Nouvelles places en crèche : "Un grand coup de bluff"

Florence Reuter, députée MR, fait la grimace à l'annonce du gouvernement wallon du lancement du plan Cigogne III. Pour elle, le gouvernement fait de l'électoralisme. Entretien.

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Nouvelles places en crèche : "Un grand coup de bluff"
©Photonews

On pourrait croire que la député MR de l’opposition Florence Reuter soit heureuse à l’annonce du gouvernement de la fédération Wallonie-Bruxelles du lancement du plan Cigogne III censé créer 2.049 places nouvelles d’ici 2014 et 1.600 par an dans les années qui suivent. Manifestement il n’en est rien.

Vous n’êtes pas contente ? 


"Ça fait cinq ans que j’attends. Depuis 2009 je tape sur le clou. Il n’y a pas de plan d’action pour l’accueil de la petite enfance. Jeudi, le président du CDH se réveillait mais ce genre de choses ne doit pas arriver en fin de législature alors qu’il y a dix ans que le problème existe. Un problème qui place de très nombreuses familles francophones dans des difficultés graves. En 2003, monsieur Nollet, déjà lui, lançait les plans Cigogne I et II. En 10 ans, ils ont à peine réussi à créer 8.000 places et ici, ils vont faire la même chose en cinq ans ? Pour moi, tout ça ressemble à un grand coup de bluff."

Vous pensez qu’ils ne créeront pas ces places ? 

"J’entendais le ministre Antoine sur une radio vendredi matin. Il disait qu’il avait le budget pour un an seulement. Venir dire que c’est un plan sur cinq ans, ce n’est pas vrai. Ce qui me choque, c’est qu’il faut quand même rester réaliste. Il faudrait 10.000 places tout de suite et ensuite mettre un plan en place. Si c’est la politique menée jusqu’à présent, et je vise ici les deux plans Cigogne, il faut changer de politique. Les plans Cigogne ne marchent pas." 

Vous accusez le gouvernement de ne pas avoir de vision ? 

"Il y a aussi une absence de priorité. Le ministre Nollet me répondait récemment au Parlement que la priorité du gouvernement était de créer des places dans les crèches. Mais ils sont quand même là depuis 2009 et les crèches deviennent une priorité en fin de législature ? Je crois que ces dernières années, Jean-Marc Nollet était trop occupé par ses certificats verts." 

Cette annonce est purement électoraliste ? 

"Ça y ressemble vraiment. Il annonce son Plan Cigogne III et celui-ci n’est toujours pas budgété. Il devrait l’être l’année prochaine en toute fin de législature. Juste avant les élections…" 

Le gouvernement se contente donc de soigner son bilan ? 

"Clairement, sinon que l’on me dise ce qu’il s’est passé dans ce secteur depuis cinq ans. Des centaines de places ont été fermées dans des crèches privées parce qu’elles étaient trop chères. Évidemment on ne les a pas remplacées alors que dans le Brabant wallon par exemple, sans le privé on n’aurait pas une aussi bonne couverture." 

Au sein du gouvernement, on accuse André Antoine de bloquer le projet. Ce ne serait donc pas tout à fait la faute de Jean-Marc Nollet ? 

"Quand j’ai entendu André Antoine la bouche en cœur venir dire que le CDH avait toujours soutenu la création de nouvelles places, j’ai envie de lui répondre qu’il fallait le faire avant. Au sein du gouvernement, tout le monde sait qu’ils ne s’entendent pas. Désormais à un an des élections, on resserre les rangs." 

Que faut-il faire alors pour être efficace ? 

"J’ai toujours défendu le soutien au secteur subventionné mais à côté, il y a un secteur privé qu’il faut également soutenir. Le privé respecte exactement les mêmes normes que le subventionné et pourtant, dans le subventionné on accepte une puéricultrice pour sept enfants contre une puéricultrice pour quatre enfants dans le privé. Ce n’est pas normal. Et puis, on s’étonne que les places en crèche privée soient plus chères. Si on soutient mieux le privé en allégeant leurs normes, en ne les forçant pas à faire des travaux chaque année, on leur permet de baisser leurs tarifs." 

On peut aussi envisager la mise en place d’autres systèmes ? 

"Bien sûr. Par exemple, actuellement, on laisse la possibilité à deux accueillantes indépendantes de s’associer au sein d’un même local. Cela leur permet de réduire leurs coûts. Pourquoi ne pas accepter qu’elles s’associent à trois ou quatre ? Pour le moment c’est impossible." 

Et les crèches d’entreprises ? 

"Là aussi, les pouvoirs publics découragent les chefs d’entreprise qui veulent le faire. Les procédures sont très lourdes et en plus, s’ils le font, ils doivent l’ouvrir pour tout le quartier. Vous comprenez qu’ils renoncent. Non, je pense qu’il y a un problème idéologique au sein du gouvernement qui rejette systématiquement le privé. C’est dogmatique et ça ne tient pas la route."

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