La mort subite chez le nourrisson, un puzzle macabre sans solution?

La mort subite du nourrisson, une peur irrationnelle? Pas si sûr. Malgré les grandes avancées faites depuis les campagnes de prévention des années 80, elle reste la première cause de mortalité chez les nourrissons. Comment endiguer et prévenir ce phénomène?

Félix Dumont
La mort subite chez le nourrisson, un puzzle macabre sans solution?
©Reporters

La mort subite du nourrisson, une inquiétude parentale toujours légitime? Il semblerait. Mais il convient de remettre l'angoisse au milieu du village. La mort subite chez le nourrisson, c'est quoi, exactement? "Tout d'abord, il faut couper court à une grande confusion: la mort subite du nourrisson et la mort subite inexpliquée. La mort subite du nourrisson, c'est quand un enfant de moins d'un an décède sans traces de maladie et qu'après autopsie, on se demande toujours quelle est la cause du décès. La mort subite inexpliquée c'est quand l'enfant décède et que l'on ne sait pas pourquoi, mais sans avoir fait d'autopsie. S'il n'y a pas eu d'autopsie, on ne peut donc pas parler avec certitude de mort subite du nourrisson." explique Johan Marchand, pédiatre à l'UZ VUB.

"Il y a d'autres causes de morts chez le nourrisson que l'on attribue parfois rapidement à des cas de mort subite: maladies cardiaques, héréditaires, suffocations. Ainsi, 2 à 10 % des morts chez les enfants de moins d'un an sont dites "suspectes" parce que l'autopsie n'est pas obligatoire. On ne sait donc pas ce qui est exactement arrivé à l'enfant. Ce genre de confusions tronquent souvent les chiffres de la mortalité liée à la mort subite chez le nourrisson." conclut-il.

Un puzzle irrésolu

Cette distinction établie, il convient de savoir si l'inquiétude parentale liée à la mort subite chez le nourrisson est toujours d'actualité, puisque "grâce aux campagnes de prévention menées dans les années nonante, on a pu réduire par cinq le nombre de décès liés à la mort subite du nourrisson. Avant, on avait des taux de 3/1000, c'était un problème de santé publique majeur", explique Elisabeth Rebuffat, pédiatre au CHU Saint-Pierre. Si le corps médical se félicite de ces avancées, il rappelle néanmoins que la mort subite chez le nourrisson reste la cause numéro 1 de mortalité chez les enfants de moins d'un an, avec des chiffres aujourd'hui d'environ 0,5/1000 en Belgique. Et reste encore largement inexpliquée. "C'est un ensemble de pathologies dont on connait pour certaines les causes, et d'autres pas. C'est un peu comme un puzzle dont on connaît certaines pièces, et d'autres pas." termine la pédiatre.

Dès lors, que faire? Adopter certains gestes simples: "Mettre l'enfant sur le dos pour dormir, baisser la température de la chambre -environ 20 degrés-, ne pas fumer. L'allaitement également a ses vertus pour contrer ce phénomène" explique Liliane Gilbert, conseillère pédiatre pour l'ONE. "Dormir avec l'enfant dans la chambre parentale -attention, pas dans le lit parental, le risque d'écrasement étant une réalité- permet aussi de prévenir ce danger."poursuit-elle. La prévention, il n'y a que ça de vrai.

Instinct naturel ou réconfort matériel?

Quid des monitorings? Le marketing lié à la petite enfance répond avec beaucoup de plaisir aux angoisses des parents. Baby-phone infrarouge, objets communicants, et même chaussettes bluetooth qui calculent le rythme cardiaque du bébé, son taux d’oxygène, ainsi que sa température, la position et la qualité du sommeil: tout est fait pour aider au mieux ces êtres récemment dotés de progéniture.

Alors, le monitoring à la maison, la solution? "Bien sûr cela peut aider, mais il faut comprendre que le seul bon monitoring, c'est celui réalisé avec le médecin et des électrodes." Les médecins veulent tout contrôler? "C'est peut être vrai, mais d'un autre côté on voit que les parents qui utilisent le monitoring à la maison ne font pas ou plus de prévention, continuent à fumer, etc… Alors que l'appareil n'est pas parfait: il va réagir à la présence d'un chat dans la pièce ou à un marteau-piqueur dans la rue par exemple. Sans compter qu'une addiction au monitoring peut s'installer et une fois l'appareil débranché, les parents ne savent plus quoi faire" explique Johan Marchand.

"Les conseils préventifs sont très importants, bien plus que le monitoring" poursuit Elisabeth Rebuffat. "Or les parents ont tendance à voir dans ces monitorings la solution à toutes leurs angoisses et à baisser leur attention alors que la meilleure chose à faire pour lutter contre la mort subite chez le nourrisson, c'est la prévention et l'observation." L'utilisation du monitoring peut donc aider, mais attention à ne pas baisser la garde, parents! Face au risque de mort subite, la vigilance reste votre meilleure défense.


Les plus consultés

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be