Le mythe du père moderne, ses désirs et ses ancêtres

Il est l'une des figures des années 2000: vous avez forcément dans votre entourage un "père moderne", cet homme qui s'investit dès la grossesse dans la vie de son enfant, accompagnant la maman aux sorties prénatales, s'impliquant dans le choix des langes et ne négligeant pas la communication avec son enfant, même caché derrière un ventre bien rond. Mais à quoi rêvent ces papas poules?

Félix Dumont
Le mythe du père moderne, ses désirs et ses ancêtres
©Reporters

Il est l'une des figures des années 2000: vous avez forcément dans votre entourage un "père moderne", cet homme qui s'investit dès les débuts de la grossesse dans la vie de son enfant, accompagnant la maman aux sorties prénatales, s'impliquant dans le choix des langes et ne négligeant pas la communication avec son enfant, même caché derrière un ventre bien rond. Mais à quoi rêvent ces papas poules?

"D'accord, le bébé n'est peut être pas dans ton corps, mais ça ne t'empêche pas de te poser des centaines de questions!" assène Morgan, père de la jeune et jolie Nina. "De plus, pour moi c'était important de pouvoir vivre la même chose que Sarah -sa compagne, ndlr-, ensemble. Cela m'a également permis de prendre mes repères avec la petite, dès le début."

Morgan fait partie de ces jeunes papas "2.0" comme il le dit lui même, ces pères qui dès les premiers mois de grossesse manifestent leur présence et leur disponibilité pour l'enfant. "Plus qu'un souhait: une nécessité. Etre là dès le début pour la petite, et pour Sarah, c'était quelque chose qui me paraissait évident. Chercher à situer son rôle de père. Et puis, ça te permet d'être à l'aise dès l'arrivée de l'enfant, tu connais les médecins, les lieux, les règles… Tu es capable de gérer les check-up médicaux, les visites." poursuit le père. "Quand c'était trop compliqué pour moi, Morgan pouvait prendre la relève, faire tampon après cette exigeante étape qu'est l'accouchement" reconnait Sarah.

"Aujourd'hui, le père, c'est un peu le coach idéal" explique Murielle Denis, kinésithérapeute à l'hôpital d'Ixelles. "Il est là pour écouter, soulager le quotidien de la mère car une grossesse, c'est très éprouvant. Il peut être un atout précieux, un véritable cadeau."


"Père, pas papa"

Pourtant, ces considérations et inquiétudes paternelles n'ont pas toujours été là. "C'est un phénomène assez récent, une dizaine d'années" explique la kiné.

Josiane, grand-mère de nombreux petits enfants mais surtout mère de trois enfants, raconte: "Mon mari n'est jamais venu avec moi chez le gynécologue. Non seulement ça ne lui est jamais venu à l'idée, mais je n'en aurai pas eu envie! Aux naissances, oui, il était là aux accouchements, mais il n'a et n'aurait jamais pris son bébé dans les bras, c'est quelque chose qui le terrorisait."

Après la grossesse alors, durant les premiers mois, le père était-il aussi présent qu'il peut l'être aujourd'hui? "René aimait ses enfants, ça c'est sûr. Mais il n'a jamais donné un biberon, ou un bain par exemple. Non, il était père, pas papa. Son rôle, c'était avant tout un rôle procréateur, et protecteur. Il était là protéger sa femme et ses enfants du monde extérieur."

Le rôle du père et l'image qui en est faite aujourd'hui a donc bien évolué. Nouvelles missions, nouveaux desiderata, la paternité a été grandement repensée au 21e siècle. "Les papas modernes, c'est vraiment quelque chose qui est dans l'ère du temps. Aujourd'hui bien plus qu'hier, on sent que les pères désirent s'investir, être actif. Le père est beaucoup plus impliqué dans la grossesse, dans sa relation à l'enfant, dès ses débuts. Mais ils ont un rôle plus intellectuel, ils sont là pour apporter calme, confiance et confort à leur compagne."

Pour autant, difficile de dire aujourd'hui si cette nouvelle forme de paternité a un impact sur l'enfant, ou si elle doit devenir la norme. "On ne verra les effets quand dans dix, vingt ans. Les pères d'antan n'étaient pas aussi investis qu'aujourd'hui, pour autant, on ne peut pas dire qu'ils se soient mal comportés" assure Murielle Denis. "Ce ne doit pas être une obligation. Il faut laisser le choix au père de son investissement. Ca doit rester une envie. D'ailleurs, parfois, c'est la mère elle-même qui ne désire pas que son compagnon s'implique outre mesure. Il ne faut pas mettre de pression inutile."


"Un lit pour deux, c'est possible?"

Toutefois, dans l'équipe des pères modernes, Morgan déplore les infrastructures et hôpitaux qui eux, le sont moins: "Aujourd'hui c'est socialement convenu que tu sois là… pour te taire. On ne te donne aucun repères, et souvent tu passes ton temps à regarder tes lacets, ne sachant trop que faire. Si tu veux t'investir il faut vraiment mettre le pied dans la porte! Etre papa dans une maternité, ça se mérite."

Une opinion nuancée par Sébastien, jeune père également: "Nous ne sommes pas les mères donc forcément nous sommes moins les centres d'attention, mais il ne faut pas avoir peur de demander. Personnellement j'étais assez à l'aise avec les médecins. Par contre matériellement, ce n'est pas l'idéal: il n'existe pas de grands lits pour l'accueil des deux parents, et si l'on veut dormir sur place, il faut débourser 15 euros pour avoir droit à un clic-clac." Les pères sont les bienvenus, mais une maternité s'appelle toujours une maternité... Jusqu'à quand?


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