Tour de France S’il veut toucher son rêve jaune, le Français devra impérativement s’améliorer dans le chrono.

Le regard livide et le teint blême, Romain Bardet mit de longues minutes à reprendre ses esprits samedi, dans les catacombes du stade Vélodrome. Passé à la moulinette par la violence d’un effort qui continue de le rebuter, le Français avait trouvé la force de jeter son vélo au moment de franchir la ligne dans une forme de réflexe de survie. Un geste qui lui permit sans doute de sauver sa place sur le podium (3e) pour une seconde de mieux que Landa.

Sur les 36,5 kilomètres de contre-la-montre au menu de ce Tour 2017, l’Auvergnat aura abandonné 2:36 à Christopher Froome. Soit 16 secondes de plus que l’écart séparant le leader de la formation AG2R-La Mondiale du Britannique à l’arrivée sur les Champs-Élysées. Une vérité mathématique de laquelle découle un évident constat : s’il veut toucher son rêve jaune du doigt, Bardet doit impérativement s’améliorer dans le chrono.

"Le mauvais moment que j’ai vécu dans les rues de Marseille peut me donner un coup de boost" , analysait-il ainsi. "Cela peut me pousser à m’investir davantage dans une discipline pour laquelle je n’ai pas un attrait naturel. Je ne prends pas de plaisir à enfourcher mon vélo de contre-la-montre à l’entraînement pour m’imposer des séances spécifiques. Mais je vais devoir m’y résoudre…"

Jamais mis en difficulté par Froome en haute montagne, le coureur de Brioude semble bien décidé à travailler son point faible sans pour autant délaisser sa première qualité.

"Je suis et resterai un grimpeur. C’est dans cet environnement et ce contexte de course que je prends le plus de plaisir. J’ai besoin de cet élément afin de m’investir à 100 % dans mon métier et accepter tous les sacrifices que celui-ci impose. Cette année, je pense pouvoir affirmer que j’ai progressé par rapport au niveau qui était le mien en 2016. Le fait d’avoir glissé d’une marche sur le podium (NdlR : 2e en 2016, 3e en 2017) ne traduit pas tout. Je savais que je serais attendu au tournant et je suis fier d’avoir répondu présent avec une équipe fantastique à mes côtés. J’ai construit ce second podium en deux années d’une manière très différente. La saison dernière c’est un coup de force lors d’une étape qui m’y avait propulsé. Cette fois, la lutte a été quotidienne. Ce constat me gonfle le moral pour la suite."

Si sa silhouette filiforme ne le laisse pas deviner au premier regard, Bardet est pourtant un ogre. "J’ai encore faim ! Ce n’est pas la perspective de battre Froome qui m’anime au quotidien et me pousse à enfourcher le vélo dès l’hiver. Je travaille d’abord et avant tout pour être le meilleur. Je sais que je dispose encore de certains leviers de progression et suis donc excité lorsque je songe au futur." La France l’est aussi.