Essentielle Vino Face à la dégradation de l’environnement résultant de quelques décennies de politiques productivistes, nous tendons à réagir avec une conscience toujours plus éveillée, avec l’espoir que remplacer un produit industrialisé par un autre plus naturel contribuera à réduire notre empreinte. Il y a aussi un authentique souci pour notre santé. Nous voulons conserver nos habitudes et nos goûts sans changer nos paradigmes, mais nous voulons aussi que les produits que nous consommons soient plus propres.


Le vin, boisson-culte rappelant la mémoire des paysages et des traditions, est un des produits phares pour l'achat responsable. Contrairement aux boissons distillées ou sucrées, pour lesquelles la marque et l'innovation sont des atouts, personne ne veut boire un vin technologique ou un vin de recette. Rien de plus naturel dès lors que les vins écologiques prennent plus de place sur le marché. Il en est de trois types.

D'abord, il y a la catégorie légale des vins biologiques ou organiques, facilement repérables grâce à leur logo sur l’étiquette - une feuille verte avec les étoiles jaunes de l'UE -, faisant foi que les raisins ont été cultivés sans avoir recours aux produits de synthèse et que les procédures et intrants pour convertir le moût en vin respectent un cahier des charges. Mais rien n'est dit sur la qualité ou l'identité de ces vins. Culture intensive, irrigation, vendanges mécaniques, addition de sucre ou d’acide au moût sont des pratiques autorisées pour les vins biologiques. Ces vins-là ne sont presque jamais vendus comme vins prestige, mais comme aliments plus sains, à des prix modérés. En réalité, nombreux sont les producteurs de vins biologiques qui n’indiquent pas leur certification sur l’étiquette afin de ne pas être enfermés dans une niche moins rémunératrice.

Les amateurs de vin choisissent les vins sur des arguments d'origine et typicité. On assume l'idée que les meilleurs vins, provenant de vignobles particuliers, ont été cultivés de façon artisanale et respectueuse avec la nature. La relation perçue entre qualité du vin et soin du vignoble est à l'origine du succès des vins biodynamiques, notre deuxième catégorie. La biodynamie, développée à partir des idées du père de l’anthroposophie Rudolf Steiner, est basée sur des relations entre les écosystèmes et leur environnement proche et lointain, avec des théories assez particulières sur le mort et le vivant, l'homéopathie et les influences astronomiques.

Une telle complexité, construite sur une idéologie, ne doit pas être certifiée par les pouvoirs publics : des institutions privées comme Demeter s'en occupent. Mais encore une fois, ce n'est pas simple. Une bonne partie des meilleurs vins au monde, y compris Romanée Conti, sont biodynamiques, mais les producteurs ne le font pas savoir sur leurs étiquettes. Pour eux, la biodynamie est un outil pour faire ressortir les facteurs de qualité.

Finalement, il y a une troisième catégorie pour laquelle il n'y a même pas un système de certification, les vins nature ou vins naturels. L’origine du mot est allemande, il ne fait pas référence uniquement à la nature mais aussi au fait que le vin est sans aucun ajout : ni levures cultivées, ni enzymes, ni sucre, ni acide, ni anhydride sulfureux, protégeant les vins contre l’oxydation et les infections microbiennes (quelques producteurs appellent leurs vins 'nature' même s’ils ajoutent une petite quantité de SO2).

Les vins nature représentent une catégorie très attrayante. J'ai visité il y a quelques jours un rayon vins nature dans une grande surface, preuve du succès de ces vins. Je pense que celui-ci tient à la simplicité de leurs principes : respect de la nature, pureté, non interventionnisme. Les amateurs du vin, romantiques incorrigibles, ne peuvent que se réjouir d'un type de vins que Rousseau, l'apôtre de la nature sauvage comme source de bonté, aurait adoré.

Je pense que les meilleurs vins proviennent de l'amour à la vie et à la terre. De nos jours, l'écologie n'est plus une option, mais une condition nécessaire pour l'excellence, puisque l'excellence n'est pas simplement une question sensorielle, mais aussi une question de valeurs. Seul le vin qui échappe au productivisme, le vin qui fait réfléchir sur ses origines et sa transformation, est source de convivialité et de culture, exemple d’humanité et aussi de quelque chose de supérieur aux boissons alcoolisées. C'est pour ça que la demande des consommateurs pour des vins plus propres, sains et durables doit résulter en une consommation de vin plus intelligente et saine.