Walibi: "Une jambe détachée, sous le Vampire"

Walibi, comme vous ne l'avez jamais vu. Historie de lever le voile sur l'usine à plaisir, on a poussé les portes interdites.

A. Ca.
Walibi: "Une jambe détachée, sous le Vampire"
©JC Guillaume

L’infirmerie, à une portée de vomi du Dalton Terror, est le fief de Frédéric, qui y règne depuis 14 ans. Blouse blanche floquée d’un W rouge, il traite petits et grands bobos du parc. Depuis ce matin, c’est assez calme : 9 interventions, dont trois pour piqûres d’insectes, une pour une dame qui a remis à la fin du Calamity Mine ("ce qui est rare mais qui arrive") et une d’un employé du parc, "l’un des nombreux à vouloir remplacer son médecin traitant par l’infirmerie de Walibi", sourit Frédéric. Mais samedi passé, c’était le rush : "84 interventions, mais 43 piqûres… C’est la saison !"

S’il dispose d’un véhicule d’urgence (avec défibrillateur), Frédéric s’assure de ne le faire pénétrer dans les allées publiques du parc "qu’en cas de nécessité, pour éviter de faire jaser et susciter l’inquiétude". Pour les maux moins urgents, "l’infirmerie est évidemment fléchée, et en accès libre". L’infirmerie dispose d’un accès direct pour une ambulance, dont les interventions sont assez rares. "Zéro samedi; en revanche, deux vendredi dernier."

En 14 ans, Frédéric, urgentiste par ailleurs, en a vu des vertes et des pas mûres. Son souvenir le plus tenace ? "Une prothèse de jambe et un œil de verre", tous deux retrouvés en dessous du… Vampire !

"Difficile d'être gros, avec métier..."

Morgan bosse, depuis 10 ans, avec passion et surtout vigilance au service technique de Walibi. Il compte une quarantaine de collègues, aux yeux tout aussi entraînés que lui. C’est entre 6 h et 10 h qu’il effectue le gros de sa journée : le check-sécurité des attractions du parc. Avec cahier des charges, cases à cocher et tout le toutim. Morgan est affûté, physiquement. Rien que ce matin, il parcourt tout le circuit du Loup-Garou à pied ! "Difficile d’être gros en faisant ce métier, ou, du moins, ça ne durera pas longtemps…"

Ce matin, Morgan bosse sur le Vampire et le Loup, deux des coasters les plus populaires du parc. "On vérifie les roulements, les commandes, les portillons, les nacelles, le système de sécurité." Et le circuit. Donc on grimpe, une bonne centaine de marches par attraction, et on marche, tout le long, aux petites heures. "Pour un contrôle essentiellement visuel : on vérifie que le rail ne soit pas encombré, que le treuil tourne correctement. Les branches, c’est fréquent, mais le pis, ce sont les écharpes des visiteurs : une écharpe dans le rail, c’est un train immobilisé et l’attraction fermée le temps de remédier au problème…" Le train est lancé à vide. Tout roule. On chronomètre son temps. Le Loup-Garou a une tolérance comprise entre 57 et 68 secondes. "En dessous, c’est trop rapide et on graisse les roues du train pour le ralentir. Au-dessus, c’est trop lent, et on graisse le rail, parce que si le train roule trop lentement, il est possible qu’il reste bloqué durant le circuit." "Morgan pour Tech 10, tout est O.K." Il est 9 h 30, les premiers visiteurs affluent devant les grilles. Morgan doit désormais disparaître, en coulisses.

À quelques centaines de mètres, Alain, qui n’est là que depuis un mois, vient d’escalader l’intérieur de la tour du Dalton Terror. Morgan : "C’est assez sympa là-haut : quand il fait beau, on peut voir l’ombre du lion de la butte de Waterloo…"

120 tonnes de frites par saison !

Hassan Terrassi est responsable Food pour Walibi. Pas une gageure : tout ce qui touche à la nourriture et aux boissons pèse, ici, pour 30 à 35 % du chiffre d’affaires ! Et des chiffres à vous donner le tournis, Hassan en a à la pelle : 2 x jusqu’à 200 kilos de bonbons livrés par boutique par semaine, 126 tonnes de frites calibrées 10/10 ("1 cm sur 1 cm, pas du 7/7 comme dans les fast-foods, moi j’aime bien sentir la pomme de terre") cuites dans de l’huile de soja, 26 tonnes de bœuf et 6 tonnes de boulettes made in Viangros, 3.000 gaufres vendues par jour,… "Mais le poste le plus important, c’est tout ce qui est sucreries. Glaces, bonbons, granités, slush,… C’est ce qu’on appelle l’Impulse Food, la nourriture achetée par achat impulsif. Mon job, c’est, aussi, d’aller chercher ces petites pièces de 2 €…"

Pourtant, ne vous y trompez pas, Hassan n’est pas un dirigeant froid et obsédé par les gros sous. "Ça fait 20 ans que je fais ce métier", et la passion est toujours intacte, en témoigne l’enthousiasme avec lequel il nous l’explique. "Nous ne nous prenons pas pour ce que nous ne sommes pas : on sert à manger dans un parc d’attractions, pas de restauration. Mais la qualité est une exigence pour nous, de l’hygiène jusqu’aux produits en passant par l’accueil, la cuisson et la rapidité du service. Les gens acceptent de faire une heure de file pour 2 minutes d’attraction, mais pas une demi-heure de file pour manger, et ils ont raison. Nous avons donc deux règles : jamais plus de 15 minutes de file dans les points de vente type fast-food, où l’on carbure parfois à 24 en cuisines, et jamais plus de 90 secondes à partir du moment où le client est en contact avec le caissier. Et ils savent que je suis intransigeant là-dessus. Les gens doivent repartir d’ici heureux, à tous les échelons."

Hassan nous invite désormais en cuisines. On en atteste, c’est propre et les produits sont issus de fournisseurs réputés. On veille avec une extrême vigilance au respect de la chaîne du froid ("si les cellules froides connaissent une avarie en température, une alerte tinte directement sur mon smartphone"), et les employés doivent signer, toutes les heures, pour attester qu’ils se sont lavé les mains. Chaque étiquette-produit est également conservée, traçabilité oblige.

"Vous savez, je pense que les gens ont changé d’attitude vis-à-vis de la nourriture. Ils sont plus regardants, soucieux, attentifs. On fait tout pour répondre à leurs attentes. On accepte le fast de fast-food, mais pas l’idée de malbouffe derrière. Sans prétention gastro, on essaye de faire en sorte que les gens mangent bien. Tout en n’oubliant jamais qu’ils veulent le faire vite, sans trop dépenser. Le jour où on m’appellera pour réserver la table 25 en fenêtre, je changerai d’avis", rit notre hôte.


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