Tour de France

À 86 ans, le citoyen de Brakel tend chaque jour plus de 40 cannettes et bouteilles aux coureurs

Installé au centre du gigantesque parking accueillant les bus des équipes de ce Tour de France pour la présentation officielle au Puy du Fou, un homme ne cesse de multiplier poignées de main et franches accolades. Tout juste descendu du pullman estampillé Omega Pharma-Lotto, Philippe Gilbert se détourne ainsi de ses interlocuteurs du moment pour venir saluer longuement cet octogénaire.

Citoyen de Brakel, Lucien Blyau est un personnage familier à l’ensemble des coureurs. Pour son 35e Tour de France, cet ancien fermier sera, une fois encore, le plus efficace des porteurs d’eau sur cette Grande Boucle . C’est que l’homme ravitaillera, sur chaque étape, près d’un quart du peloton.

“Chaque jour, je me poste à une bonne vingtaine de kilomètres de l’arrivée, dans une bosse où les coureurs ne passent pas à trop vive allure”, nous explique Lucien dans un français parfait. “Je leur y tends de petites bouteilles d’eau minérale ainsi que des cannettes de Coca-Cola. Et je dois dire que mon bar connaît un joli succès (rires).”

Il faut dire que les tarifs pratiqués sont pour le moins démocratiques. “Avant le Tour, je fais le plein de marchandises dans une grande surface”, poursuit Lucien. “Mais par grosses chaleurs, je dois très régulièrement réapprovisionner mon stock tant les coureurs me sollicitent. Beaucoup d’amis me traitent de fou quand je leur précise que je paie tout cela de ma propre poche. Je leur réponds que là est mon plus grand plaisir et que celui-ci ne s’achète pas.”

Sur la durée de ce Tour de France, Lucien offrira ainsi très généreusement plus de 800 cannettes et bouteilles aux coureurs. “Le peloton a confiance en moi et sait que je ne me permettrais pas de glisser quoi que ce soit dans une boisson. Si vous veniez à proposer une bouteille à un coureur, il y a très peu de chance que celui-ci l’accepte si ce n’est pour s’arroser. Sur les courses en circuit, certains me passent même parfois commande pour le prochain Tour.”

De Paris-Nice au Tour de Picardie en passant par toutes les courses belges, Lucien a tissé de vraies relations d’amitié avec de nombreux sportifs. “Ma passion a commencé avec Claudy Criquielion, un voisin, dont j’étais un grand supporter. Aujourd’hui, je soutiens tous les coureurs et ne refuserai jamais une bouteille à qui que ce soit. J’ai trop d’admiration pour eux. Les mercis que je reçois en retour me suffisent. Lors de sa première retraite, Lance Armstrong a même fait arrêter la voiture dans laquelle il avait embarqué pour suivre une étape pour pouvoir me saluer et me serrer la main.”



© La Dernière Heure 2011