Tennis

Le numéro un mondial, l'Espagnol Rafael Nadal, s'est rapproché un peu plus du record du Suisse Roger Federer du nombre total de titres en Grand Chelem, en s'imposant dimanche en finale de l'US Open face au Sud-Africain Kevin Anderson.

Le Majorquin remporte ainsi son 16e tournoi du Grand Chelem, et son 3e US Open, après avoir déjà triomphé cette année à Roland Garros. Nadal s'est défait du surprenant Kevin Anderson, 32e mondial et 28e tête de série à Flushing Meadows, en 2h27 sur le score de 6-3 6-3 6-4. Avant cette année, le Sud-Africain n'avait jamais été plus loin qu'un quart de finale à New York. Il s'agissait pour lui, à 31 ans, d'une première finale dans l'un des quatre tournois majeurs qui rythment la saison.

Le Suisse Roger Federer, ancien roi du circuit, totalise 19 titres en Grand Chelem. Il a été sorti cette année en quart de finale par l'Argentin Juan Martin del Potro (ATP 28/N.24).

Si l'US Open 2017 n'a ainsi pas ménagé les cadors, dont le Bâlois, la logique a été en revanche scrupuleusement respectée en finale. Nadal, qui disputait sa 23e finale en Grand Chelem, a dominé son adversaire, s'imposant avec autorité. A 31 ans, il affiche désormais un total de 74 titres à son palmarès.

Alors que son dernier titre sur ciment remontait à janvier 2014 (Doha), "Rafa" a montré que, comme à ses plus belles années, rien ne lui résistait et que sa piètre saison 2016, perturbée par une blessure à un coude, n'était plus qu'un lointain souvenir.

Dans le premier set, alors que Nadal remportait facilement ses jeux de service, Anderson, particulièrement vulnérable sur ses deuxièmes balles de service, était rapidement sous pression: il lui a fallu ainsi batailler près de dix minutes pour remporter son deuxième jeu de service. Il a repoussé quatre balles de break, avant de céder, en envoyant une attaque de coup droit dans le couloir, à la cinquième, ce qui permettait à Nadal de mener 4-3, puis 5-3.

Le N.1 mondial, de plus en plus incisif, a empoché grâce à une volée gagnante la première manche sur le service de son adversaire après 58 minutes de jeu. Le scénario s'est répété quasiment à l'identique dans la deuxième manche, sauf que Nadal a pris le service du Sud-Africain dès le 6e jeu, en multipliant les montées au filet.

Mené deux manches à zéro après un peu moins de deux heures heure de jeu, Anderson s'est encore plus compliqué la tâche en cédant d'entrée son service après une série de quatre fautes directes. Il n'a pas réussi à renverser la situation et a permis à Nadal de servir pour le match à 5-4: l'Espagnol, malgré un dernier sursaut d'Anderson, n'a pas laissé passer sa chance en concluant sa finale sur une dernière volée gagnante.


Nadal: "Me comparer à Roger n'est pas une motivation"

Après son sacre dimanche, son deuxième titre du Grand Chelem de l'année, le 16e de sa carrière, le N.1 mondial Rafael Nadal a le sentiment d'avoir réalisé en 2017 "l'une des meilleures saisons de (sa) carrière".

Vous avez donné face au Sud-Africain Kevin Anderson, battu 6-3, 6-3, 6-4, l'impression d'une grande sérénité...

"Je peux vous assurer que j'étais nerveux, mais j'ai bloqué tous les signes de frustration que j'aurais pu renvoyer, je ne voulais pas avoir un langage corporel négatif. On sait que quand on joue une finale de ce niveau, on va faire des erreurs, il faut les accepter. J'ai joué le match que je devais jouer pour gagner contre Kevin. J'ai bien servi, sauf peut-être lors des deux derniers jeux du match, où j'étais très nerveux. Ma stratégie était de faire durer les échanges, alors que je savais qu'il voulait les abréger. Comme il est très grand (2,03 m, NDLR), ses déplacements sont moins bons que les miens, je voulais le fatiguer. Le premier set est très important: quand je prends son service (dans le 7e jeu pour mener 4-3, NDLR), cela change complètement le match, car, dans un tie-break contre un serveur comme Kevin, on ne sait jamais ce qui peut arriver".

Quel bilan tirez-vous de votre saison 2017 en Grand Chelem?

