Tennis Déclaré apte par le docteur Joris, David Goffin repart, ce jeudi soir, à l’assaut du circuit où il affrontera Almagro à Metz.

Ce soir, David Goffin affrontera au 2e tour du tournoi de Metz l’Espagnol Nicolas Almagro (ATP 132). Le Liégeois, vainqueur de l’épreuve en 2014, est prêt pour reconquérir de nouveaux titres.

"Je l’ai contrôlé lundi et mardi" , confiait le docteur Maurice Joris qui l’avait remis sur pied pour la demi-finale de Coupe Davis. "Il est bien sur un plan physique."

Le docteur, qui le suit toute l’année, lui avait prévu un programme spécifique pour qu’il soit à 100 % de ses capacités le week-end dernier. Quand on voit le niveau de jeu développé par le meilleur joueur belge de tous les temps, on comprend bien que la réussite du corps médical a été totale.

"David ne nous a pas imposé plus de boulot que les autres. Nous avons mis au point une charte de travail avec le staff. Chaque jour, nous passons entre trois et quatre heures par joueur. Pour Steve Darcis, Ruben Bemelmans et Arthur De Greef, nous n’avions pas de gros soucis. Nous avons utilisé nos techniques de kiné et notre appareillage. Si un joueur de tennis s’entraîne pendant quatre heures, il aura besoin de quatre heures de soin. Il faut surcompenser et stocker de l’énergie. Une Coupe Davis se gagne dans la récupération."

David Goffin ne lui a donc pas donné un surplus de boulot. Le doc a dû adapter son plan de bataille. "Il a reçu quatre heures de soin par jour comme les autres. Le contenu des interventions était modifié. Je le traitais déjà depuis le 19 août. J’avais été à New York pour lui."

Il résume son rôle à celui de "préparateur physique à visée médicale." "Je joue au préparateur physique, mais en y ajoutant un objectif de rééducation."

De son propre aveu, la situation était stressante. "Oui, bien sûr. Le cas était compliqué car il fallait le retaper pour la Coupe Davis mais, surtout, il fallait qu’il soit en ordre pour la suite de sa saison. Ces paramètres sont très différents. L’emplâtre sur une jambe de bois ne m’intéresse pas."

Concrètement, le docteur Joris utilise vingt variables (sommeil, alimentation…) pour mesurer l’état de forme de ses sportifs. "C’est mon baromètre à moi. Sur cette base, je peux les conseiller."

Il suit Steve Darcis et David Goffin toute l’année alors qu’il est en contact avec Ruben Bemelmans et Joris De Loore.

"Tout d’abord, j’espère que Joris sera rétabli pour la finale. Il a besoin de six semaines avant de reprendre, sans parler des quatre semaines de réacclimatation. Il est jeune et dirigé par un grand spécialiste, Lieven Maesschalck. Je suis en contact régulier avec Steve et David que je vois quand ils sont en Belgique."

Qui est le docteur Joris ?

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À 64 ans, le docteur Maurice Joris, qui fêtera son anniversaire le jour de la finale de Coupe Davis, est un véritable passionné de sport. À 37 ans, il a passé une licence en médecine sportive à Liège où il a parfait ses notions de préparation physique. Il bifurque, alors, dans la médecine du sport. À 44 ans, il passe un diplôme interuniversitaire, à Dijon, en médecine ostéopathie manuelle. La biomécanique le fascine.

Il y a vingt ans, il est entré dans l’univers du tennis grâce au regretté Julien Hoferlin. "Je lui dois tout" , dit le docteur, qui a travaillé avec Olivier Rochus avant de voir défiler Réginald Willems et Justine Henin. Patrick Meur l’a fait entrer à l’AFT où il a vu tous les joueurs passer dans son cabinet depuis onze ans.


Le malaise du Top 5

Roger Federer et Rafael Nadal en 2016 ainsi que Novak Djokovic, Andy Murray, Stan Wawrinka et Milos Raonic en 2017, les centres de soin regorgent de joueurs de tennis. "Ils tombent comme des fruits mûrs" , dit le docteur Joris. "Ces gars ont joué avec des blessures. Le tennis pro impose une telle intensité et un tel effort physique qu’il est devenu trop exigeant pour les organismes. Parfois, il faut savoir dire stop. L’impact physique, la force, la vitesse d’exécution et la charge neurophysiologique sont terribles. C’est un peu comme une Ferrari qui fume car elle roule trop longtemps." Les forfaits de Djokovic et Murray le… rassurent ! "Oui, je suis rassuré de voir qu’ils sont humains. Ils ont également des limites. Quand je voyais l’entraînement de Nadal à New York, c’est incroyable. Son volume est énorme." Le docteur Maurice Joris pointe deux coupables à cette dangereuse dérive : l’intensité du jeu et le calendrier. "Ces grands sportifs ne prennent pas le temps de récupérer. Il faut retourner aux bases. De temps en temps, le corps a besoin d’un reset. Les Djokovic et autres ont besoin de se réentraîner physiquement. Le cas de David est légèrement différent parce qu’il a été victime d’un accident malencontreux à Roland Garros. Son équilibre a été fragilisé." Il est conscient que les avancées technologiques ont joué un rôle. Les raquettes et le cordage ainsi que le revêtement ou les chaussures ont changé la donne.