L’Australie est devenue une grande nation du vélo!

Philippe Van Holle Publié le - Mis à jour le

Tour de France

Cadel Evans est à présent le porte-drapeau de tout un peuple, en attendant la nouvelle formation GreenEdge en 2012

Envoyé spécial en France Philippe Van Holle Le cyclisme australien s’est fait une place de choix depuis une dizaine d’années dans le peloton mondial et la victoire de Cadel Evans dans ce Tour de France 2011 – une première pour un Australien – va encore sensiblement renforcer cette situation. L’impact de ce succès de la part de l’ancien coureur Lotto est énorme en Australie au point que le Premier ministre du pays aurait proposé de faire de ce 24 juillet un jour férié désormais.

Nation dominante du cyclisme sur piste, l’Australie est désormais passée résolument à la route.

Il aura suffi de quelques bons résultats de pionniers comme Phil Anderson, premier maillot jaune australien de l’histoire en 1981 puis 1982 (et qui était sur ce Tour avec un groupe de cyclotouristes), Stuart O’Grady, porteur du maillot jaune sur le Tour et vainqueur de Paris-Roubaix (2007), et Robbie McEwen, victorieux de douze étapes sur le Tour et trois fois maillot vert (2002, 2004, 2006), pour amorcer le mouvement. Un McEwen du reste que la formation RadioShack, a posteriori, aura dû regretter de ne pas sélectionner pour cette Grande Boucle vu la malchance et, partant, les piteux résultats (c’est la formation qui a gagné le moins d’argent sur ces trois semaines !) engrangés en ce mois de juillet.

Les deuxièmes places de Cadel Evans sur la Grande Boucle (2007, 2008) et son titre de champion du monde (2009) ont entretenu la dynamique, sans parler de la victoire de Matthew Goss à Milan-Sanremo en mars dernier.

Les médias ont évidemment suivi, troquant les résumés d’étape pour des retransmissions d’étape en intégralité, qui ont réalisé d’excellentes audiences malgré le décalage horaire (cette année, ces audiences ont été bien meilleures partout dans le monde).

“En voyant les images de vélo et de la France, ça a donné envie aux gens de goûter à ce sport. Il y a eu un public qui a suivi, plutôt riche, pour acheter tous les équipements. Le vélo, c’est le nouveau golf chez nous” , explique Ruppert Guinness, journaliste au Sydney Morning Herald , qui couvre le Tour de France depuis 1987.

La pratique s’est étendue, en cyclotourisme plus qu’en compétition certes, pour toucher l’ensemble de la population, et le vélo est devenu un des moyens de promotion les plus populaires pour des opérations de charité.

Surfant sur ce nouveau marché, l’Union cycliste internationale a intégré le Tour Down Under au calendrier du World Tour . L’épreuve d’ouverture de la saison amène aux antipodes le meilleur du peloton international et bat des records d’affluence au bord des routes chaque année, au point que, aujourd’hui, les pros se battent pour faire le déplacement aux antipodes, alors qu’avant, ils se faisaient plutôt tirer l’oreille pour y aller!

Une équipe professionnelle australienne, présentée en marge de la dernière édition du Tour Down Under, devrait voir le jour en 2012. Baptisée GreenEdge, à financement australien, cette formation sera composée à “75% d’Australiens” , affirme Shayne Bannan, qui dirige le projet. Elle devrait être entraînée par l’ancien coureur de la Once, Neil Stephens. L’équipe en devenir disposait d’ailleurs sur le Tour 2011 d’un bus (comme les formations engagées) qui a effectué toutes les étapes et qui n’a pas manqué d’interpeller le nombreux public présent au bord des routes.

Encore en constitution, GreenEdge devrait probablement inclure plusieurs valeurs montantes du cyclisme actuellement en fin de contrat dans leurs équipes respectives, peut-être Matthew Goss, le vainqueur de la Primavera , Jack Bobridge et Cameron Meyer.

Comme leurs aînés O’Grady et McEwen, ces coureurs sont issus du prolifique vivier de la piste. Seul Evans fait figure d’exception. Son profil de grimpeur, qui le distingue de l’habituel routier-sprinter australien, lui vient de sa formation de VTT. Le vainqueur du Tour 2011 est en quelque sorte l’exception qui confirme la règle.

L’objectif à atteindre sera clair pour cette nouvelle formation: gagner pour la première fois un des trois grands Tours (France, Italie, Espagne).

“C’est la nouvelle frontière pour le cyclisme australien”, explique Rupert Guinness. “Si ça arrive, ce sera la fête nationale, un peu comme lorsque l’Australie a gagné pour la première fois la Coupe de l’America en 1983.” Cadel Evans, en donnant aux Australiens cette première victoire globale au Tour tant attendue depuis des années en Océanie, a sans aucun doute fait beaucoup de bien à ce cyclisme australien décidément en plein boum . Cadel Evans, de son côté, sera sans doute aussi sollicité dans un proche avenir par ce nouveau groupe sportif, même s’il n’est pas question une seconde pour lui de quitter le team BMC qui lui a permis d’accomplir le rêve de toute une vie.



© La Dernière Heure 2011
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