Tennis Sans surprise, l’Espagnol a remporté son 11e titre à Roland-Garros dimanche en battant un Dominic Thiem très irrégulier.

Les chiffres de la domination Nadal ainsi que les larmes de cet immense champion sur le podium pendant l’ovation du public resteront plus mémorables que cette finale. Tout simplement parce que Rafa a encore été bien trop fort et son adversaire bien trop peu prêt au combat (6-4, 6-3, 6-2).

Le Matador de Manacor a ainsi soulevé son onzième titre à Roland-Garros (2005, 2006, 2007, 2008, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2017 et 2018), devenant le deuxième joueur de l’histoire à remporter autant de fois le même tournoi du Grand Chelem depuis Margaret Court en Australie. Il a montré encore une fois sur le court Chatrier qu’il avait une parfaite maîtrise de son art sur une surface qu’il contrôle comme personne avant lui.

Trop fort, trop en place tactiquement, trop solide mentalement. Rafa a ainsi remporté son septième match en dix duels face à Thiem sans que l’issue ne fasse finalement le moindre doute : après un set, Thiem avait tout montré et tout perdu, tandis que Nadal gérait, malgré une pette frayeur : "J’avais une sorte de crampe à la main. Je ne pouvais plus tenir ma raquette. Je mets des pansements à cause de la transpiration, peut-être qu’il y en avait un de trop serré..."

Ce n’est pas possible de battre Nadal à Roland-Garros sans lui mettre la pression au retour, sans pouvoir tenir cette partie d’échecs qu’il impose et sans avoir des nerfs d’acier.

Dominic Thiem a manqué le rendez-vous dans ces trois domaines et s’est donc pris une troisième rouste face à l’Espagnol à Roland-Garros après le 6-2, 6-2, 6-3 de 2014 et le 6-3, 6-4, 6-0 de l’an passé.

Rafael Nadal, après un début de saison douloureux, a donc conquis avec le brio attendu son 17e titre du Grand Chelem et n’est plus qu’à trois longueurs de Roger Federer.

"Mais laissez-moi d’abord profitez du moment. Je n’ai jamais été un fanatique de ces histoires, je n’y pense vraiment pas. Il faut être heureux de ce qu’on a déjà. Je ne suis pas du genre à être frustré si les autres ont plus que moi. Mais oui, je vais continuer à me battre pour avoir d’autres chances."

À 32 ans, il est aussi devenu le quatrième joueur de l’ère Open à remporter au moins trois Majeurs après ses 30 ans. Seuls Roger Federer, Rod Laver et Ken Rosewall y étaient jusque-là parvenus.

"J’ai dû traverser des moments difficiles en début de saison, j’arrivais avec quelques doutes sur terre battue, donc c’est extraordinaire de revenir de tout ça. C’est très émouvant, c’est un moment très particulier. Si on m’avait dit il y a sept ou huit ans que j’en serais là, je vous aurais dit que c’était pratiquement impossible."

Pour ce 57e titre sur terre battue de Nadal, on regrettera tout de même l’impuissance coupable de la concurrence. Battre Nadal à Roland-Garros demande de se sublimer, de sortir le match parfait, d’avoir le couteau entre les dents. Or, l’engagement total, c’est Nadal qui l’a mis sur le court depuis le premier tour.

"Avoir ce trophée entre les mains, c’est toujours le plus important pour moi. Depuis la première fois que je suis venu ici et jusqu’à aujourd’hui, c’est une histoire d’amour avec ce tournoi."

Et c’est cette rage de vaincre pour un gars qui a tout gagné qui force encore plus le respect au moment de saluer la Undecima.

"Toni Nadal: ses larmes? Elles sont normales"

L’oncle le plus célèbre du circuit était forcément heureux d’avoir été témoin du 11e triomphe de Rafa. "C’est incroyable de gagner ici pour la 11e fois ! Pour lui c’est toujours très important de gagner ici, d’être le meilleur du monde sur la terre battue. Je ne sais pas si c’est son jardin mais, jusqu’à aujourd’hui, il y joue très bien. Ses larmes, elles sont normales car il sait ce que cela demande de gagner ici et il a toujours un très grand respect pour ce tournoi. Je me souviens de sa première victoire, mais aussi de la dixième, et l’émotion est toujours la même. Il n’est pas imbattable ici mais il est très dur à battre car il est un peu meilleur que les autres, c’est tout (sourire). En gagner un 12e ? Je crois que oui ! J’espère qu’il aura cette opportunité. Si je veux revenir le coacher ? Non, je crois que c’est mieux que je ne revienne pas car il joue beaucoup mieux (rire)."

Une grosse déception nommée Thiem

L’Autrichien Dominic Thiem n’a rien pu faire face à Rafael Nadal et n’a pas beaucoup tenté non plus. Assis sur sa chaise, le visage fermé, que pouvait bien penser Dominic Thiem après sa défaite ? Qu’il avait tout donné et n’avait pas de regrets à avoir ? Si oui, c’est du déni. L’Autrichien a ainsi tenu un set à peine face à l’Espagnol. Les yeux de chien battu envoyés à son clan point après point à partir du milieu du premier set n’annonçaient rien de bon. Ces signaux de détresse ont en plus montré à Nadal que son rival n’avait pas le cuir suffisamment épais. Tactiquement, Thiem a coulé : perdu, impatient, sans fil conducteur. "Je suis déçu même si je pense avoir fait un match décent. Je me suis battu… Maintenant j’espère vite revenir en finale d’un tournoi du Grand Chelem pour cette fois aller au bout." Thiem ne deviendra donc pas le premier Autrichien depuis Thomas Muster ici en 1995 à remporter un titre du Grand Chelem. Certes, Nadal ne sera pas pendant dix ans encore sur sa route à Paris, mais pour remporter un titre du Grand Chelem il faut du panache, des tripes et un solide sens tactique.

On n’a rien vu de tel pendant cette finale et c’était bien dommage, car il l’a en lui. Ken Rosewall, invité pour remettre le trophée, ne l’a d’ailleurs pas raté avec cette sagesse implacable des anciens : "Comme tout le monde, j’aurais voulu voir quelques sets de plus. Dominic était un peu décevant dans son jeu aujourd’hui."