Tour de France

Vainqueur du Tour pour la quatrième fois, Christopher Froome n’entend pas s’arrêter là

Pour la quatrième fois, Christopher Froome a donc inscrit son nom au palmarès de la Grande Boucle. En dominant contre-la-montre ses derniers rivaux, samedi, dans les rues de Marseille, le Britannique a fait le plus dur. Il ne lui restait plus ensuite qu’à ne pas tomber ce dimanche sur les Champs-Elysées. Froome, qui n’a pas gagné la moindre étape durant cette 104e édition peu spectaculaire, se rapproche ainsi des quatre quintuples vainqueurs du Tour, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain.

Chris, pensez-vous qu’un jour vous égalerez ce record, voire que vous le battrez ?

"C’est un honneur d’être mentionné avec ces grands champions. C’est incroyable de s’en rapprocher en tout cas. Après cette quatrième victoire, je réalise plus que jamais à quel point c’est difficile de gagner le Tour, même une seule fois. Le gagner à cinq reprises, c’est vraiment exceptionnel. J’ai encore plus d’admiration pour les performances de ces grands champions et cela m’inspire pour l’année prochaine et de la quête d’une cinquième victoire, mais je dis, il faut voir chaque course à la fois. Chaque année, c’est plus dur, cette fois, ce fut le Tour le plus serré de ma carrière."

À ce point ?

"Oui, ce fut vraiment le plus serré, mais nous le savions déjà avant le départ à Düsseldorf, je savais ce qui m’attendait. C’était un Tour durant lequel les écarts sont toujours restés minimes, avec encore trois coureurs en moins de trente secondes à la veille de l’arrivée. Je n’ai pas été certain de m’imposer avant de franchir la ligne d’arrivée à Marseille. On ne pouvait pas faire la différence ou gagner ce Tour sur un jour, mais bien en restant concentré à l’extrême durant trois semaines et j’ai été le plus fort sur cette période."

Qu’est ce qui le rendait si incertain ?

"Avec un tel parcours, nous savions qu’il faudrait se battre jusqu’au bout. En étudiant le parcours, on savait que ce serait serré, notamment dans les montagnes."

C’était le plus dur ?

"Non, chaque Tour est difficile. On ne peut pas dire qu’un Tour est plus dur qu’un autre. Chaque année, on souffre, chaque fois, c’est dur, mais c’était le plus serré."

Êtes-vous déçu de ne pas avoir gagné d’étape ? Est-ce que cela enlève du lustre à votre victoire ?

"Non, l’important, c’est la quatrième victoire. C’est comme cela. Il a fallu pendant vingt et un jours se consacrer à la lutte avec mes adversaires, ne pas faire preuve de la moindre inattention, bien gérer la situation et contrôler la course."

Quand Aru a gagné à La Planche des Belles Filles, avez-vous douté ?

"Quand Fabio s’est imposé, cela a été le premier coup de fusil dans le classement général. Aru a été un moment mon rival le plus sérieux. Ensuite, il a souffert dans la troisième semaine. Mais je suis certain qu’on se battra encore dans le futur pour la victoire."

Vous avez eu un passage à vide dans les Pyrénées, il y avait une raison ?

"J’ai perdu une vingtaine de secondes vers Peyragudes. Ce jour-là, j’ai souffert mais je peux être content, rétrospectivement, que ce ne fut pas pire que cela. Dans une mauvaise journée vous pouvez perdre des minutes. Ce jour-là, je me suis mal ravitaillé, je suis passé dans le rouge. Sur la fin de l’étape, je n’avais tout simplement plus assez d’essence dans le réservoir."

Et votre meilleur moment de cette édition ?

"Rentrer samedi dans le Stade vélodrome avec Bardet en point de mire, c’était super. Si j’avais mal négocié les deux derniers virages, je pouvais tout perdre."

Vous avez été hué avant le départ de ce chrono, ça vous touche ?

"Je pense que c’était normal avec un Français qui était deuxième à 23 secondes, en l’occurrence Bardet. Ça a été différent durant l’étape. Je n’ai pas pris personnellement ces coups de sifflet. D’ailleurs, en général, j’ai été soutenu comme jamais durant le Tour. Ce sont les spectateurs qui rendent aussi cette course si particulière. C’est la course des Français, ils grandissent en regardant le Tour, c’est formidable de participer à cela."

Comment qualifieriez-vous vos quatre succès ?

"Je ne suis pas quelqu’un qui regarde dans le rétroviseur. Mais évidemment, c’était génial de gagner le Tour une première fois. C’était la nouveauté. Quand j’ai gagné le deuxième, ça a compté parce que je confirmais, je revenais (NdlR : il avait abandonné le Tour 2014 sur chute). Puis, en 2016, je me suis imposé pour la troisième fois, mais surtout la deuxième d’affilée. Là, j’y ajoute encore un succès. Je n’aurais jamais pu rêver à mes débuts atteindre ce niveau. C’est incroyable d’être dans cette position."

Est-ce que la différence avec Uran s’est faite aussi au nouveau de vos équipes ? Sky doit avoir un budget trois ou quatre fois supérieur à celui de Cannondale. Vous trouvez cela juste ?

