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"Je vais pouvoir enfin respirer"

(15/05/2008)

Justine Henin a mis un terme à sa carrière à 25 ans, fière, heureuse et sans regret. 12 pages spéciales aujourd'hui dans la DH


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LIMELETTE Justine Henin a décidé, ce mercredi 14 mai 2008, de mettre un terme à sa carrière de joueuse de tennis à l'âge de 25 ans et après dix années passées sur le circuit. Entretien.

Justine Henin, lorsque nous vous avions demandé, la semaine dernière à Berlin, si vous ne pensiez pas que vous étiez au début de la fin de votre carrière, vous aviez répondu qu'il était trop tôt pour vous enterrer. Qu'est-ce qui vous a fait changé d'avis?

"Je n'ai pas changé d'avis en une semaine. La situation était latente depuis un moment. J'ai voulu m'accrocher, croire que les choses allaient changer mais à Berlin, à la sortie du court, tout m'est apparu comme une évidence. Je sentais au fond de moi un malaise. Je devais arrêter de me voiler la face et prendre cette décision. Je ne ressentais plus la force de me battre. Parvenir à l'accepter est un signe de maturité. J'ai pesé le pour et le contre. Il y a des choses qui vont me manquer mais depuis quelques mois je suis dans une remise en question. Je n'ai aucun regret. Aujourd'hui à 26 ans, je rentre dans une vie d'adulte. C'est un nouveau départ avec la chance d'avoir déjà vécu une carrière. J'ai l'impression d'avoir déjà vécu trois vies et c'est plutôt rassurant."

Quel a été le cheminement de votre réflexion. Il y a visblement quelque chose qui ne va plus?

"J'ai eu peur très vite après ma victoire au Masters de Madrid. A mon retour de vacances, c'est devenu plus dur. Je sentais que quelque chose était en train de partir. J'avais un poids sur le coeur, une boule au ventre. Ma victoire contre Sharapova à Madrid au terme du match le plus long de ma carrière était en somme l'apothéose d'une carrière dont j'avais rêvé et où j'ai obtenu bien plus que je n'aurais pu imaginer. C'était difficile de faire mes valises, d'appliquer ce que Carlos me demandait de faire. Je ne parvenais plus à gérer, au point que la décision était devenue inéluctable. Le plus dur était de la prendre, mais après on se sent plus heureux."

Avez-vous envisagé, dans un premier temps, de faire un simple break?

"C'était une piste, mais plus aujourd'hui. Au début de la saison, j'étais blessée et je voulais souffler. J'ai continué et aujourd'hui la situation est très différente. J'ai le sentiment d'avoir tout donné au tennis et aussi d'avoir tout pris. Je pars sans regret. J'ai fait les bons choix. Le tennis a été une merveilleuse école de vie qui m'a rendue plus forte pour la suite. ll y a désormais plein d'autres choses qui m'attendent. La plus belle partie de la vie commence..."

Vous êtes une femme de défis. N'aviez-vous pas envie de gagner Wimbledon ou de conserver votre titre olympique à Pékin ?

"Manifestement, cela n'a pas suffi (sourire). J'ai beson d'autres défis. Et puis, gagner Wimbledon ne me rendrait pas plus heureuse. Tout ce dont j'ai rêvé, je l'ai accompli. Forcer le destin n'est pas toujours possible. Je suis allée chercher mon plus beau Roland-Garros l'année dernière sous les yeux de ma famille. Je suis également allée chercher mon plus bel US Open, l'an passé, le tournoi qui, sportivement, restera comme le meilleur de ma carrière. J'ai également gagné à Madrid le match le plus dramatique de ma carrière. Je n'obtiendrai jamais rien de plus. La semaine dernière, j'ai compris que c'était le bon moment. Plus tard, j'aurais pu en mourir. Je suis soulagée et heureuse. Je vais enfin être la vraie Justine..."

