Tour de France Christopher Froome a muselé tous ses opposants pour remporter un troisième maillot jaune.

Il était le principal favori du 103e Tour de France, Christopher Froome a tenu son rang. Seul parmi les principaux prétendants, car Alberto Contador, Thibault Pinot, Fabio Aru, Tejay Van Garderen, Vincenzo Nibali et même Nairo Quintana ont disparu, lâché prise ou n’ont pas été totalement à la hauteur des espérances. Finalement, c’est Romain Bardet qui fut son principal rival tandis que son ami Richie Porte n’a jamais pu reprendre le temps perdu sur crevaison dès le deuxième jour, en Normandie. Avec ce succès, son troisième en six participations, le Kenyan Blanc entre un peu plus dans la légende de la course au maillot jaune qui ne retiendra pourtant pas cette édition, trop peu souvent exaltante, comme une des plus belles.

Parmi vos trois succès, où placez-vous celui-ci ?

"Ce n’est jamais facile de comparer. Je dirais que cette victoire me procure la même émotion que ma première. Ce Tour a été fait de montagnes russes, avec des émotions diverses. J’ai passé trois semaines à bloc où il faut éviter tous les dangers, les pièges. Tout a été difficile. Ce n’est jamais gagné avant la ligne. Tant de choses peuvent se passer. Sans mes coéquipiers, j’aurais pu devoir attendre vendredi une ou deux minutes pour recevoir un vélo. J’aurais dû me battre jusqu’au bout. Le scénario aurait été tout différent."

Malgré les séquelles de cette chute, vous n’avez guère connu de soucis dans la dernière étape alpine.

"Ce fut un grand moment de passer la ligne à Morzine, un grand sentiment. Vendredi soir, j’étais épuisé par toutes ces émotions. Malgré mes blessures, j’avais pourtant très bien dormi et l’étape, même si elle a été très dure, s’est bien déroulée."

Quel fut votre meilleur moment sur ce Tour ?

"Ma victoire à Bagnère-de-Luchon après la descente de Peyresourde (NdlR : au terme de la 8e étape) . Pour moi, c’est ça le cyclisme, la course, les émotions. Je me suis senti comme un gamin, comme quand je roulais petit sur les pistes en Afrique. Cette étape a été vraiment particulière pour moi qui n’avais jamais gagné comme cela. J’ai tout essayé dans ce Tour, je connaissais cette descente et en haut, je me suis lancé, j’ai pensé que je pouvais peut-être prendre dix, douze, quinze secondes. Ça pouvait faire la différence entre gagner ou perdre le Tour."

À Montpellier, vous avez même attaqué sur le plat.

"Toute la journée mes équipiers m’avaient protégé et quand j’ai vu Sagan partir, j’ai pensé que je devais le suivre et que je pouvais saisir l’occasion. On ne peut pas planifier un scénario comme cela.

Pourtant, la grande image du Tour restera le maillot jaune courant dans le Ventoux ?

"Je n’ai pas pu freiner, on était à bloc. J’ai essayé de repartir, le vélo cassé. J’ai entendu dans l’oreillette que la voiture était loin. J’ai pensé, il reste un kilomètre, je me suis mis à courir. Je voulais faire deux ou trois cents mètres pour gagner du temps avant que la voiture ne me dépanne. Heureusement, le jury a pris sa décision, pour des raisons évidentes car la course a été arrêtée pour des éléments extérieurs. Elle était juste et elle s’est appliquée à tous les coureurs concernés par cette chute."

Vers Saint-Gervais, à deux jours de l’arrivée, vous avez chuté, vous avez pensé tout perdre ?

"Non, je n’y ai pas pensé. J’ai songé à changer de vélo, à repartir au plus vite car la course ne s’arrêtait pas, à prendre le vélo de mon copain Geraint Thomas."

Une chute qui vous a empêché de gagner une étape en montagne…

"Je n’ai aucun regret. J’ai fait tout ce que je devais pour gagner. C’était l’essentiel."

Plus que de vos rivaux, on dirait que ce sont des circonstances extérieures qui furent vos principaux adversaires ?