"Je ne pense pas que dans d’autres sports tout le monde ait les mêmes budgets. En foot, les meilleures équipes ont forcément plus de moyens avec leurs succès, c’est comme un cycle. C’est la même chose en cyclisme. On a la meilleure équipe, c’est vrai. Mikel Landa finit tout proche du podium, il a fait très bonne course. On a gagné l’inter-équipes. Est-ce dû à notre budget ? Je n’en sais rien. C’est le sport professionnel, si une équipe a des succès, elle peut en tirer bénéfice et réinvestir. Si on fixait des limites, cela ne récompenserait pas les succès."

L’équipe Sky et Dave Brailsford, votre manager, ont été secoués en hiver et au printemps par une enquête. Vous n’avez pas subi les conséquences de cette affaire ?

"Non, je n’ai pas été vraiment touché par ce qui s’est passé et cela ne m’a pas perturbé."

Lors des journées de repos, contrairement à ce qui se fait habituellement, vous avez réduit au strict minimum les rencontres avec la presse. Ce n’est pas votre genre.

"On ne peut pas faire de longues conférences de presse pendant les jours de repos, car, comme leur nom le dit, ce sont des journées de repos. Sinon, ces journées s’appelleraient journées des médias. Une longue conférence de presse, ça prend du temps. On est privé de repos."

Vous voilà à un Tour d’Eddy Merckx et des trois autres, ça vous motive ?

"Quand j’étais jeune, je n’ai pas vraiment été inspiré par ces champions. Je ne connais même pas leur histoire. Je n’ai pas eu de modèle, je ne veux pas être comme quelqu’un d’autre. J’ai un style particulier et c’est comme cela que je me consacre à un objectif. J’ai beaucoup de respects pour ces gars, je réalise combien c’était dur de faire ce qu’ils ont fait. Moi, j’ai commencé tardivement, je n’ai pas vu le Tour à la télévision quand j’étais enfant. Les premières images dont je me souviens, c’est Armstrong et Basso, je n’ai jamais vu Indurain, Hinault ou Merckx courir…"



Dylan Groenewegen: "j'en ai toujours rêvé"

Dylan Groenewegen (LottoNL-Jumbo) était particulièrement ému après sa victoire sur les Champs Elysées dimanche en clôture du Tour de France. "J'en ai toujours rêvé", a avoué le Néerlandais, 24 ans, vainqueur en costaud devant l'Allemand André Greipel et le Norvégien Edvald Boasson Hagen.

Dylan Groenewegen, déjà sur le podium (2e et 3e) lors de deux étapes dans cette Grand Boucle, signe sa première victoire dans le Tour de France, qu'il a pu fêter avec ses parents, ses amis et ses équipiers. "C'est incroyable, gagner ma première étape du Tour, à Paris, sur une avenue aussi mythique. J'en ai toujours rêvé. Gagner ici, c'est fantastique, je me suis entraîné si dur pour cela. Je suis parti très tôt, c'est ce que j'aurais du faire d'ailleurs dans mes autres sprints. Je devais choisir ma place et j'ai bien choisi en restant derrière Alexander Kristoff, puis je me suis placé dans le dernier virage. Je pensais même que j'avais démarré trop tôt parce que ce sprint m'a semblé une éternité. Je suis super content et cela va faire taire les critiques."


Warren Barguil (FRA/Sunweb), meilleur grimpeur: "Etre sur la plus belle avenue du monde avec aucune voiture, c'est exceptionnel. Mais je n'ai pas pris énormément de plaisir sur les pavés, j'ai eu une crevaison et j'ai mis un tour à rentrer. J'aurais pu tomber, heureusement j'étais attentif. C'est bien ! J'ai entendu beaucoup d'encouragements. J'essaie de transmettre ce que je ressens sur le vélo. Je ne vais pas changer. Une bonne petite fête et, après, c'est reparti pour un Tour."

Romain Bardet (FRA/AG2R), 3e du classement final: "On dit toujours que c'est plus dur de confirmer que de faire un premier gros résultat donc je suis très heureux. On est allé le chercher avec notre coeur, on a franchi un très gros palier par rapport à l'an dernier. Une victoire un jour ? Tout est possible car c'est du sport et tant que je continuerai à progresser comme ça, on a le droit de rêver. On a vraiment progressé depuis l'an passé, je suis très heureux de la façon dont on a répondu présent alors qu'on était attendu au tournant."

Rigoberto Uran (COL/Cannondale), 2e du classement final: "Je suis sur un petit nuage. Cela donne beaucoup de bonheur, des émotions. Après tant d'années de travail et d'efforts, la récompense arrive".

Mikel Landa (ESP/Sky), 4e du classement final: "C'est une vraie joie de terminer le Tour sur une victoire pour nous. Je suis satisfait de ma quatrième place. Aujourd'hui, j'ai regardé si Bardet était nerveux, s'il pouvait craquer. L'an prochain, je ne sais pas encore comment ça se présentera mais j'aimerais bien être leader. En tous les cas, je ferai un grand Tour en tant que leader."

Michael Matthews (AUS/Sunweb), vainqueur du classement par points: "C'est vraiment un rêve qui devient réalité d'être là avec le maillot vert sur les Champs-Elysées avec en plus ces victoires d'étapes et le maillot à pois pour l'équipe, c'est énorme".