Où les bébés crèchent-ils?

Félicitations, l'heureuse nouvelle vient d'être confirmée: vous attendez un enfant. Mais ,il est une chose pour laquelle il ne faudra pas attendre, c'est la recherche d'une crèche pour votre futur petit bout. Trouver un lieu d'accueil pour votre enfant en bas-âge relève à Bruxelles d'un véritable combat. Les places sont rares, et les solutions semblent l'être encore plus…

Félix Dumont
Où les bébés crèchent-ils?
©Reporters

Il est né, le divin enfant! Félicitations, après neuf mois caché dans un ventre, votre petit bout verra le jour et, progressivement, apprendra à vous regarder, vous reconnaitre, à marcher et à parler. Et vite, très vite, arrivera pour lui le moment de faire ses premières armes face et avec les autres, mais cette fois-ci sans ses parents: il ira à la crèche. Mais le pourra-t-il seulement?

Selon une étude réalisée en 2012 par la Ligue des Familles, moins d'un enfant sur trois peut espérer trouver une place d'accueil, et moins d'un parent sur cinq peut espérer trouver une place à un prix calculé en fonction de ses ressources.

C'est peu dire si la problématique des crèches est une angoisse pour les jeunes parents bruxellois. "C'est de la folie!" s'exclame Ariane, jeune mère."Inscrire son enfant à la crèche, c'est possible, mais quel parcours! Déjà, on ne peut inscrire son enfant sur liste d'attente qu'après douze semaines de grossesse, et avec une attestation du médecin comme preuve. Et seulement après ça, il faut vivre avec une épée de damoclès au dessus de la tête plusieurs mois durant: ce sera oui ou ce sera non? De plus, chaque crèche a son propre système d'inscription, avec ses propres critères et délais. On a carrément du faire un tableau Excell pour s'y retrouver. Et l'on a plutôt intérêt à le faire, sinon c'est sûr et certain, c'est foutu." Comment en est-on arrivé là? Comment ce manque de places s'explique-t-il?


En cause: le financement, mais pas que

"Cela n'a pas été une priorité politique pendant très longtemps, je ne constate qu'une embellie que depuis 2005. A l'ONE, il y a 10 ans on nous assurait qu'il n'y avait pas d'argent pour de nouvelles crèches" assène Nathalie Gilson (MR), échevins de la petite enfance à Ixelles.

"En termes de places d'accueil, je reconnais que le problème n'est pas neuf" répond Benoit Parmentier, administrateur général de l'ONE (Office de la Naissance et de l'Enfance). "C'est aussi pour cela que nous avons déjà mis en place deux plans Cigogne depuis 2004 qui ont permis de débloquer 12.000 places. Ainsi, du début des années 2000 à aujourd'hui, nous sommes passés de 30.000 places à 40.000 environ."

Pour autant, dans un entretien accordé il y a peu à la Libre Belgique, Benoit Parmentier déclarait lui-même qu'à Bruxelles, le taux de couverture pour les crèches n'était que de 22,9 %, et avec les places de Kind en Gezin, le pendant flamand de l'ONE, 37,5%. Il resterait donc des efforts à fournir... "Le plan Cigogne III vient d'être finalisé et arrivera dans les jours qui viennent." Réalisé avec le ministre de l'Enfance Jean-Marc Nollet (Ecolo, ndlr) il prévoit la création de 16.000 places supplémentaires d'ici 2022. Suffisant pour répondre aux attentes des parents de la capitale?

"Ce ne sera pas suffisant pour couvrir à 100%. Mais c'est une réponse intéressante en regard de la demande." Des propos quelque peu contredits par la Ligue des Familles, qui déclare, concernant le plan Cigogne III, qu'il n'offrira "qu'une légère amélioration du taux de couverture (environ 7%), mais bien inférieure au niveau de la demande estimée pour 2022." De son côté, Hariche Faouzzia (PS), échevine de la petite enfance à Bruxelles-Ville, tempère: "Il faut tout de même reconnaitre qu'avec la création de ces plans Cigogne, le service public a pris le problème au sérieux."

