeu ?

"C’est aussi une question de culture car les Chinois n’aiment pas montrer combien ils sont bons : ils disent tout le temps : ‘non non je ne suis pas très bon’ . Mais en sport il faut se montrer, s’affirmer. Il faut montrer sa force au monde. Sur le court, si tu ne montres pas à ton adversaire que tu es fort, il va te botter les fesses (sourire) . Mais cette mentalité est en train de changer énormément, aussi parce qu’on leur laisse plus de liberté, qu’il y a plus de tournois en Asie donc moins de voyages et qu’ils ont une équipe autour d’eux. Moi, je n’étais pas plus intelligente, c’est juste que je m’étais fixé un objectif et j’ai toujours refusé de dévier de ma route. Cela m’a bien réussi."

Vous restez le visage du tennis en Chine...

"Je n’aime pas que les gens se souviennent encore de moi. Vraiment. Pour moi, si les gens continuent de penser à moi, ça veut dire que le tennis chinois n’a pas grandi. Quand j’ai pris ma retraite, je pensais que le jour d’après ils prendraient tous ma place (rire) . Or, là, en restant la seule référence, c’est parfois beaucoup de pression."