Les larmes de Jean-Philippe Mayence

Le célèbre avocat carolo a accordé un entretien à nos confrères de LaLibre.be dans lequel il évoque notamment certains souvenirs, comme la plus belle victoire, la déception la plus amère, les dossiers difficiles à vivre.

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Les larmes de Jean-Philippe Mayence
©bortels

Le célèbre avocat carolo a accordé un entretien à nos confrères de LaLibre.be dans lequel il se montre très critique à l'égard de la ministre de la Justice. Il évoque également certains souvenirs, comme la plus belle victoire, la déception la plus amère, les dossiers difficiles à vivre. Extraits :

Etes-vous régulièrement touché psychologiquement, humainement par des dossiers ? 

Tous les dossiers me touchent mais pas toujours de la même manière. Quand on est du côté des victimes, c'est parce qu'on fait le procès à côté d'elles. Je leur explique les choses, je vis leur drame, leurs difficultés. En cour d'assises, la situation est encore pire puisqu'elles font face à l'accusé et face à certaines réalités comme les photos d'autopsie. C'est horrible et la proximité est alors d'autant plus importante. Lorsque je défends un accusé, il n'est pas seul : les membres de sa famille sont là aussi. Dans beaucoup de cas, ils ont une vraie empathie vis-à-vis de la famille de la victime. La cour d'assises est un lieu de miracles : on y voit très souvent les familles de victime et d'accusé se parler à la fin du procès. 

Vous tissez parfois des liens étroits avec vos clients ? 

Des liens d'amitié, non, sauf à de très rares exceptions, car je souhaite garder une distance avec ma vie privée. Mais l'empathie est réelle car on a envie de gagner, on se bat ensemble. Là, je pense à cette dame, la trentaine, qui est venue me voir, avec ses deux petits bouts, en m'expliquant que son mari se trouvait dans le train de Buizingen et qu'on lui a demandé de reconnaitre une main écrasée car c'est tout ce qu'on avait retrouvé de lui... Rien qu'en vous en parlant, je me glace. Vous savez, je suis un sentimental. On a souvent vu couler des larmes sur mes joues et parfois, quand je plaide, il y a des moments forts. L'une de mes qualités est que je dis toujours ce que je pense et je le dis très sincèrement. Je suis facilement ému, attendri par des situations de vie. Je dois y faire attention mais c'est aussi ce qui fait la beauté de mon métier. Mais c'est lourd... C'est lourd à subir au quotidien...  

Quel est le verdict qui vous a le plus déçu de toute votre carrière ? 

Celui du dossier Pirson ! Cet officier était accusé d'avoir tué ses deux enfants. Je suis arrivé trop tard : le procès avait déjà eu lieu, il avait déjà été cassé. Je n'aurais peut-être pas changé le cours des choses en défendant la famille plus tôt mais l'instruction n'avait pas été bien faite ! Les preuves étaient sans doute insuffisantes mais je reste persuadé que quand un de ses enfants est en train de couler dans une voiture et qu'on est para-commando, au lieu de nager vers la berge, je pense qu'on essaie de le récupérer. Ce geste me parait tellement naturel, quitte à s'étouffer ! Bon, c'était une juridiction militaire qui jugeait un militaire... Et, finalement, il a été acquitté. Ça a été assez difficile à vivre... 

C'est l'affaire la plus difficile que vous ayez eu à vivre ? 

L'une des plus difficiles, avec le procès Storme, car j'avais rencontré le papa de Léopold Storme à l'université et que ce jeune vivait dans un monde assez similaire au mien. Mais l'affaire la plus difficile est celle qui concerne un monsieur de très haute famille, qui était séparé de sa femme. Le premier jour où il prend son gamin en droit de visite, il l'étouffe. Or, ce gosse avait exactement l'âge de mon troisième enfant, il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau et il pratiquait les mêmes sports. Ça a représenté une vraie difficulté pour moi et je l'ai dit à mon client, d'autant que je savais qu'il serait condamné au maximum...  


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