Marc Goblet répond à Marie-Hélène Ska: "Elle me fait passer pour un gros misogyne"

C’est un homme en colère qui évoque, pour "La Libre", ses démêlés avec Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale du syndicat chrétien. Marc Goblet, principal dirigeant de la FGTB, ne digère ni les attaques personnelles à son encontre, ni les propos dépréciateurs vis-à-vis du socialisme en général. Entretien.

F.B.
Marc Goblet répond à Marie-Hélène Ska: "Elle me fait passer pour un gros misogyne"
©Photonews

C’est un homme en colère qui évoque, pour "La Libre", ses démêlés avec Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale du syndicat chrétien. Marc Goblet, principal dirigeant de la FGTB, ne digère ni les attaques personnelles à son encontre, ni les propos dépréciateurs vis-à-vis du socialisme en général. "Je ne vais pas laisser passer ça, lance-t-il, mais je ne veux pas non plus polémiquer à l’infini, car que ce qui importe, c’est l’unité des travailleurs face à un gouvernement antisocial."

Comment interprétez-vous les déclarations de Marie-Hélène Ska ? Est-ce le signe que le courant passe mal entre vos deux personnalités, ou cela traduit-il un malaise plus général, plus politique ?

Ces paroles m’inquiètent car elles pourraient viser à affaiblir la mobilisation des militants de la CSC en vue de la manifestation nationale du 7 octobre. Pourquoi Marie-Hélène Ska tient-elle des propos aussi agressifs dans une interview d’été sur son parcours ? C’est incompréhensible. Sauf s’il y a derrière une volonté cachée d’enfoncer un coin dans le front commun et de ne plus être dans la mobilisation. C’est ça, ma crainte.

Pensez-vous que ce regain de tension entre la CSC et la FGTB laissera des traces sur le long terme ?

J’espère que non. On a devant nous un agenda important. Il y a la rencontre préparatoire du 20 août, entre responsables de la FEB, de l’Unizo, de la CSC et de la FGTB, juste avant la réunion du Groupe des Dix, le 21 août. Ensuite, on devra préparer la Commission nationale des pensions puis le dossier bien-être au travail et enfin la révision de la loi de 1996 sur la compétitivité. Les déclarations de Marie-Hélène Ska, à un moment aussi crucial, m’inquiètent quant aux intentions de la CSC.

Après un automne 2014 où la CSC et la FGTB paraissaient plus soudées que jamais, le front commun a semblé se déliter au cours du printemps 2015.

Bien sûr ! Il faut tout le temps tirer les gens de la CSC. Sur Twitter, samedi, j’ai écrit : "Ce que je n’aime pas, c’est qu’on mêle les intérêts des travailleurs avec ceux du CD&V." Je n’ai pas publié ce message par hasard. Les dirigeants de la CSC s’imaginent qu’ils vont pouvoir obtenir des choses par l’entremise de Kris Peeters, le vice-Premier ministre CD&V. Mais la vérité, c’est que tous les compromis qu’on a pu négocier, même ceux qui ont reçu l’aval unanime du Groupe des Dix, n’ont pas toujours été appliqués par le gouvernement. Et Kris Peeters a dû s’écraser. Je n’ai rien contre lui. Je pense qu’il fait tout son possible. Mais, vu le contexte, il n’a pas trente-six solutions. Et il est plutôt dans une logique de s’écraser plutôt que de débrancher la prise.

Comment envisagez-vous la suite ?

Je m’en tiens aux décisions. Un : on a décidé ensemble, avec la CSC, de mener des actions de sensibilisation en septembre. Deux : on a programmé une manifestation en front commun le 7 octobre, couverte par un préavis de grève de vingt-quatre heures.

Vous redoutez que la CSC mobilise peu ses troupes pour le 7 octobre ?

C’est ma crainte. On a dû les forcer.

Les forcer ?

Oui. Eux, ils étaient favorables à de petites actionnettes (sic). Et on a dû aussi les pousser pour que la manifestation soit couverte par vingt-quatre heures de grève. Ils ne voulaient pas en entendre parler.

Tous les cadres de la FGTB ne sont pas convaincus par la plus-value d’une collaboration structurelle avec la CSC. Vous-même, vous avez la réputation de ne pas être un inconditionnel du front commun.

Je n’en fais pas une obsession, c’est vrai. Mais il faut toujours garder à l’esprit qu’en Flandre, la CSC domine. Il est difficile pour la FGTB d’être seule dans l’action. Pour être efficace au niveau fédéral, on doit préserver le front commun. Mais je n’ai pas de difficultés à ce que la FGTB mène seule certaines actions.

Pourquoi, d’après vous, ces tensions récurrentes, depuis le début de l’année 2015 ?

Le problème, c’est que la CSC a très vite accepté des concessions, que ce soit sur les prépensions ou sur le crédit-temps. Cela nous a mis en difficulté, car on n’était pas prêts à céder aussi vite. De plus, les responsables de la CSC ont accepté la norme salariale, et en acceptant ça, ils acceptaient le saut d’index.

Marie-Hélène Ska sous-entend que vous avez un comportement macho. N’y a-t-il pas un fond de vérité ?

C’est une imbécillité sans nom. Dans la même interview, elle dit que nos profils sont complémentaires. C’est gentil, mais ce que tout le monde retiendra, c’est qu’elle me fait passer pour un gros misogyne. Cela ne repose sur rien du tout. Je suis l’opposé d’un misogyne. S’il y a bien quelqu’un qui a toujours voulu donner des responsabilités aux femmes, c’est moi. Même en politique ! Quand je présidais la fédération de Verviers du Parti socialiste, j’ai imposé la présence d’une femme parmi les trois premiers candidats sur les listes provinciales, à une époque où ça n’allait pas du tout de soi.

Marie-Hélène Ska estime aussi que le PS reste avant tout une machine de pouvoir, qui n’a guère changé depuis les scandales carolos.

Considérer que tous les mandataires PS sont des profiteurs, c’est un peu court comme analyse politique. Moi, je critique le libéralisme mais je n’ai jamais attaqué les personnes. Chacun a le droit d’avoir ses idées. Je trouve ça petit de s’attaquer aux personnes. Cela fait café du commerce. Quand on atteint un certain niveau de responsabilité, on doit être attentif à ce qu’on dit.

Qu’attendez-vous maintenant ?

Moi, je ne peux pas rester dans un schéma comme celui-là. J’attends une clarification. Je voudrais savoir quelles sont au juste les intentions de la CSC pour la suite. C’est pour cette raison que je voudrais rencontrer Marie-Hélène Ska.

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