Si vous aviez mieux joué à Berlin, été en finale par exemple, en serions-nous là aujourd'hui?

"Je n'aurais tout simplement pas pu être en finale à Berlin dans les circonstances actuelles. La décision peut surprendre, mais c'est une issue logique des choses. Moi qui ai tout basé sur cette hargne et cette rage de vaincre, j'ai constaté que je n'avais plus cette flamme. Je suis fière d'être différente des autres, dans mon jeu et dans ma personnalité, même si je suis parfois compliquée. C'était un défi pour la petite Juju de se battre contre les grandes. Je me suis usée, fatiguée pour y arriver et là j'ai le corps un peu cassé. Je continuerai certes à jouer au tennis avec mes frères et mes amis. Ce sera redevenu un simple jeu, mais cette passion, je la garderai toujours."

Est-ce une décision sans appel ? D'autres, après tout, sont revenues

"A l'heure actuelle, c'est impensable. Je n'ai pas de boule de cristal, mais je me connais. L'heure est venue de me lancer dans quelque chose de nouveau. J'ai fait le tour de la question. Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais je suis certaine que ce que je vais vivre sera aussi riche et peut-être même plus beau. Je ne peux pas vivre de nostalgie. Cela me rend triste que les gens ne puissent pas décrocher, mais il n'y a pas d'âge pour arrêter, juste des sentiments et il faut les suivre."

Vous vous en allez en qualité de numéro un mondiale. C'est un coup à la Justine ? C'était voulu ?

"Oui. Je suis une compétitrice. C'est mon caractère. J'aurais très mal supporté le fait de redescendre au classement, car je suis quelqu'un de très exigeant qui a toujours tout fait pour gagner. Je vais disparaître du classement lundi prochain en étant numéro un après x semaines passées au somment de la hiérarchie et avec une immense fierté. C'est peut-être unique dans l'histoire du tennis. C'est dur mais merveilleux. Je ne suis pas écoeurée. Je garderai dans mon coeur toutes ces émotions jusqu'à la fin de mes jours. J'ai fait preuve d'une constance remarquable. Je pars la tête haute et sans aucun regret..."

Avez-vous pris conseil auprès de votre entourage ou auprès de votre idole et amie Steffi Graf avant de prendre votre décision ?

"Mon entourage, Carlos en premier, savait que quelque chose s'était cassé ces derniers mois. Mais j'ai pris ma décision seule, en adulte, et cela me remplit d'avoir pu franchir le pas. Steffi, elle, m'a téléphonée hier soir. Elle n'était pas au courant. Je le lui ai dit et elle a été surprise. Mais elle m'a de suite félicitée pour ma carrière. C'était sympa".

Quel est votre meilleur souvenir?

"Je ne veux pas parler d'un tournoi ou d'un match en particulier. Ma plus grande fierté, c'est d'avoir donné de l'émotion à des tas de gens. C'est pour cela que je faisais du tennis, pas pour la gloire ou pour être célèbre. Je n'avais nullement envie d'être entraînée dans le star système. Ce n'était pas cela qui me faisait vibrer, mais bien le fait de repousser mes limites pour mes proches. C'était cela le moteur. J'ai notamment souvent regardé le ciel lorsque je jouais. Je suis fière d'avoir défendu les couleurs de la Belgique malgré la crise que nous traversons et avec Kim j'espère que nous avons permis d'unir un peu plus le pays. Et si les jeunes doivent retenir quelque chose de moi, j'aimerais que ce soit mon attitude sur le court".

Quels sont vos projets désormais ?

"J'espère avoir des enfants lorsque j'aurai trouvé la bonne personne pour fonder une famille, même si ce n'est pas une urgence. Cela viendra quand ça viendra. Il y a aussi ma fondation et mon académie de tennis. J'aimerais aussi voyager, pour le plaisir enfin. J'ai plein de choses à vivre. Je vais pouvoir enfin respirer... (sourire)"



Serge Fayat

© La Dernière Heure 2008

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