"Terrorisation culturelle!"

Pierre De Vuyst

Dyab Abou Jahjah se bat contre l'assimilation et pour une identité culturelle propre

ANVERS `En droit théorique, oui, j'estime que l'arabe peut être considéré comme la 4e langue nationale. Mais j'ai dit cela au cours d'une conversation de trois heures. Ce n'est pas ma revendication principale. Je lutte avant tout contre la politique d'assimilation pratiquée en Belgique et surtout en Flandre.´ L'auteur de ces lignes est devenu très célèbre en une semaine dans le pays et plus particulièrement de l'autre côté de la frontière linguistique. Dyab Abou Jahjah est le président de la Ligue arabe européenne. Il est controversé pour ses idées sans concessions. Il est attaqué par le Centre pour l'égalité des chances pour ses prises de position propalestiniennes `contre un bastion sioniste anversois´. Né au Liban en 1971, M. Jahjah est notamment licencié en sciences politiques et titulaire d'un masters en politique internationale à l'UCL. Arrivé en Belgique, il s'est installé dans la région d'Anvers. C'est là qu'il a créé en février 2000 son mouvement, la Ligue arabe européenne, qui compterait, selon ses dires, quelque 1.000 membres en Belgique et autant dans le reste de l'Europe. Toujours bien habillé, pratiquant les autres langues nationales à la perfection, il pourrait être à même de convaincre bientôt (qui a dit séduire ?) une jeunesse en mal de repères.
`La reconnaissance de l'arabe n'est pas notre priorité, nous avons des problèmes plus urgents comme le taux de chômage inacceptable au sein de la communauté arabo-musulmane. C'est le fruit d'un mécanisme de discrimination. Nous nous battons pour un droit égal au travail, au logement et à l'éducation´, explique M. Jahjah.

Pas de modèle imposé

`La reconnaissance de l'arabe est une étape importante vers notre identité propre qu'ont perdue les 2 e et 3 e générations de la communauté.´ Subsidier l'enseignement de la 4e langue nationale est un pas de plus vers une identité culturelle propre.
`La Ligue est contre la politique d'assimilation pratiquée en Belgique et surtout en Flandre à l'égard de la communauté arabo-musulmane. Nous sommes aussi belges et aussi égaux que les autres. Notre conception des choses est aussi belge que la vôtre, mais nous n'acceptons pas un modèle imposé par la Belgique. Nous n'avons pas non plus à chercher l'approbation ou l'acceptation d'un autre groupe de population. Il y a une logique inacceptable en Flandre de terrorisation culturelle, mais nous sommes une minorité nationale, nous ne sommes plus des immigrés.´
Pour faire passer ses idées, Dyab Abou Jahjah n'est pas contre la création d'un parti, voire d'un parti islamique: `On peut s'inspirer de la religion pour faire de la politique, regardez le CDH et le CD&V. C'est également un droit pour tout citoyen de vouloir créer un parti. La Ligue est un mouvement, pas un parti, mais s'il le faut, nous franchirons le pas.´

Tous ces propos, avec l'annonce, hier, par le Centre islamique belge, de la création d'un parti islamique à Bruxelles, ne font-ils pas le lit de l'extrême droite? `On ne va pas rester dans la psychose et prouver notre gentillesse tous les jours, mais exiger notre droit. L'extrême droite est le problème des autochtones belges.´
Jahjah précise: `Je ne suis pas un dangereux. Je suis un démocrate qui se bat pour ses idées.´ Des idées bien arrêtées...

© La Dernière Heure 2002

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be