"Malheureusement, Alberto Contador a chuté dès la première étape, il n’a pas pu être dans la bataille. C’est important pour notre sport qu’il y ait une vraie lutte pour le maillot jaune. Mais, même avec un avantage de quatre minutes, les choses ne sont pas faciles. Simplement, j’ai beaucoup plus l’habitude du maillot jaune, de la pression qui l’accompagne. J’ai beaucoup travaillé en ce sens."

Que pensez-vous de la performance de Quintana ?

"Je l’ai connu plus fort par le passé. Pour je ne sais quelles raisons, en 2013 et 2015, il m’avait plus poussé dans mes retranchements. Mais je sais qu’il va revenir pour essayer de gagner. Dès la saison prochaine, certainement."

Vous-même, vous pensez au record des cinq victoires ?

"C’est mon rêve de revenir sur le Tour les cinq six prochaines années pour essayer de le gagner. C’est le plus grand événement de notre sport et remporter le maillot jaune à Paris est le rêve de tous les coureurs."

Vous êtes le huitième à remporter au moins trois fois le Tour.

"J’ai appris à aimer l’histoire de ce sport à partir du moment où je me suis imposé. Je sais combien c’est dur de gagner une fois le Tour, plus encore deux fois d’affilée. Être triple vainqueur du Tour, c’est incroyable, c’est au-delà de tous mes rêves."

Eddy Merckx, pour ne parler que de lui, brillait sur tous les terrains. Vous ne visez, semble-t-il, que le Tour.

"Les temps ont changé, le niveau du cyclisme est plus relevé qu’alors, plus international. C’est difficile d’être là toute la saison, de nombreux coureurs se concentrent sur une sorte d’événements. C’est un honneur qu’on me compare à ce genre de coureurs, mais je ne vais pas viser toutes les classiques comme Merckx."


"Maintenant, une médaille aux Jeux"

S’il sera au critérium d’Alost, ce lundi en début de soirée (départ à 19 heures, entrée gratuite), Chris Froome va ensuite se reposer car le triple vainqueur du Tour a encore un double objectif.

"Le prochain week-end, je vais courir la Ride London Classic, dimanche, avant de partir pour Rio avec l’équipe britannique." Avant de se rendre au Brésil, le Kenyan Blanc voulait courir devant ses supporters. "C’était une opportunité, je n’ai jamais beaucoup couru en Grande-Bretagne", expliquait samedi le maillot jaune. "C’était toujours très compliqué. Difficile d’aller aux championnats nationaux avant le Tour et au Tour de Grande-Bretagne qui se dispute pendant la Vuelta. Ce sera super, une semaine après ma victoire au Tour, de courir devant les supporters britanniques."

Mais c’est surtout en songeant aux Jeux Olympiques que Froome va courir dans les rues de la capitale anglaise. "Nous arriverons au Brésil une semaine avant la course(NdlR : l’épreuve en ligne a lieu le samedi 6 et le chrono le mercredi 10)", expliquait Froome.

"Ça nous permettra de nous entraîner, de découvrir le parcours (qu’il a déjà vu en novembre dernier). Après avoir décidé l’hiver dernier d’en faire un objectif, j’ai travaillé ces derniers mois spécifiquement mes chronos." Car le Britannique a un grand rêve: réussir, comme l’avait fait Bradley Wiggins il y a quatre ans, le doublé Tour/Or olympique. "C’est un tracé qui me convient bien", assure le coureur de Sky. "Il y aura soixante kilomètres, ce sera difficile mais j’avais conquis la médaille de bronze à Londres. Ce serait incroyable de pouvoir obtenir à nouveau une médaille cette année."

Quatre jours avant le contre-la-montre olympique, c’est l’épreuve en ligne qui pourrait déjà couronner le vainqueur du Tour. Son parcours difficile a été comparé à une étape de montagne. "La course en ligne, ce sera une loterie", dit Froome qui n’a jamais remporté la moindre course d’un jour depuis qu’il est pro, si l’on excepte la deuxième manche (sur quatre) du très modeste challenge du Cap, en Afrique du Sud, en 2009. "En plus, avec seulement cinq coureurs, la course sera très dure à contrôler. Cela n’aura rien de comparable à rouler derrière huit équipiers au Tour. La tactique va jouer un rôle important. Mais avec Geraint Thomas et Steve Cummings et moi, nous serons très compétitifs. Obtenir une médaille dans cette course serait tout simplement phénoménal."