Tennis En 17 ans, les dotations des tournois asiatiques ont flambé pour attirer les stars.

Kei Nishikori (ATP 14) est le seul joueur asiatique recensé dans le Top 40. Ils ne sont que deux dans le Top 50 (Yuichi Sugita). Dans le Top 100, on en dénombre huit qui viennent du Kazachstan, d’Ouzbékistan, d’Israël, de Taipei, de Corée et du Japon. La Chine et l’Inde sont les grands absents de ce cercle de VIP.

L’Asie s’était éveillée aux joies du tennis avec le Thaïlandais Paradorn Srichaphan qui était entré dans le Top 10 en 2003. Les exploits de la Chinoise Na Li, originaire de… Wuhan, ont provoqué une certaine hystérie dans les rues. Elle a été la première à intégrer le Top 10 et à remporter une levée du Grand Chelem. Chez les messieurs, Kei Nishikori a repris le flambeau même si le 4e joueur à l’ATP en mars 2015 court derrière la performance ultime, c’est-à-dire un titre en Masters 1000 (malgré trois finales) et en Grand Chelem.

Les Chinois ont besoin de héros pour s’identifier à ce sport. Ces dernières années, ils ont été servis. Les directeurs de tournois tentent de surfer sur la vague. Chengdu et Shenzhen ont officiellement lancé cette semaine ce qu’on appelle désormais la tournée asiatique qui prend de plus en plus d’ampleur sur le circuit ATP. De nombreux Chinois tentent de profiter de ces tournois pour franchir le cap. À Chengdu, seulement 5 sont arrivés dans le tableau final. À Shenzhen, on en repère que quatre.

La fièvre jaune n’a pas encore atteint l’ATP qui reste une valeur européenne. Pourtant, le business asiatique ne cesse de prendre de l’ampleur. En 17 ans, la dotation a été multipliée par trois. En l’an 2000, le prize money des 7 tournois calait à 4.255.000 dollars. Actuellement, les 10 épreuves offrent 17.204.440 dollars aux différents participants.

Le Masters 1000 de Shanghai n’est pas étranger à ce boom hors norme vu qu’il est doté de près de 6 millions, ce qui en fait le Masters 1000 le plus rémunérateur après ceux d’Indian Wells et Miami. Les deux étapes américaines se jouent sur une semaine et demie.

Le manque d’histoire entre la balle jaune et l’Asie n’est pas un frein pour les investisseurs qui sont prêts aux dépenses les plus folles.

À défaut de tradition, les joueurs y côtoient des temples sportifs qui sont des joyaux architecturaux qui sentent l’argent. Si les tribunes restent trop clairsemées, les sponsors ne s’inquiètent pas.

Wuhan, qui accueille actuellement une épreuve féminine, a ainsi investi, avant la première édition de 2014, 200 millions d’euros pour sortir de terre ces installations hypermodernes réparties sur plus de 10 hectares. Le terrain principal est bordé de tribunes d’une capacité de 15.000 places, soit autant que le court Philippe Chatrier de Roland-Garros.

Des beaux bâtiments n’ont pas suffi à attirer le Top 10. Les directeurs l’ont vite compris. Ils ont ainsi gonflé les prize money qui ne souffrent pas la comparaison avec les normes européennes. À Metz la semaine passée, l’ATP 250 était doté de 482.060 dollars alors que l’ATP 250 de Chengdu propose 1.028.885 dollars à ses joueurs.

L’an passé, Tomas Berdych avait empoché 114.000 dollars en remportant le tournoi de Shenzhen. La semaine dernière, Peter Gojowczyk a touché 85.945 dollars en tant que lauréat de l’édition 2017 à Metz.

En France, le trio Goffin, Pouille et Muller était chargé de remplir les tribunes. À Chengdu, le tournoi repose sur les présences de Thiem, Ramos et Kachanov. Sans le joueur autrichien, le tournoi aurait perdu une grande partie de sa visibilité médiatique. À Shenzhen, le plateau semble plus copieux avec le tandem A. Zverev et Goffin.

L’argent est et restera un moteur au cœur de l’Empire du Milieu. L’ATP 500 de Pékin, qui se tiendra la semaine prochaine, est le plus coté sur un plan comptable avec 3.028.080 dollars de prize money. L’ATP 500 de Rio de Janeiro passerait presque pour un challenger avec sa dotation de 1.461.560 dollars.

Conscients que l’argent ne peut être un vecteur d’émotion, les dirigeants chinois ont lorgné sur l’Europe et plus particulièrement sur le savoir-faire de Roland-Garros pour gommer leur retard. Ainsi, les ramasseurs de balle chinois sont venus en stage à la Porte d’Auteuil pour faire des émules en Chine.

Thibaut Vinel