Tennis La nouvelle poupée russe affronte Davenport pour une place en finale

LONDRES Maria Sharapova (WTA 15) continue de faire battre les coeurs à Wimbledon. En demi-finale d'une levée du Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, la Russe, 17 ans, a même réalisé la mission dite impossible de faire oublier Anna Kournikova aux yeux des tabloïds anglais, même si l'ironie veut l'ancienne poupée russe réalisa la même gageure un an plus jeune, en 1997.

«Je ne m'en rends toujours pas compte, confia-t-elle. Ce genre de chose ne se produit pas tous les jours. En outre, je fus toujours menée dans les deux premiers sets. Je ne m'imaginais pas renverser la situation.»

Blonde comme les blés, longiligne et pas désagréable à regarder, Maria Sharapova, possède tous les atouts pour endosser le rôle de la Cendrillon du circuit féminin. Son histoire ressemble d'ailleurs comme deux gouttes d'eau à celle d'un conte de fées. A l'âge de sept ans, elle quitta sa Sibérie natale avec son père Yuri et la modique somme de 700 dollars pour tenter sa chance dans la célèbre académie de Nick Bollettieri à Bradenton, en Floride.

«Mes parents ont effectué un énorme sacrifice en m'envoyant aux Etats-Unis dans l'espoir que je puisse vivre ma passion et faire carrière. C'était quitte ou double!», expliqua-t-elle, heureuse de pouvoir leur retourner désormais cette faveur.

Seule, loin de sa famille, elle a beaucoup souffert durant cette période. Elle faillit pleurer plusieurs fois lorsque certaines pensionnaires plus âgées prirent un malin plaisir à la harceler, mais assure avoir toujours résisté. Et aujourd'hui, elle avance que l'expérience vécue lui fut finalement bénéfique, l'aidant à se forger un caractère.

«Si cela se produisait maintenant, je pense que je leur dirais deux mots, sourit-elle. C'était très dur. Je logeais avec deux filles âgées de 17 ans et j'étais leur souffre douleur. J'allais me coucher à 8 heures et elles arrivaient trois heures plus tard, me réveillant et me forçant à ranger leurs affaires...»

Coqueluche des ramasseurs de balle, proie préférée de l'objectif des photographes, Maria Sharapova ne laisse personne de glace dans l'enceinte du All England Club. Sous contrat à l'agence IMG Models, elle prouve, en outre, par son grand service et ses puissants coups de fond de court, qu'elle possède plus qu'un joli minois et des courbes avantageuses. Se considérant comme une teigne sur le court, c'est d'ailleurs droit vers le sommet qu'elle veut aller.

«Mon désir est d'être la meilleure, clame-t-elle. J'ai travaillé comme une dingue durant l'hiver pour faire évoluer mon jeu et progresser physiquement, afin de tenir deux semaines dans une levée du Grand Chelem. Je veux gagner ce tournoi. Si ce n'est pas cette année, alors l'année prochaine.»

Ce jeudi, la nouvelle poupée russe se mesurera à Lindsay Davenport (WTA 5), lauréate de l'édition 1999 contre Steffi Graf. Ne l'ayant jamais rencontrée, elle ne sait pas si elle sera capable de la battre, mais elle donnera, en tout cas, tout ce qu'elle a dans le ventre.

«Il n'y a pas de pression. Qui a la chance que j'ai à l'âge que j'ai? J'ai 17 ans et je joue à Wimbledon. Ce que je vis est fantastique. Qu'ai-je à perdre dans ce monde?», conclut-elle.

© Les Sports 2004