Essentielle Vino Autour des Riceys
Le point de départ de la découverte de l’Aube démarre à Troyes, à 400 km de Bruxelles et donc facilement accessible. Ville d’art et d’histoire, cette préfecture offre une architecture du XVIe siècle, avec de belles maisons à colombages qui penchent étrangement à certains endroits. Ville d’un âge respectable, Troyes offre un point de chute intéressant pour rayonner dans le vignoble qui ne démarre réellement qu’un peu plus bas, à 30 minutes de route environ, et où, faut-il l’avouer, l’offre hôtelière n’est pas très riche même si de qualité. A Troyes, ne loupez pas le caviste-bar-resto « Aux crieurs de vin » qui propose une des cartes locales les plus pointues en matière de vins et champagnes biodynamiques et naturels. Et le plat du jour (entrée-plat-verre de vin) n’est vraiment pas cher (14€).

Direction le sud de l’Aube, vers Les Riceys, commune regroupant les trois villages de Ricey-Bas, Ricey-Haute-Rive et Ricey-Haut, où la saison touristique semble déjà révolue, les rues étant beaucoup plus calmes que durant l’été. La renommée de ces villages n’est en réalité pas fondée sur le champagne, mais bien sur le fameux Rosé des Riceys, un vin tranquille entre le rosé et le rouge (on parle de « rouge garance »), produit à partir des meilleurs coteaux des 860 hectares locaux, dont 90 % de Pinot noir.

Jacques Morel
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Le président de cette appellation particulière qui vient de fêter ses 70 ans est Jacques Morel, qui produit les trois types de vin autorisés. « Le rosé des Riceys, explique sa fille Emilie (sixième génération du domaine Morel), est un vin de macération, 100 % Pinot noir, où les grappes sont conservées entières afin de donner de la couleur et de la matière au jus. Le goût typique du Rosé des Riceys ne dure que trente minutes, c’est le moment exact où il faut arrêter la macération. Et tant pis si c’est à trois heures du matin, il faut être là. Le jus de goutte est alors récupéré, le marc est pressé et le tout est assemblé. Une partie du vin passe en barrique, l’autre reste un an en cuve avant d’être mis en bouteille. ». Le Rosé de Morel offre un nez superbe, finement épicé et s’accordera parfaitement avec une volaille grillée ou des fromages à pâte molle. Seul inconvénient : on n’en fait que 50.000 bouteilles par an, et pas chaque année.

Bruno Duron
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Cap à présent sur Essoyes, avec une pause juste après Gyé pour rencontrer Bruno Duron, responsable du vignoble expérimental local du Comité Champagne. Le CIVC possède en effet deux vignobles, l’un près d’Epernay pour tester de nouveaux cépages (surtout des clones de Pinot noir), l’autre à Essoyes pour travailler sur le choix des porte-greffes et expérimenter une taille haute des vignes. D’après M. Duron, ce type de taille permet de mieux faire circuler l’air (et donc de moins traiter), d’entretenir plus facilement la vigne et surtout de travailler debout et non plié en deux. « Et le champagne obtenu avec des vignes hautes n’est pas moins bon qu’un autre », précise notre homme.

Bénédicte Ruppert et Emmanuel Leroy
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A deux pas de la sortie nord d’Essoyes, on tourne dans les bois à la découverte de la maison en rondins du domaine Ruppert-Leroy mené en biodynamie par Bénédicte Ruppert et Emmanuel Leroy. Amenés à reprendre la ferme familiale en 2009, le couple décide de poursuivre le fermage des vignes mais de ne plus confier les raisins à la coopérative Union auboise (dont le fer de lance est la marque Veuve Devaux). Après diverses formations (ils étaient tous deux profs de gym’), ils se lancent dans la biodynamie. « Notre mot d’ordre, explique Bénédicte qui nous fait le tour de ses trois parcelles toutes bien typées, c’est de ne pas booster les vignes. Il faut un peu de raisins, bien sûr, mais le plus important est l’effet terroir. Tous nos champagnes sont travaillés en parcellaire, avec les levures indigènes, sans dosage et sans soufre du tout. » Les vins sont directs, verticaux même et avec une minéralité persistante, qui mériterait parfois un peu de maturité supplémentaire, voire de sucre, mais c’est contre la philosophie de la maison. Le Fosse-Grely (50 Pinot noir et 50 Chardonnay) est probablement le plus élégant, tout en finesse crémeuse. Vente en Belgique via finebubbles.be ou justaddwine.nl.

Richard Boyer
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Dans le village voisin de Balnot-sur-Laignes, Richard Boyer (35 ans) a lui aussi repris l’entreprise de son père Régis Royer, récoltant-coopérant, mais a voulu commercialiser aussi ses propres vins. « Le marché est devenu plus professionnel, explique-t-il, et nous sommes confrontés au changement climatique avec des vendanges beaucoup plus précoces, et une plus grande maturité des raisins. Il y a aussi des périodes climatiques intenses avec des périodes d’humidité, puis de sécheresse. » S’étant équipé pour vinifier par parcelle, il a opté pour le label Terra Vitis qui s’appuie sur les trois piliers du développement durable : l’environnement, le social et l’économie. Importation : www.lachaveeardenne.be (Namur).

Carole Massin
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Revenons à présent sur la rive droite de la Seine, à Ville-sur-Arce, où coule un des affluents du célèbre fleuve. Exploité depuis six générations, le champagne Rémy-Massin a été repris en 1976 par Sylvère Massin, rejoint par son épouse Carole (qui gère l’oenotourisme) et sa fille qui reprendra l’entreprise prochainement. « Nous accueillons beaucoup de Belges ici, explique Carole, nous organisons en effet de nombreuses activités dans les vignes, de la fin juin à août, tous les lundis et les vendredis. Fin d’année, nous aurons d’ailleurs une nouvelle salle d’accueil. »

Pas d’herbicide dans ce domaine certifié HVE (haute valeur environnementale) où la culture est raisonnée, la biodiversité gérée et les eaux de pluie récupérées. Parmi les cuvées de la maison, « Louis-Aristide » est élaborée en solera, c’est-à-dire à partir d’un mélange d’années dans la même barrique, dont la plus ancienne est 1995. Le résultat est riche et remarquable (voir notre dégustation). Rémy-Massin fait aussi partie du club Trésor de Champagne, c’est d’ailleurs le seul Aubois de la sélection.
Importation : Luc De Smedt (Lebbeke).