Essentielle Vino Ni trop chaud, ni trop frais : le climat du Sud-Tyrol est l’un des plus agréables à vivre. Et on y fait d’excellents vins !

Située dans l’extrême nord-est de l’Italie bordée par la Suisse et l’Autriche, la province autonome de Bolzano est plus connue sous le nom de Haut-Adige (Alto-Adige en italien) ou de Sud-Tyrol. La majorité de ses habitants parle allemand, un quart de la population est italophone et une minorité parle même le ladin. Ce n’est pas une faute de frappe : le ladin est en effet une langue romane, proche du romanche et du frioulan, parlée par quelque 30.000 personnes dans le nord de l’Italie.

Région entièrement montagneuse, le Haut-Adige est caractérisée par les Alpes et le massif des Dolomites constitué de “dolomie”, une roche calcaire particulière. Le sommet le plus élevé est l’Ortles qui dépasse les 3900 mètres d’altitude. En hiver, ses pentes sont bien évidemment recouvertes de neige, le massif offrant plus de 1200 kilomètres de pistes pour les amateurs de poudreuse. A table, les influences suisses, autrichiennes et italiennes donnent ici une gastronomie des plus raffinées. Plus polenta que pâtes, plus “ragù” que saucisse, et plus de variété dans les épices et condiments. Dans le même temps, on y retrouve la propreté du nord et, bien sûr, des vins délicieux.

Identité propre
Les habitants du « Süd-Tirol » ne sont pas toujours très sûrs de ce qu’ils veulent être. Lorsque cette partie du territoire autrichien a été rattachée à l’Italie après la Première Guerre mondiale, la population locale à prédominance germanophone et la minorité ladine se sont révoltées. Rome, surtout sous Mussolini, essaya d’étouffer la culture germano-autrichienne et interdit notamment l’enseignement en allemand. La partie annexée a été rattachée au Trentin pour établir un certain équilibre entre germanophones et italophones, mais les tensions sont restées. Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement italien lâcha du lest, réintroduisant l’allemand à l’école locale, en plus de l’italien et du ladin. Le « Trentino-Süd Tirol » est devenu une région autonome dotée de nombreux pouvoirs répartis entre les provinces du Trentin et du Sud-Tyrol. Un exemple pour d’autres régions européennes qui demandent plus d’autonomie ?

Cela étant, si vous demandez à un habitant germanophone du Sud-Tyrol s’il souhaite qu’un jour sa région retourne à l’Autriche dont elle n’est séparée physiquement que par les Dolomites et le Col du Brenner, la réponse se fait hésitante. Car d’un côté, l’Autriche est une nation plus riche et mieux organisée, mais de l’autre, le Sud-Tyrol joue désormais un rôle important en Italie. Outre une excellente destination touristique avec des sites comme Bolzano, Kronplatz, Alpi di Siusi ou le col du Stelvio, mythique épreuve pour les fondus de vélo, la région offre également les meilleures pommes et les meilleurs vins blancs de la péninsule. Ses vins de Sauvignon, Chardonnay, Pinot Blanc (Weisburgunder) et de Pinot Grigio (Grauburgunder) sont numéro 1 dans le pays, même si autrefois dans l’ancienne Autriche, le Süd-Tirol était principalement un fournisseur de vins rouges à base du cépage Vernatsch (Schiava en italien ou Frankenthal en français). Ce cépage a été remplacé dans les années ’70 et ’80 par des pieds de Cabernet et de Merlot, ce qui est maintenant reconnu comme une petite erreur historique. Le Vernatsch est donc à présent revalorisé, même si très sensible aux maladies de la vigne.

D’autres cépages rouges, typiques des climats frais, ont pris racine également, comme le Pinot Nero ou le Lagrein qui prospère, notamment, sur les plaines de graves le long de l’Adige à Gries, un quartier de Bolzano où le vin, avec le temps, atteint de l’ampleur et de la rondeur. Les vins du monastère bénédictin de Muri Gries sont une référence en la matière.

Facteurs de qualité
La capitale provinciale de Bolzano (120.000 habitants) est un excellent point de départ pour explorer la région et en comprendre la climatologie. En été, le thermomètre monte jusqu’à 40°C, car la ville se trouve au cœur d’un immense amphithéâtre formé par les montagnes voisines. Le Sud-Tyrol n’a pas volé son nom, car il se situe en effet au sud des Dolomites et des Alpes. Il y pleut moins et il y fait plus chaud et plus ensoleillé qu’en Autriche, car la région est protégée des vents du nord et de l’est. Un bel atout pour la viticulture.

