Tour de France Déjà monté à deux reprises sur la seconde marche du podium du Giro, le Colombien a terminé second et bluffé pas mal de monde

Débarqués en masse sur ce Tour habité par la ferme conviction que Nairo Quintana était plus que jamais capable de renverser Christopher Froome, les journalistes colombiens ont redécouvert l’un des pionniers de la nouvelle génération des Scarabées. Débarqué en Europe en 2006, à l’âge de 19 ans, Rigoberto Uran a rouvert la voie du Vieux Continent aux autres pépites sud-américaines (Quintana, Chaves, Pantano, etc.) Un rôle d’essuyeur de plâtres qui plongea parfois le natif d’Urrao dans l’ombre. "Mon pays a la chance de compter énormément de talents", commentait le coureur de chez Cannondale-Drapac, après s’être occasionné une grosse frayeur à 500 mètres de l’arrivée du chrono marseillais. "Je ne vais certainement pas m’en plaindre…"

Dauphin de Chris Froome, Uran aura bluffé tous les bookmakers. "C’est vrai que si on m’avait dit avant le départ que Rigoberto terminerait à moins d’une minute de Froome à Paris, je n’y aurais sans doute pas tout à fait cru", souriait Ken Vanmarcke, directeur sportif de la formation Cannondale-Drapac et frère de Sep. "Ces deux dernières années n’ont pas toujours été simples…"

Trop souvent perturbé par une multitude de petits pépins physiques, Uran ne disposa de son plein potentiel qu’en de très rares occasions. "Après une dizaine de jours de course, lorsque j’ai vu qu’il était dans le coup, j’ai vraiment cru qu’il allait peut-être gagner le Tour, nous soufflait Patrick Lefevere, qui avait attiré le Colombien dans son équipe en 2014 et 2015. Rigo dispose d’un énorme moteur et quand il est à 100 %, il peut battre pratiquement n’importe qui. On ne termine pas deux fois deuxième du Giro par hasard. Et je ne parle même pas de l’épisode du Stelvio en 2014…"

Cette année-là, alors qu’il porte le maillot rose sur les épaules, Uran observe les instructions des commissaires qui imposent une descente neutralisée sur le Stelvio en raison des conditions météorologiques dantesques. Nairo Quintana, lui, ne se plie pas. "C’est un peu comme si un pilote de Formule Un doublait la safety car", peste encore le manager flandrien.

Un épisode que tenta d’oublier au plus vite le vainqueur du GP de Québec 2015. "Comme nous n’avons plus de prise sur le passé, autant se concentrer sur le présent", lançait ainsi, philosophe, Uran samedi.

"Je ne sais pas si Rigo connaît le mot stress, sourit Lefevere. Il est d’une nature tellement zen que c’est lui qui calmait le plus souvent notre directeur sportif Davide Bramati en course (sourire). Il lui soufflait sans cesse : ‘calme, calme ciccio !"

Monté sur la seconde marche du podium d’un grand tour pour la troisième fois de sa carrière, Uran attribuait toutefois une tout autre envergure à cet accessit. "C’est sans aucun doute le plus grand résultat de ma carrière."

Q. F.