"Le budget, c'est le véritable nerf de la guerre" déclare l'échevine. Un nerf faible et fragile, au vu du budget attribué pour l'accueil de la petite enfance: il représentait en 2010 moins de 1,2% des dépenses totales de la Fédération Wallonie-Bruxelles (soit 109,2 millions d'euros). Nathalie Gilson en est d'ailleurs certaine: "Il y a un problème de financement. Même avec le nouveau plan Cigogne de Monsieur Nollet, ce n'est pas suffisant."

Un problème de financement, mais pas que: il faut ajouter à ces contraintes budgétaires une réalité immobilière très dure, et "une population bruxelloise qui ne cesse de croître, alors même que nous assistons à une paupérisation de la capitale." affirme l'échevine de Bruxelles-Ville.

"L'immobilier est un problème: il faut que cela soit rentable et malheureusement, les crèches ne le sont pas." déclare de son côté l'échevine d'Ixelles. Pourtant, il est essentiel si l'on crée du logement de créer des services qui vont avec." Un point de vue partagé par sa consoeur de Bruxelles-Ville: "Il faut pouvoir vivre dans un quartier de manière harmonieuse. Un quartier avec du logement, mais aussi des crèches, des écoles, des centres sportifs."


Vers quelles solutions?

Face à ces contraintes, quelles solutions? D'aucuns remettent en cause les critères d'exigence de l'ONE pour la création de crèches, avec un cahier de charges très lourd. L'administrateur général de l'Office s'en défend: "Exigeants, les critères de l'ONE? Oui, mais au regard de la qualité de l'espace d'accueil! Nous nous devons de fournir de la quantité, mais aussi de la qualité. Ce ne sont pas de simples garderies, ces lieux d'accueil sont étudiés pour le bien-être et le développement de l'enfant, sa socialisation. Il y a un véritable enjeu éducatif derrière."

Qu'est-il possible de faire, alors? Les solutions sont nombreuses, mais sont-elles pour autant plaisantes? "On peut se tourner vers les crèches privées, mais leur coût est autrement plus élevé que les crèches subsidiées ou communales." répond Sarah, jeune maman. "Sinon il reste toujours l'option grands-parents. Nous, nous avons la chance d'en avoir de vraiment super, mais encore faut-il en avoir la possibilité, et l'envie" répond à son tour Ariane, maman du petit Hugo.

Prendre congé, quid? "Bien sûr, c'est possible, mais les parents devraient avoir le choix, et être aidés financièrement" déclare Nathalie Gilson."Surtout qu'en finalité, ce sera le faible salaire qui prendra sur lui et souvent, il s'agit de la femme. C'est donc également un combat dans l'égalité homme-femme dont il est question ici" affirme Hariche Faouzia.

Pour Nathalie Gilson, une solution possible émanerait du privé: la création et le soutien des crèches en entreprises. Le projet existe déjà et se nomme SEMA (Synergie Employeurs-Milieux d'Accueil), dispositif pour faire évoluer et créer des milieux d'accueil en entreprises, qui y gagnent (en déduction fiscale, notamment). Mais pour l'échevine, ce système n'est pas assez exploité. Benoit Parmentier de son côté défend également le plan SEMA, mais rappelle les dangers potentiels d'un pareil système: "Oui à la synergie des entreprises, mais pas aux dépens des travailleurs et parents. Il est important que ces lieux d'accueil ne deviennent pas une forme de dépendance de l'employé à son employeur."

La problématique des crèches à Bruxelles est complexe, dense et diverse. Dans une ville en plein essor démographique, acculée par un immobilier bouché, cher, et un système administratif kafkaïen, les cigognes risquent d'avoir bien du mal à loger chaque petit baluchon tombé de leur bec dans une cheminée digne de ce nom...


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