Allaite, c'est pour ton bien

Sujet de discussions et débats pour et sur toutes les femmes au ventre rond, la question de l'allaitement, son supposé dictat du corps médical et la pression subie par certaines mères refusant d'allaiter sont aujourd'hui encore des réalités concrètes. Pourquoi ce sujet a priori innocent revêt-il une importance aussi capitale?

F.D.
Allaite, c'est pour ton bien
©Reporters

"Tu vas allaiter?" Cette question, a priori innocente, revêt pourtant plusieurs choix et bouleversements dans la vie d'une future mère. Car allaiter, c'est faire le choix de s'engager physiquement, émotionnellement et socialement pendant une durée d'au moins six mois (selon les recommandations de l'ONE) pour son bébé.

Un choix qui, pour les pro allaitement, est éminemment pertinent, tant les bienfaits de l'allaitement sont nombreux. "C'est inouï le nombre de bienfaits de l'allaitement. Pour les bébés, cela réduit le risque d'infections, donne plus de vitamines que le lait en poudre et réduit le risque d'obésité" affirme Liliane Gilbert, conseillère pédiatre à l'ONE. Même son de cloche pour Elisabeth Rebuffat, pédiatre au CHU Saint-Pierre. "Tous les pédiatres et professionnels de l'enfance en sont convaincus: le lait maternel, c'est le meilleur."

Pour le bien de l'enfant, mais pas que: Liliane Gilbert explique que l'allaitement est bénéfique pour la santé de la mère également. "Il est prouvé que l'allaitement réduit les risques d'ostéoporose et de cancer du sein."

Elle a fait un bébé toute seule, la pauvre

Entre lait maternel et poudre artificielle, le choix devrait donc être vite fait. Oui, sauf que donner le sein est loin d'être une sinécure pour les mamans."Ça peut être très douloureux, dans mon cas ça a été mais j'ai des amies qui ont eu beaucoup de mal à allaiter, ça a vraiment été une souffrance"raconte Ariane, une jeune maman. En cause: des douleurs mammaires, un exercice fatigant et l'aspect monopolisant de la chose, puisqu'allaiter son enfant, cela se fait entre... Huit et douze fois par jour. "C'est très monopolisant, même pouvoir prendre une douche vingt minutes relève du miracle"explique à son tour Sarah, jeune mère également.

Impossible d'avoir une vie sociale réelle en ces conditions, et encore moins professionnelle, comme le développait il y a quelques mois la philosophe Elisabeth Badinter sur France Inter (et un peu partout dans les médias): "La mère idéale est sommée d'allaiter son enfant (...) un allaitement exclusif, de six mois [recommandations de l'OMS], la mère doit être disponible pour son bébé 24h sur 24 et il faudrait qu'elle continue pendant deux ans avec une alimentation mixte, ce qui signifie, qu'on le veuille ou non, une sorte de retour de la femme à la maison pour le bien de l'enfant."

La difficulté d'allaiter est donc une réalité qui peut rendre le choix encore plus difficile. Mais qui en vaut la peine, pour Liliane Gilbert: "Bien sûr, il en faut du courage pour être mère, pour allaiter. Et oui, peut être cela se fait-il parfois aux dépens de la mère. Au début, elle paye de sa personne. Mais c'est normal: élever un enfant, ce n'est pas facile, et cela demande du temps."

Pour Liliane, le véritable problème résulte plutôt dans le fait qu'être mère est, peut être une lutte, un combat "qui ne se mène pas seule. Pourtant, souvent, les mères ne sont pas soutenues. En plus d'être mères, on leur demande de continuer à rester active, disponible, souriante. Ce n'est pas possible! Il y a un proverbe africain qui dit :" Il faut tout un village pour élever un enfant." Et nous, on voudrait que la mère le fasse toute seule!"

Allaiter demande du courage, du temps, de l'effort, mais n'est pas impossible. La pédiatre ne manque d'ailleurs pas de rappeler certains chiffres: "Il y a 85% des femmes qui commencent l'allaitement à Bruxelles. Certaines n'ont pas envie, et il faut respecter ça. Mais il faut que les femmes commencent, essayent... Et arrêtent si elles le souhaitent."

Allaite et tais-toi?

Le choix appartiendrait donc aux mères. Pourtant, de nombreuses mères (et pères) témoignent d'un supposé dictat de l'allaitement émanant du corps médical, qui voit d'un mauvais œil ces mères faisant le choix du lait artificiel.

Ainsi, Sarah s'étonne d'une charte sur l'allaitement affichée au cinquième étage de l'hôpital où elle était prise en charge, où infirmiers et infirmières sont priés de faire essayer l'allaitement au moins une fois aux mamans. "Si tu ne veux pas, tu ne veux pas! C'est ton corps. Le lait maternel est l'idéal, soit, mais cela reste notre corps. De plus, le lait artificiel est aujourd'hui de bonne qualité et nous ne sommes pas dans des pays aux conditions sanitaires difficiles. Personnellement j'ai allaité par choix et sans problème, donc je n'ai pas ressentie de pression, mais ma sœur a pratiquement été forcé à allaiter à l'hôpital trois jours durant, alors qu'elle avait mal et que son bébé pleurait, ne réussissait pas à se nourrir. C'est grave!"

Le dictat de l'allaitement, donc? "Si les mères sentent une culpabilisation ou une obligation, c'est dommage, c'est que la manière de communiquer, la forme ne sied pas, mais le fond est vrai" défend Elisabeth Rebuffat. "Peut être les médecins s'y prennent-ils de la mauvaise manière pour faire passer le message."

"Le problème, c'est que l'on t'en parle à peine durant la grossesse, on effleure le sujet sans vraiment le traiter. Par contre, une fois à l'accouchement tu subis, alors que tu es complètement chamboulée émotionnellement, un forcing psychologique pour t'inciter à allaiter, à revenir sur tes choix. Ce n'est pas la bonne solution." affirme Sarah. Que faire alors? "Plus de séances d'information durant la grossesse, afin d'être réellement préparée."


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