Celle-ci n’est présente ni en plaine, ni dans la vallée, quasi exclusivement occupées par les cultures de pomme, mais bien sur les douces pentes inférieures des Dolomites où elle offre un décor des plus séduisants. Les pentes favorisent le drainage, et donc une bonne concentration des vins.

Quels sont précisément les vins produits ici ? Le Sud-Tyrol offre une multitude de possibilités et, à dire vrai, nombreux sont les vignerons qui ignorent encore ce qui est le mieux pour eux. Peut-être notre regard d’amateur de vins pourrait-il les aider ?

Quatre hypothèses sont offertes à la région :
Hypothèse 1 : Cette région a popularisé le Pinot grigio (le Pinot gris) auprès des amateurs de vin. Si dans d’autres régions il donne des vins doucement épicés, voire dilués, ici il donne des vins frais et vifs. Son qualificatif italien de « grigio » ne doit donc pas vous induire en erreur, il n’équivaut pas à un Pinot gris alsacien par exemple.
Hypothèse 2 : naturellement, la région pourrait judicieusement valoriser son Pinot blanc (bianco), son Sauvignon ou son Chardonnay, mais la concurrence est rude sur ce terrain-là. Et pas uniquement en Italie. Mais de très belles choses se font toutefois ici.
Hypothèse 3 : La plantation du Cabernet et du Merlot apparaît comme une erreur. Fin septembre, durant la "Weinmesse" (la foire aux vins) de Bolzano, nous n’avons trouvé aucun échantillon concluant. On fait ce type de vins dans le monde entier.
Mais peut-être leur rôle est-il plutôt de renforcer les assemblages locaux. Par contre, l’histoire est différente pour le Pinot noir, car il y a toujours un marché pour des Pinots noirs de qualité.
Hypothèse 4 : Les deux cépages noirs locaux déjà cités, Vernatsch et Lagrein méritent par contre toute notre attention. Non seulement ils apportent une vraie identité à la région, mais en plus ils offrent de nombreuses possibilités de vinification. On en fait aussi bien des vins d’été légers et savoureux que des vins de garde. Pour ces derniers, l’éventail des techniques d’élevage est aussi très large : des grands foudres de bois aux cuves en béton en forme d’œuf ou aux amphores, l’offre est multiple et variée. Le Vernatsch est souvent mené en pergola dans le vignoble, car ses grappes sont si lourdes qu’elles doivent être soutenues. Mais comme cela demande plus de travail que la viticulture traditionnelle, le cépage perd progressivement de sa popularité auprès des vignerons. La recherche d’alternative est en cours…

Les vins du Süd-Tirol en Belgique
On trouve de plus en plus de belles références du Haut-Adige dans notre pays. Tout d’abord, il y a Aloïs Lageder. C’est le leader de la biodynamie, il a fait de nombreux adeptes. Lageder propose divers blancs dont certains avec du Sauvignon ou du Pinot grigio. Les Sauvignons ont également un beau potentiel de garde. En rouge, l’accent est mis sur le Pinot noir et le Cabernet sauvignon. Mais il fait également un excellent Römigberg à base de Vernatsch (Schiava). Importation : www.licata.be

Un autre producteur renommé, biodynamiste lui aussi, est Weingut Loacker à Bolzano. Ici aussi, on trouve du Chardonnay, du Pinot grigio et du Sauvignon. Mais Loacker est aussi très fier de son Lagrein qu’il cultive sur diverses parcelles à Gries et dont il intègre les raisins dans sa cuvée Gran Lagrein qui vaut vraiment la peine d’être découverte. Importation : www.biodyvino.be

Un troisième acteur de qualité est Girlan, une coopérative avec une image peu courante. Ses membres n’exploitent en effet que 215 hectares de vignes, soit autant que certaines familles du Languedoc ou même du sud de l’Italie. Une coopérative à dimension humaine donc. Nous avons dégusté chez Girlan des Sauvignon, Vernatsch Alte Reben (vieilles vignes) et des Pinots noirs de qualité. Importation : www.purewine.be

Lors de nos dégustations à l’Alto Adige Wine Summit organisé pour la première fois cette année, nous avons également apprécié de nombreux autres domaines comme Castel Salegg, Pfitscher, Schmid Oberrautner, Weingut Ritterhof, Colterenzio, Peter Dipoli, Kettmeier (aussi chez Delhaize), Weingut Klosterhof, Josephus Mayr, Obermoser, Kellerei Terlan ou Elena Walsch.