"C'est l'une des meilleures saisons de ma carrière, j'ai disputé trois finales en Grand Chelem, j'en ai gagné deux, je suis resté compétitif tout au long de l'année. C'est une année spéciale, à tous les aspects émotionnels aussi, après plusieurs saisons sans gagner de titres en Grand Chelem: 2014 et 2016 ont été difficiles à cause des blessures, tandis que 2015 était une année difficile, pas à cause d'une blessure, mais d'un point de vue psychologique. Le vrai problème de ma saison dernière, ce n'était pas mon niveau de jeu, c'est ma blessure au coude: avant d'abandonner à Roland Garros, je jouais bien, je ne dis pas que j'aurais gagné le titre, mais je jouais bien. Je suis très heureux de ce que j'ai accompli cette année, j'ai gagné à nouveau sur ciment, je suis resté en bonne santé, cela donne beaucoup d'énergie positive pour le reste de la saison".

Avec 16 titres, vous n'êtes plus qu'à trois longueurs des 19 titres de Roger Federer, est-ce une motivation de le rejoindre ou de le dépasser au moment où votre rivalité semble repartie de plus belle?

"Je suis très heureux de ce que j'ai réussi, j'ai gagné l'US Open. Me comparer à Roger n'est pas une motivation. L'important c'est que je gagne, peu importe s'il en gagne un, deux ou 24 de plus. Je ne vois pas la vie ou ma carrière en me comparant avec les autres, dans la vie il y aura toujours quelqu'un qui aura plus d'argent que toi. C'était difficile à imaginer il y a huit ou neuf mois que Roger et moi, nous allions gagner les quatre tournois du Grand Chelem de l'année. Merci à la vie pour cette opportunité, notre rivalité est importante pour notre sport, en raison de notre opposition de caractère et de style, mais ma rivalité avec Novak (Djokovic) est aussi importante".

(Propos recueillis en conférence de presse)


LES AUTRES REACTIONS:

Carlos Moya (ESP, co-entraîneur de Rafael Nadal): "Il y a beaucoup de joie et de bonheur. Il n'a pas commencé le tournoi de manière idéale, mais il a élevé son niveau. Le tournant a eu lieu au 3e match contre Mayer (au 3e tour, victoire contre l'Argentin Leonardo Mayer 6-7 (3/7), 6-3, 6-1, 6-4, NDLR). Il comprend probablement le jeu mieux aujourd'hui que quand il avait 20 ans. Les qualités physiques ne sont plus les mêmes, mais il doit trouver un moyen de rester compétitif. Il est peut être un chouia plus lent qu'à l'époque, mais il comprend et anticipe mieux. C'est comme un jeu d'échecs. Quand j'ai commencé à travailler avec lui, j'imaginais une année comme celle-ci. Je cherche toujours des raisons d'être optimiste. Si moi je n'en suis pas convaincu, comment pourrais-je alors le convaincre? Je n'étais pas sûr qu'il allait redevenir N.1, mais j'étais sûr qu'il allait bien jouer".

Toni Nadal (ESP, co-entraîneur de Rafael Nadal): "J'étais confiant en début de tournoi. Parce qu'à l'entraînement il jouait vraiment bien. Il n'a perdu aucun set, notamment contre Berdych, Dimitrov, Goffin, Carreno et d'autres. Il jouait super. Quand il a débuté le tournoi, il n'a pas très bien joué au premier et au 2e tour. Mais à partir du 3e contre Mayer, il a commencé à s'améliorer, et a joué de mieux en mieux au fil des matches. Mais je veux être juste, ce n'est pas pareil que de jouer des gars comme Djokovic, Murray, Wawrinka. Bien sûr, Dolgopolov et Rublev sont de bons joueurs. Il a disputé un bon match contre Del Potro qui est un super joueur, mais de manière générale, les meilleurs n'étaient pas sur sa route. Il y a eu tous les absents, puis Federer, Zverev, Dimitrov ont perdu. Mais Rafael a bien joué, et s'est avéré le meilleur de ceux qui ont joué. (A propos du 16e titre en Grand Chelem) C'est incroyable, parce que jamais je n'aurais cru qu'il pourrait en gagner autant. Je me souviens quand Sampras a remporté son 14e, et depuis, ce qui s'est passé est inouï. Federer en a gagné 19, Rafael 16 et Djokovic 12, ça fait 47! A l'époque des Borg, Connors et McEnroe, ils ont remporté 26 à eux 3. C'est une génération incroyable".